Publié le 24 septembre 2024 à 14h30. Le groupe suédois Sectra affiche une croissance solide de son chiffre d’affaires, mais des vents contraires liés aux taux de change et à une transition vers un modèle d’abonnement SaaS suscitent des interrogations quant à sa valorisation boursière.
- Sectra a enregistré une augmentation de 20 % de son chiffre d’affaires sur les douze derniers mois (13 % en monnaies déclarées), avec une marge opérationnelle de 22,2 %.
- Les prises de commandes ont diminué de 19 %, mais restent à un niveau élevé grâce à un carnet de commandes solide, représentant environ deux fois le chiffre d’affaires actuel.
- La transition vers un modèle SaaS, bien que prometteuse à long terme, pèse actuellement sur les revenus liés aux licences traditionnelles.
Sectra, spécialisé dans les solutions informatiques et l’imagerie médicale, avec une activité plus modeste dans la cybersécurité, a vu son action initialement progresser en bourse suite à la publication de ses résultats. Le groupe a fait état d’une croissance de 10,1 % de son chiffre d’affaires total, atteignant 3 379 millions de couronnes suédoises (SEK). Cette performance est notamment portée par une forte progression aux États-Unis (+26,6 %) et dans le reste du monde (+28,8 %). Le revenu récurrent, incluant les services cloud, a quant à lui bondi de 20 %, atteignant 2 238 millions de SEK, avec une croissance particulièrement marquée pour les services cloud (+60,3 %).
Malgré ces chiffres encourageants, le ralentissement des prises de commandes (-19 %, à 3 432 millions de SEK) attire l’attention. Il convient toutefois de replacer ce recul dans le contexte d’un trimestre de comparaison exceptionnel, marqué par la signature d’un contrat de 12 ans avec un client canadien, qui avait propulsé les commandes en hausse de 740 %.
La transition stratégique de Sectra vers un modèle de vente par abonnement (Software-as-a-Service, SaaS) est un facteur clé à prendre en compte. Cette évolution implique une reconnaissance initiale des revenus plus faible, mais promet une plus grande stabilité et prévisibilité à long terme. Actuellement, cette transition se traduit par une baisse de 5 % des ventes de licences traditionnelles, compensée en partie par la croissance du revenu récurrent.
Le PDG de Sectra, Torbjörn Kronander, a souligné que les coûts de mise en œuvre liés à cette transition devraient impacter les résultats du second semestre. Il a par ailleurs tempéré les attentes concernant une amélioration rapide des marges grâce au cloud, privilégiant plutôt l’investissement dans de nouveaux produits pour assurer une croissance durable.
L’évolution des taux de change constitue également un défi pour Sectra. La forte appréciation de la couronne suédoise, combinée à la concentration de la croissance aux États-Unis, pèse sur la conversion des revenus en monnaie locale.
Malgré ces vents contraires, Sectra affiche une croissance annuelle d’un peu moins de 19 % depuis 2020/21, avec une marge opérationnelle de 22,3 % lors de ses derniers résultats et une moyenne de 20 % sur les cinq dernières années. Le groupe se distingue également par un faible taux de désabonnement (churn), inférieur à 1 %, témoignant de la satisfaction de sa clientèle.
Néanmoins, la valorisation boursière de Sectra suscite des interrogations. L’action se négocie actuellement à un multiple de plus de 15 fois le chiffre d’affaires et plus de 80 fois le bénéfice (ratio cours/bénéfice). Un tel niveau de valorisation exige une croissance durable et élevée, estimée à environ 20 % par an sur les dix prochaines années pour justifier un rendement attendu de 8 %.
Le marché boursier, souvent axé sur le court terme, pourrait remettre en question cette trajectoire de croissance si les résultats déçoivent sur un ou deux trimestres. De plus, Sectra dispose d’une trésorerie importante (un milliard de SEK) qui, selon certains analystes, pourrait être mieux utilisée en réduisant son endettement net et en optimisant son coût du capital.
En milieu de journée, l’action Sectra évoluait en territoire négatif. Malgré une baisse de 25 % au cours des six derniers mois, elle reste, selon certains observateurs, plus un titre à vendre qu’à acheter.
