Confrontée à la flambée des prix des carburants en France, Pauline Rault, infirmière libérale de 29 ans installée à Saint-Maclou dans l’Eure, ne dépense que 80 euros par mois pour parcourir 2 000 kilomètres grâce à un véhicule électrique et une borne de recharge installée à son domicile.
Une facture d’énergie limitée à 80 euros pour 2 000 kilomètres par mois
À l’heure où les tarifs du gazole et de l’essence atteignent des sommets historiques, les déplacements professionnels des soignants itinérants deviennent un poste de dépense critique. En septembre, les prix moyens à la pompe ont franchi des seuils inédits pour les automobilistes selon les relevés d’Auto Plus. Pour échapper à cette pression financière, Pauline Rault a misé sur une motorisation alternative dès son installation en libéral. Elle consacre seulement 80 euros mensuels en électricité pour assurer ses tournées quotidiennes.
L’installation d’une borne de recharge à son domicile a nécessité un investissement d’environ 1 500 euros, rapidement amorti par les économies réalisées sur le long terme. Ce choix technique lui permet de programmer les recharges pendant les heures creuses, abaissant ainsi drastiquement ses coûts d’utilisation par rapport à un véhicule thermique traditionnel.

L’organisation des tournées à Saint-Maclou et l’entretien réduit de l’électrique
Ancienne salariée installée depuis septembre dans l’ancienne épicerie de Saint-Maclou après cinq années d’exercice, l’infirmière effectue la quasi-totalité de ses consultations au domicile des patients. Les ordonnances mentionnent systématiquement cette modalité pour des personnes âgées, dépendantes ou en convalescence postopératoire. Dans son ancien cabinet situé à Pont-Audemer, elle allait ainsi à la rencontre de trente à quarante patients chaque matin et de quinze à vingt chaque soir, tandis que cinq personnes seulement se déplaçaient sur place.
Au-delà de la consommation énergétique, l’absence de certains composants mécaniques allège la facture d’entretien. L’utilisation d’une voiture électrique supprime les vidanges et le remplacement de filtres, tandis que l’usure des freins s’avère nettement ralentie. Une ancienne collègue utilisant le même modèle de véhicule en version thermique dépense quant à elle entre 300 et 400 euros par mois en carburant, ce qui l’amène à envisager une transition similaire.
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« Dès que j’ai démarré en libéral, j’ai démarré en électrique. Déjà à l’époque, le carburant était un peu cher, donc ça valait le coup. J’ai vu que cela augmentait de plus en plus, ça me confirme dans l’idée d’y rester. »
Pauline Rault, infirmière libérale
Les limites économiques et les revendications des professionnels de santé
Malgré ces avantages opérationnels, l’accès à l’électrique comporte des barrières financières initiales. Les véhicules coûtent entre 5 000 et 10 000 euros de plus à l’achat que leurs équivalents thermiques, et le renouvellement des batteries représente un coût futur à anticiper. Bien que l’État propose une aide d’au moins 3 500 euros pour l’acquisition de modèles neufs sous conditions de prix et de critères environnementaux, cette aide n’est pas perçue par l’infirmière, qui privilégie l’achat de voitures d’occasion récentes revendues avant la fin de la garantie constructeur de huit ans sur les batteries.
Cette situation révèle la fragilité financière des 100 000 infirmières libérales en France, soumises à des tarifs conventionnés rigides. L’indemnité forfaitaire de déplacement, revalorisée en 2024 à 2,75 euros après plus de dix ans à 2,50 euros, est jugée insuffisante par les syndicats, qui réclament une revalorisation entre 3,50 et 4 euros, ainsi qu’un accès prioritaire aux pompes en cas de pénurie. Le gouvernement a de son côté instauré un bonus ruralité de 80 euros pour les professionnelles parcourant plus de 100 kilomètres par jour.

« À long terme, certains vont y réfléchir à deux fois avant d’accepter un patient qui habite un peu plus loin. Il y a peut-être des campagnes ou personne ne va aller. C’est dommage, car c’est le patient qui est au milieu de tout ça. »
Pauline Rault, infirmière libérale
Cette préoccupation économique touche l’ensemble des métiers de l’aide à domicile. Dans le Lot, Isabelle, salariée payée au Smic, voit ses dépenses mensuelles de carburant passer de 80 euros à une fourchette comprise entre 150 et 200 euros pour 1 000 kilomètres parcourus. La représentante syndicale Danielle Prévautel met en garde contre une situation où les intervenants finissent par payer pour exercer leur mission auprès des usagers.