Home AffairesPerspectives des changes : le marché des taux lance sa propre OPA hostile

Perspectives des changes : le marché des taux lance sa propre OPA hostile

by Amélie Bernard

Les marchés financiers sont en pleine turbulence, secoués par des revirements inattendus. Après une période d’accalmie, deux événements majeurs se sont produits simultanément : une offre publique d’achat hostile de Paramount sur Warner, et une remontée brutale des taux d’intérêt à court terme qui menace de déstabiliser l’économie mondiale.

Les commentaires d’Isabel Schnabel, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), ont eu un impact considérable hier, incitant les investisseurs à reconsidérer leurs anticipations. Si la BCE envisage une nouvelle hausse des taux, pourquoi les marchés tablent-ils sur un assouplissement monétaire de 90 points de base de la Réserve fédérale américaine (Fed) ? Cette interrogation a provoqué une vente massive sur les contrats à terme sur les fonds fédéraux, entraînant une réévaluation des taux de la Fed pour l’année prochaine, désormais estimés à 3,13 % contre 3,33 % il y a deux semaines.

Cette hausse des taux américains exerce également une pression sur les actions de croissance américaines, dont la valeur est recalculée à la baisse en raison de l’actualisation des flux de trésorerie futurs. Cependant, il est important de noter que les déclarations de Mme Schnabel pourraient être une tentative de contrebalancer les prises de position plus accommodantes d’autres membres du conseil de la BCE, qui plaident pour une baisse des taux. Elle pourrait donc ne pas être aussi ferme en privé qu’elle le laisse entendre.

Bien que la hausse des taux à court terme en euros ait contribué à la hausse mondiale des taux, la réévaluation du cycle d’assouplissement de la Fed est apparue comme le facteur déterminant. Les marchés anticipent désormais une « réduction agressive » lors de la prochaine réunion du Comité fédéral de la politique monétaire (FOMC) mercredi soir. Les analystes s’attendent à ce que la partie courte de la courbe du dollar soit particulièrement vulnérable à l’issue de cette réunion.

À l’approche de la réunion du FOMC, les données économiques publiées aujourd’hui pourraient ne pas suffire à enrayer la tendance baissière du dollar. L’attention se portera sur les chiffres américains, qui n’ont pas été publiés depuis le mois d’août. On s’attend à un ralentissement de la croissance, du taux de démissions et du ratio entre les offres d’emploi et le nombre de chômeurs. Les données hebdomadaires sur l’emploi et l’enquête connexe pourraient, quant à elles, surprendre positivement.

Les marchés restant sensibles aux anticipations d’un assouplissement de la Fed, la baisse du dollar pourrait être limitée à la réunion de la Fed. Si les données d’aujourd’hui sont meilleures que prévu, le dollar pourrait même atteindre 99,30. Le yen japonais pourrait également être sous les feux de la rampe si les taux d’intérêt mondiaux rattrapent le cycle de resserrement monétaire de la Banque du Japon. Un franchissement des seuils de 156,10/20 pourrait ouvrir la voie à 157,00/20 avant la réunion de la BoJ la semaine prochaine.

Concernant l’euro, les commentaires favorables de Mme Schnabel ont été éclipsés par la réaction des marchés aux taux américains. L’EUR/USD a terminé la journée en légère baisse, mais l’environnement reste globalement favorable. La baisse des prix de l’énergie et l’adoption par le parlement allemand d’un programme de dépenses militaires de 52 milliards d’euros soutiennent la monnaie unique. Les experts estiment que la relance budgétaire allemande est réelle et pourrait stimuler la croissance de la zone euro à partir du second semestre 2026.

Les analystes de la stratégie de taux soulignent que la hausse des taux d’intérêt à court terme en euros est justifiée, mais que la prochaine étape pourrait être une pente plus raide de la courbe des taux, c’est-à-dire des hausses de taux plus importantes sur les échéances longues. La réforme des retraites aux Pays-Bas pourrait également entraîner une volatilité accrue sur la partie longue de la courbe au début de 2026.

L’EUR/USD aura du mal à progresser avant la décision de la Fed de demain soir et pourrait même reculer si la situation politique française se dégrade. L’échec de l’adoption du budget de sécurité sociale par le parlement français serait mal accueilli par les marchés et pourrait réintroduire un risque politique dans l’euro. Dans ce scénario, l’EUR/USD pourrait atteindre 1,1585/90.

Enfin, le dollar australien a été l’un des meilleurs choix dans les perspectives de change pour 2026. La Banque de réserve d’Australie (RBA) a été plus rapide que d’autres banques centrales à réévaluer ses perspectives d’assouplissement monétaire. Au cours des six dernières semaines, le taux OIS à un mois évalué à un an est passé de 3,08 % (impliquant une baisse d’environ 50 points de base de la RBA) à 4,07 % (presque 50 points de base de hausses de la RBA). La réunion de la RBA d’hier a confirmé cette tendance, la gouverneure Michele Bullock excluant toute nouvelle réduction des taux et envisageant des hausses de taux l’année prochaine si l’inflation sous-jacente persiste et si le marché du travail reste solide.

You may also like

Leave a Comment