Home AffairesPlus de 90 % du commerce mondial dépend désormais de la finance, ce qui remodèle les opportunités et aggrave les vulnérabilités.

Plus de 90 % du commerce mondial dépend désormais de la finance, ce qui remodèle les opportunités et aggrave les vulnérabilités.

by Amélie Bernard

Publié le 2025-12-03 00:50:00. Le commerce mondial, après un début d’année 2025 prometteur, montre des signes de ralentissement, de plus en plus influencé par les fluctuations financières et les disparités d’accès au financement pour les pays en développement.

  • Le commerce mondial devrait ralentir, passant d’une croissance de 4 % au premier semestre 2025 à une fourchette de 2,5 % à 3 %.
  • La croissance économique mondiale est prévue en baisse, de 2,9 % en 2024 à 2,6 % en 2025 et 2026, un niveau inférieur aux tendances pré-pandémiques.
  • Plus de 90 % du commerce mondial dépend désormais du financement commercial, rendant les échanges plus sensibles aux variations des taux d’intérêt et à l’humeur des investisseurs.

Après un démarrage en trombe, porté par une ruée pour anticiper les nouveaux tarifs douaniers américains et par les investissements dans l’intelligence artificielle, le commerce mondial affiche des signes de fatigue. Le Rapport sur le commerce et le développement 2025 de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) tire la sonnette d’alarme : la croissance du commerce, qui avait atteint 4 % au début de l’année, devrait se situer entre 2,5 % et 3 % pour l’ensemble de l’exercice. Un ralentissement qui s’inscrit dans un contexte économique mondial plus large, également en perte de vitesse.

La croissance économique mondiale devrait ainsi passer de 2,9 % en 2024 à 2,6 % en 2025 et 2026. Ce chiffre, bien inférieur à la moyenne de 4,4 % observée avant la crise financière de 2008-2009, témoigne d’un affaiblissement généralisé de la dynamique économique. Les grandes puissances ne font pas exception : aux États-Unis, la croissance devrait ralentir à 1,8 % en 2025 et à 1,5 % en 2026, tandis que la Chine verra son expansion passer de 5 % en 2025 à 4,6 % en 2026, après avoir affiché une moyenne de 6,7 % avant la pandémie.

Ce ralentissement coïncide avec une transformation profonde des mécanismes du commerce international. Si l’on imagine souvent le commerce mondial à travers l’image des ports et des routes maritimes, il est aujourd’hui indissociable des flux financiers. Derrière chaque expédition se cachent des crédits, des taux de change et un réseau bancaire complexe. Plus de 90 % du commerce mondial repose désormais sur le financement commercial, ce qui signifie que les banques, les systèmes de paiement et les instruments financiers – tels que les produits dérivés – déterminent de plus en plus les conditions d’échange.

Cette financiarisation du commerce est particulièrement visible sur les marchés alimentaires, où plus de 75 % du chiffre d’affaires des grandes entreprises provient désormais d’opérations financières, comme les dérivés agricoles, plutôt que de la vente physique de matières premières (blé, café, cacao, etc.).

Or, cette dépendance accrue à la finance rend le commerce plus vulnérable aux fluctuations monétaires, aux changements d’appétit pour le risque et à la volatilité financière, qui affectent plus durement les pays en développement. Ces derniers, qui représentent désormais plus de 40 % de la production et du commerce mondiaux et attirent près de 60 % des investissements directs étrangers (IDE), ne détiennent que 25 % de la valeur du marché financier mondial. Cette disparité limite leur capacité à lever des fonds et les oblige souvent à recourir à des banques étrangères, à des taux d’intérêt plus élevés et plus volatils : entre 6 et 12 % pour des obligations d’État similaires, contre 1 à 4 % pour les économies avancées.

Ces coûts de financement plus élevés freinent les investissements dans les infrastructures, l’innovation et la résilience climatique. Le rapport de la CNUCED souligne ainsi l’écart croissant entre le poids économique croissant des pays en développement et leur rôle limité sur les marchés financiers mondiaux.

Pour renforcer la résilience du système commercial mondial, le rapport préconise un certain nombre de réformes ciblées : réparer le système multilatéral de règlement des différends commerciaux, combler les lacunes en matière de données statistiques, réformer le système monétaire international, renforcer les marchés de capitaux régionaux et nationaux, et améliorer la transparence dans le commerce des matières premières. L’objectif est de mieux aligner le commerce, la finance et le développement, et de permettre aux pays en développement de façonner les changements économiques mondiaux, plutôt que de simplement les subir.

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