Publié le 10 novembre 2025 à 21h21. Face à la volatilité des prix à la pompe en Allemagne, le Conseil fédéral étudie un projet visant à limiter les fluctuations quotidiennes, une mesure qui divise les acteurs du secteur.
- Les prix de l’essence et du diesel en Allemagne peuvent varier jusqu’à 30 centimes d’euro le litre, incitant certains automobilistes à faire le plein de l’autre côté de la frontière.
- Une étude récente révèle que les stations-service allemandes ajustent leurs prix jusqu’à vingt fois par jour, rendant difficile l’identification des moments les plus avantageux pour faire le plein.
- Le projet envisagé, inspiré du modèle autrichien, limiterait les augmentations de prix à une seule fois par jour, à midi.
De nombreux automobilistes allemands le savent : un plein d’essence en Allemagne peut s’avérer rentable, avec des écarts de prix atteignant parfois 30 centimes d’euro le litre. Cette volatilité constante des prix à la pompe suscite l’agacement de nombreux consommateurs et a conduit le Conseil fédéral (l’équivalent du Sénat néerlandais) à examiner une proposition visant à mettre fin à ces « jeux de prix ».
Selon une étude menée par le Bundeskartellamt, l’office fédéral de la concurrence allemand, les stations-service ont presque systématiquement profité de chaque opportunité pour ajuster leurs prix. L’étude révèle que les prix sont modifiés en moyenne vingt fois par jour, et dans certains cas, jusqu’à cinquante fois, rendant difficile pour les consommateurs de profiter des baisses de prix.

« C’est très frustrant », confie un chauffeur de taxi en faisant le plein. « Quand je suis arrivé ici, le prix était encore plus bas. » Une enquête auprès des consommateurs confirme ce sentiment général d’impuissance face à ces fluctuations incessantes. « Cela dépend du jour et de l’heure, mais je ne sais pas vraiment comment ça marche », témoigne un automobiliste.
Cette situation engendre également des tensions avec les clients, comme l’observe l’association des stations-service TIV. Les employés se retrouvent souvent à devoir gérer la frustration des consommateurs, même s’ils n’ont aucun contrôle sur les prix fixés par les compagnies pétrolières.
Le nouveau plan
Les autorités du Bade-Wurtemberg ont pris l’initiative de proposer une solution : l’adoption du « modèle autrichien ». Ce système, soumis à l’approbation du Conseil fédéral, limiterait les augmentations de prix à une seule fois par jour, à midi, comme c’est déjà le cas en Autriche. Les baisses de prix resteraient autorisées tout au long de la journée.
« Cela semble une bonne idée, mais c’est une mesure populiste et à courte vue », estime Daniel Kaddik, directeur de la BFT, une organisation représentant les exploitants de petites et moyennes stations-service. Selon lui, cette proposition ne répond pas à un problème réel. « Un changement de prix doit être signalé dans un délai de cinq minutes. Cela garantit une transparence maximale du marché, conformément aux principes de l’économie de marché. »
M. Kaddik souligne que les fluctuations de prix suivent un schéma prévisible, connu de nombreux consommateurs. Il est généralement moins cher de faire le plein le soir qu’en début de journée, en raison des faibles marges bénéficiaires (d’environ 1 à 2 centimes par litre). « Les ventes en magasin le soir compensent ces faibles marges. Ces ventes supplémentaires représentent près de la moitié du bénéfice. »
Selon lui, l’application du « modèle autrichien » entraînerait une augmentation globale des prix. « Le prix moyen serait plus élevé pour garantir un prix acceptable en matinée. »
« Veuillez faire le plein le soir. »
Daniel Kaddik, directeur de l’association faîtière des stations-service BFT
Le ministère autrichien de l’Économie se dit satisfait du système en place depuis 2011, affirmant qu’il a renforcé la confiance des consommateurs. Il convient toutefois de noter que la comparaison des prix est difficile en raison des droits d’accises plus faibles en Autriche.
Industrie automobile
Le patron de la BFT considère la proposition du Bade-Wurtemberg comme une diversion. « L’État a des problèmes bien plus importants à résoudre, comme ceux de l’industrie automobile. Ils cherchent à détourner l’attention en s’attaquant à un problème mineur », critique-t-il.
Il espère que les fluctuations actuelles persisteront et conseille aux consommateurs : « Faites le plein le soir et utilisez une application pour vous informer. »
Au sein des stations-service, l’enthousiasme pour ce projet est mitigé. « Cela semble bien, à moins qu’ils ne fixent un prix élevé », se méfie une employée. Un menuisier faisant le plein hausse les épaules : « Quoi qu’ils proposent, tout finira par coûter plus cher. »
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