Publié le 29 septembre 2025 à 11h18. La procréation médicalement assistée (PMA) a considérablement évolué à Mar del Plata au cours des trois dernières décennies, passant d’une pratique rare et coûteuse à une option accessible à un nombre croissant de personnes, grâce aux avancées scientifiques et à la législation récente.
- Plus de 1 000 traitements de PMA sont désormais réalisés chaque année à Mar del Plata.
- La loi nationale 26 862 de 2013 a étendu la couverture des traitements de PMA aux assurés sociaux et aux bénéficiaires de plans de santé privés.
- L’évolution des comportements féminins, notamment le report de la maternité, et l’ouverture de la société à la PMA pour les femmes célibataires et les couples de femmes, ont contribué à l’augmentation de la demande.
Le docteur Alfredo Elena, pionnier de la première fécondation in vitro réussie à Mar del Plata en 1993, se souvient des débuts difficiles de la PMA. Il évoque les obstacles rencontrés, notamment l’opposition de l’Église et les controverses sociales entourant cette pratique. Il se remémore son premier entretien journalistique dans les locaux du journal La Capital, plus de trente ans après cette avancée médicale.
Au début des années 1990, la PMA était une solution inaccessible pour la plupart des couples confrontés à l’infertilité. Les techniques étaient peu efficaces et financièrement hors de portée. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. La loi de 2013 a marqué un tournant en garantissant la couverture de certains traitements par les systèmes de santé, et les progrès scientifiques ont permis d’améliorer considérablement les taux de réussite. Selon le docteur Elena, plus d’un millier de traitements sont désormais effectués chaque année dans la ville.
Accompagné de sa collègue, la gynécologue et spécialiste en médecine reproductive Manuela Lebrero, le docteur Elena a partagé ses observations sur l’évolution des comportements féminins et l’acceptation croissante de la PMA par la société.
« Au début, l’Église s’opposait fermement aux traitements. J’étais pris entre deux feux, devant défendre la PMA en public tout en étant confronté à des critiques virulentes. Imaginez la réaction si, à l’époque, nous avions évoqué la possibilité pour un couple de femmes ou une femme seule de bénéficier d’un traitement de fertilité… cela aurait été un véritable brasier ! »
Alfredo Elena, médecin pionnier de la PMA à Mar del Plata
Le docteur Elena rappelle les étapes clés de l’histoire de la PMA : la première grossesse in vitro dans le monde en 1978, en Argentine en 1982, et à Mar del Plata en 1993. Il souligne l’importance de la législation et de la couverture sociale pour rendre ces traitements accessibles à un plus grand nombre de patients.
Manuela Lebrero met en évidence le « grand changement » opéré grâce à la loi nationale 26 862, qui autorise les Argentins majeurs, sans distinction de genre, d’orientation sexuelle ou de situation matrimoniale, à bénéficier de traitements de haute complexité tels que la fécondation in vitro, l’ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes), le don d’ovocytes et la préservation de la fertilité (bien que cette dernière ne soit pas entièrement couverte par la loi), ainsi que de traitements de faible complexité comme l’insémination intra-utérine.
Les deux médecins soulignent également l’impact positif de l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux couples de femmes, une possibilité impensable auparavant en raison des préjugés sociaux.
« Les femmes célibataires sont de plus en plus nombreuses à consulter pour un traitement de fertilité, déterminées à devenir mères seules. Et les couples de femmes, bénéficiant également de la couverture légale, sont de plus en plus encouragés à explorer cette option. »
Alfredo Elena, médecin pionnier de la PMA à Mar del Plata
Un autre facteur expliquant l’augmentation des consultations au cours de la dernière décennie est le report de la maternité par les femmes. Le docteur Lebrero, également gynécologue, explique que les femmes reportent de plus en plus l’âge de leur première grossesse en raison de leurs ambitions professionnelles et personnelles. Cela entraîne une diminution de la qualité des ovules et de la réserve ovarienne, rendant la conception plus difficile.
Elle ajoute que la maternité est aujourd’hui davantage perçue comme un choix conscient plutôt que comme une obligation sociale. De nombreuses femmes choisissent de prioriser leur carrière, leurs voyages ou d’autres projets avant de penser à fonder une famille.
La congélation des ovules est présentée comme une solution intéressante pour les femmes qui souhaitent reporter leur maternité tout en préservant leurs chances de concevoir ultérieurement. Cette pratique, popularisée par de nombreuses célébrités, permet aux femmes de prendre le contrôle de leur fertilité et de respecter leurs propres rythmes de vie.
Selon le docteur Elena, plus de 65 % des consultations concernent des femmes de plus de 38 ans. Beaucoup d’entre elles s’interrogent sur les raisons de leurs difficultés à concevoir, alors qu’elles n’ont rencontré aucun problème auparavant. Il explique que cela est souvent dû au fait qu’elles ont eu leurs enfants plus jeunes, entre 20 et 24 ans, et qu’elles cherchent à concevoir à un âge où leur fertilité a naturellement diminué.
Les médecins soulignent également que le stress, bien qu’il ne soit pas une cause directe d’infertilité, peut contribuer à aggraver d’autres facteurs de risque, tels que les mauvaises habitudes de vie, le manque de sommeil et une alimentation déséquilibrée.
La pandémie de COVID-19 a eu un impact limité sur le nombre de consultations, mais a favorisé le développement de la télémédecine. Le docteur Elena explique que son équipe a pu continuer à suivre des patients situés dans une vaste zone géographique, de Bahía Blanca à Bolívar, en passant par Azul et Olavarría, grâce aux consultations vidéo. Il mentionne également qu’ils ont des patients aux États-Unis qui ont choisi de congeler leurs ovules à Mar del Plata.
Enfin, les médecins ont commencé à intégrer l’intelligence artificielle (IA) dans leur pratique. L’IA permet d’analyser des images d’embryons et de prédire leur potentiel de développement, ce qui peut aider à sélectionner les embryons les plus susceptibles de mener à une grossesse réussie.
Les deux médecins insistent sur l’importance de l’honnêteté, de l’empathie et de l’établissement d’une relation de confiance avec les patients. Ils soulignent que la PMA est une démarche émotionnellement exigeante et qu’il est essentiel d’accompagner les patients tout au long de leur parcours.