Mise à jour le 5 décembre 2025 à 14h46. Une nouvelle étude américaine révèle que certaines souches de la bactérie responsable de la pneumonie pourraient augmenter significativement le risque de complications cardiaques graves, voire mortelles, chez les patients.
- Plus d’un million d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année dans le monde des suites de la pneumonie.
- Aux États-Unis, la pneumonie entraîne plus de 1,2 million de passages aux urgences et plus de 41 000 décès annuels chez les adultes.
- Une enzyme bactérienne, nommée zmpB, pourrait être la clé pour comprendre pourquoi certains patients développent des problèmes cardiaques après une pneumonie.
La pneumonie, infection pulmonaire courante, est bien plus qu’une simple maladie respiratoire. Des recherches récentes mettent en évidence un lien préoccupant entre cette infection et des complications cardiaques potentiellement fatales, telles que l’insuffisance cardiaque, les arythmies et l’infarctus du myocarde. Si l’on savait déjà que la pneumonie pouvait affecter le cœur, les mécanismes précis de cette interaction restaient flous. Une équipe de chercheurs de l’Université d’Alabama à Birmingham (UAB) a désormais identifié un facteur clé : une enzyme bactérienne appelée zmpB.
Selon le professeur Carlos J. Orihuela, auteur principal de l’étude, environ un patient sur cinq hospitalisé pour pneumonie subit un événement cardiaque indésirable. Il souligne également que ces patients présentent un risque accru de développer une insuffisance cardiaque, même plusieurs années après l’infection.
« Environ un patient sur cinq hospitalisé pour une pneumonie subit un événement cardiaque indésirable potentiellement mortel et, même dans les années qui suivent l’infection, ces patients restent au moins deux fois plus susceptibles de développer une insuffisance cardiaque. »
Carlos J. Orihuela, professeur de microbiologie à l’Université d’Alabama à Birmingham (UAB)
L’étude s’est concentrée sur Streptococcus pneumoniae, la principale cause de pneumonie communautaire. Les chercheurs ont utilisé des études d’association à l’échelle du génome bactérien (bGWAS), des modèles murins et des organoïdes cardiaques – des cellules cardiaques humaines cultivées en laboratoire – pour comprendre comment cette bactérie interagit avec le cœur.
Leurs travaux ont confirmé que S. pneumoniae peut causer des dommages directs au cœur et ont démontré que l’enzyme zmpB favorise l’invasion de la bactérie dans le tissu cardiaque. En analysant des centaines de souches bactériennes isolées de patients, les chercheurs ont constaté une corrélation claire : les patients souffrant d’insuffisance cardiaque étaient plus souvent infectés par des souches de S. pneumoniae contenant le gène zmpB, et plus précisément, des domaines FIVAR. Ces domaines aident la bactérie à envahir et à survivre dans les cellules cardiaques, exacerbant ainsi l’infection.
Les expériences menées sur des souris ont confirmé ces résultats. Les animaux infectés par une souche de pneumonie normale ont développé des microlésions cardiaques et une destruction cellulaire, tandis que ceux infectés par une souche génétiquement modifiée, dépourvue du gène zmpB, ont présenté beaucoup moins de dommages. Des tests similaires réalisés sur des organoïdes cardiaques ont corroboré ces observations : les cellules cardiaques infectées par des souches exprimant zmpB avec des domaines FIVAR ont subi des dommages plus importants que celles infectées par des souches dépourvues de ces domaines.
Les chercheurs de l’UAB estiment que la compréhension de ces « empreintes moléculaires » pourrait permettre de mieux protéger les patients contre les lésions cardiaques liées à la pneumonie, ou du moins d’en réduire la gravité. Ils envisagent la possibilité d’identifier rapidement les souches bactériennes à haut risque grâce à un simple test génétique, permettant ainsi une surveillance cardiaque plus étroite ou la mise en place de traitements ciblés.
Selon les spécialistes, ces résultats sont particulièrement importants car ils mettent en lumière le rôle d’une enzyme de S. pneumoniae dont la fonction biologique était jusqu’à présent mal connue, et expliquent le mécanisme par lequel certaines souches bactériennes provoquent des complications graves. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies de prévention.
Les résultats de cette étude ont été publiés jeudi dans la revue Cell Reports.
