Publié le 27 décembre 2025 17:21:00. Face à une inquiétante augmentation des dangers en ligne pour les jeunes, une experte plaide pour une interdiction d’accès aux réseaux sociaux avant l’âge de 16 ans, s’inspirant d’une nouvelle législation australienne.
- L’Australie a adopté une loi exigeant des plateformes de médias sociaux qu’elles agissent dans l’intérêt supérieur des enfants, fixant l’âge minimum à 16 ans et imposant une vérification de l’âge.
- Des tragédies récentes, comme les décès liés à des défis en ligne dangereux et à la sextorsion, soulignent les risques accrus auxquels les jeunes sont confrontés sur les réseaux sociaux.
- Les plateformes de médias sociaux sont accusées de privilégier les profits à la sécurité des utilisateurs, malgré la connaissance des effets néfastes sur la santé mentale et le bien-être des adolescents.
L’Australie vient de prendre une mesure audacieuse qui pourrait bien redéfinir la relation entre les jeunes et les réseaux sociaux. Le pays a mis en place une nouvelle législation contraignant les plateformes à agir dans l’intérêt supérieur des enfants, en relevant l’âge minimum d’accès à 16 ans et en exigeant une vérification rigoureuse de l’âge. Cette initiative, saluée par les défenseurs de la protection de l’enfance, intervient alors que les inquiétudes concernant l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale et la sécurité des adolescents ne cessent de croître.
Selon Lisa Honold, fondatrice du Center for Online Safety, il ne s’agit pas d’une interdiction définitive, mais d’un délai crucial. Elle explique que cette période supplémentaire permet aux enfants de développer les compétences émotionnelles et cognitives nécessaires pour naviguer dans un environnement numérique complexe et souvent hostile. « Retarder l’accès aux médias sociaux n’est pas seulement une stratégie parentale. Cela peut être une question de vie ou de mort », affirme-t-elle.
Les exemples tragiques ne manquent pas pour illustrer les dangers auxquels sont confrontés les jeunes utilisateurs. Mason Bogard, 15 ans, est décédé suite à un « défi d’étouffement » devenu viral sur les réseaux sociaux. Alexander Neville, 14 ans, a succombé à une intoxication au fentanyl après avoir acheté une pilule contrefaite sur Snapchat. Gavin Guffey, 17 ans, fils d’un législateur de Caroline du Sud, s’est suicidé après avoir été victime de sextorsion. Ces histoires, parmi des centaines d’autres, témoignent d’une réalité sombre et alarmante.
Les adolescents eux-mêmes décrivent les réseaux sociaux comme un piège, conçu pour les maintenir captifs dans un cycle incessant de défilement, de comparaison et de recherche de validation. Ils évoquent la pression constante des « Snap streaks », l’attrait du défilement infini, la douleur de l’intimidation et la peur que des messages « privés » ne deviennent publics. Les algorithmes, véritables « terriers de lapin », rendent l’évasion encore plus difficile.
Les chiffres sont éloquents : 45 % des adolescents déclarent passer trop de temps sur les réseaux sociaux, et 20 % estiment que ces plateformes nuisent à leur santé mentale ou à leurs résultats scolaires. Ils grandissent dans un monde saturé de contenus générés par l’intelligence artificielle, de publicités ciblées et de propositions inappropriées, une réalité qu’ils considèrent souvent comme normale et dont ils ignorent les conséquences potentielles.
Un avertissement du chirurgien général américain, publié en 2023, souligne que les enfants qui passent plus de trois heures par jour sur les réseaux sociaux présentent un risque accru de problèmes de santé mentale, tels que l’anxiété et la dépression. Or, l’adolescent moyen passe quotidiennement 3,5 heures sur ces plateformes, se plaçant ainsi directement dans la zone de danger.
Aux États-Unis, la loi Children’s Online Privacy Protection Act (COPPA), datant de 1998, permet légalement aux enfants de 13 ans et plus de s’inscrire sur les réseaux sociaux. Cependant, cette loi, initialement conçue pour protéger la collecte de données personnelles, s’avère inefficace pour protéger le développement cérébral et la santé mentale des jeunes. La vérification de l’âge est souvent inexistante ou facilement contournée : une simple affirmation de l’âge suffit généralement à permettre l’accès.
Les entreprises de médias sociaux affirment se soucier de la sécurité de leurs utilisateurs, mais leurs actions contredisent ces déclarations. Depuis 2022, des plateformes comme Meta, YouTube et X ont considérablement réduit leurs équipes dédiées à la confiance et à la sécurité, licenciant des dizaines de milliers d’employés chargés de modérer les contenus, de supprimer les contenus dangereux et de faire respecter les règles de la communauté. Elles suppriment ainsi les garanties que les parents pensent mettre en place en confiant un téléphone à leur enfant.
Des lanceurs d’alerte, tels que Frances Haugen et Arturo Béjar, ont révélé que des entreprises comme Meta étaient conscientes des effets néfastes de leurs plateformes sur les enfants, mais ont choisi de privilégier les profits à la protection. Ils ont dénoncé un manque de volonté de mettre en œuvre des mesures correctives efficaces.
Les parents, quant à eux, se sentent dépassés par la situation. Ils tentent de limiter le temps d’écran, de surveiller l’activité de leurs enfants, de les sensibiliser aux dangers, mais leurs efforts sont souvent vains face à la puissance des plateformes multimilliardaires, conçues pour créer une dépendance. Ils se demandent comment protéger leurs enfants dans un environnement numérique en constante évolution.
« Aucune famille ne devrait avoir à mener seule cette bataille », souligne Lisa Honold. « Nous ne laissons pas les parents réglementer individuellement la vente d’alcool aux mineurs. Nous créons des lois, nous construisons des garde-fous, nous tenons les industries responsables. Il est temps d’en faire autant pour Big Tech. »
L’Australie a montré la voie en imposant aux entreprises de médias sociaux de protéger les enfants ou d’en assumer les conséquences financières. Il est temps pour les États-Unis de suivre cet exemple et de reconnaître que la protection de la jeunesse est une crise de santé et de sécurité publiques qui nécessite une action urgente et coordonnée.
Les enfants méritent de grandir dans un environnement moins stressant, moins manipulateur et plus protecteur. Retarder l’accès aux réseaux sociaux, c’est leur offrir une chance de s’épanouir pleinement.
Lisa Honold est la fondatrice du Center for Online Safety.
