Publié le 15 octobre 2025 à 05h00. Alors que la communauté internationale se penche sur l’avenir de Gaza après les récents combats, l’Irlande évalue sa possible contribution à une force de stabilisation, forte de son expérience en maintien de la paix au Liban et en Afrique.
- La France et l’Allemagne plaident pour un rôle de l’ONU dans la stabilisation de Gaza.
- D’anciens responsables militaires irlandais estiment qu’une transition depuis le Liban vers Gaza est envisageable.
- Des obstacles importants subsistent, notamment le calendrier, l’accès et l’attitude du Hamas.
Les paroles de John F. Kennedy en 1963, rappelant que « la paix est un processus », trouvent un écho particulier alors que les nations envisagent leur rôle dans la reconstruction et la sécurisation de Gaza. L’idée d’une Force internationale de stabilisation (FIS), prévue dans le plan de paix en 20 points présenté par l’ancien président américain Donald Trump, refait surface, avec pour objectif de garantir la sécurité dans l’enclave palestinienne et de former une nouvelle force de police locale.
Pour l’Irlande, l’engagement potentiel dans une mission de maintien de la paix n’est pas exclu. Le tánaiste (vice-Premier ministre) Simon Harris a toutefois souligné qu’il était prématuré de commenter un éventuel déploiement, tout en assurant que le pays resterait « l’esprit ouvert ». Le député Ciarán Ahern, de l’opposition travailliste, a quant à lui estimé que les soldats irlandais de maintien de la paix seraient bien placés pour assumer une telle mission.
D’anciens chefs d’état-major des Forces de défense irlandaises (FDI) voient dans cette situation une opportunité pour l’armée, tout en exprimant certaines réserves. L’amiral à la retraite Mark Mellett a affirmé que l’Irlande a acquis une crédibilité dans la région et qu’une transition depuis le sud du Liban, où les FDI sont déployées dans le cadre de la FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban) depuis des décennies, vers Gaza est « viable ». L’opération en Liban doit prendre fin en 2027, ce qui aura un impact significatif sur les FDI, qui y déploient plus de 300 soldats.
Selon M. Mellett, une force de stabilisation serait un élément essentiel pour établir les normes et les principes d’une société civile à Gaza. L’expérience des FDI au Tchad et au Libéria pourrait également s’avérer précieuse. Le colonel à la retraite Garry McKeon, fort de près de 40 ans de service, a souligné que de nombreux militaires ayant participé à ces missions africaines pourraient encadrer les plus jeunes.
L’approche irlandaise, caractérisée par son pragmatisme et le professionnalisme de ses opérateurs, est un atout majeur. « Ils apportent énormément de bon sens, une manière de procéder qui permet d’accomplir la mission sans agacer les gens », a déclaré M. Mellett.
Cependant, de nombreux défis restent à surmonter. Le calendrier, l’accès aux zones concernées, l’avenir du Hamas et du gouvernement local sont autant d’obstacles à la création et au maintien d’une force de maintien de la paix. Cette force pourrait potentiellement soutenir le démantèlement de l’infrastructure militaire du Hamas, notamment les tunnels et les installations de production d’armes.
M. Mellett a mis en garde contre les « risques énormes » liés à Gaza, notamment la possible résistance du Hamas à une autorité gouvernementale intérimaire. Il a souligné la nécessité d’une administration locale en place pour assurer le partenariat et la paix. Des informations de presse indiquent que le Hamas a déjà commencé à déployer des combattants armés et des policiers à travers Gaza, dans une tentative de réaffirmer son autorité.

« Ce ne sera pas une opération sans heurts », a-t-il averti. « Il ne semble pas que le Hamas soit disposé à accepter une force de stabilisation. Il pourrait constituer une menace permanente. » Les FDI auraient également besoin de capacités appropriées, notamment des drones, une surveillance renforcée et un blindage adéquat.
Un mandat de l’ONU serait « absolument » nécessaire pour légitimer la mission, a insisté M. Mellett. « Nous savons tous que l’ONU est affaiblie, mais nous ne pouvons pas l’ignorer. C’est une question de légitimité et d’autorité. »
La France et l’Allemagne ont également appelé à un rôle de l’ONU dans la stabilisation de Gaza. Le président français Emmanuel Macron a déclaré que son pays « travaillerait diplomatiquement » au siège de l’ONU à New York pour « construire le cadre international » pour une force de sécurité à Gaza. Le président français Emmanuel Macron a déclaré que son pays travaillerait à « construire le cadre international » pour une force de sécurité à Gaza (photo d’archives)
Le ministère de la Défense irlandais a indiqué que tout futur déploiement de personnel à l’étranger serait examiné au cas par cas. Le colonel à la retraite McKeon estime que la reconstruction de Gaza prendra 25 à 30 ans. « L’armée intervient pour stabiliser le pays, pour donner des garanties de sécurité à tous les acteurs. Si la police est formée, elle peut alors commencer à surveiller le pays, et c’est très important. »
« Il s’agit d’une obligation internationale et quelqu’un doit le faire. La réalité est qu’il n’y a pas d’autre option. Il faut faire quelque chose », a-t-il conclu.
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