Publié le 5 décembre 2025 à 19h56. Des milliers de Cubains résidant aux États-Unis reçoivent des avertissements de leurs banques concernant le gel ou la fermeture de leurs comptes, une situation engendrée par un durcissement des politiques migratoires et des sanctions économiques persistantes.
- De nombreuses banques américaines demandent à leurs clients cubains de prouver leur statut migratoire afin d’éviter de violer les sanctions en vigueur.
- L’annulation de programmes de libération conditionnelle et les incertitudes entourant le statut I-220A sont au cœur de cette vague d’alertes.
- Les personnes concernées sont invitées à réagir rapidement et à fournir tous les documents justificatifs à leur banque.
Ces derniers jours, un nombre croissant de Cubains vivant aux États-Unis ont été interpellés par des courriers et des messages de leurs établissements bancaires. Ces communications les avertissent que leurs comptes pourraient être bloqués, voire fermés, s’ils ne mettent pas à jour leur situation administrative. Cette situation suscite une vive inquiétude et de nombreuses interrogations quant aux raisons de ces demandes et aux enjeux qui s’y cachent.
Le contexte est marqué par le maintien des sanctions américaines à l’encontre de Cuba, qui imposent aux banques des contrôles rigoureux sur les personnes de nationalité cubaine et les transactions susceptibles de concerner l’île. À cela s’ajoute un durcissement de la politique migratoire américaine, initié sous l’administration Trump, qui a conduit à une suspicion généralisée à l’égard de nombreux groupes d’immigrants, dont les Cubains.
En substance, les banques craignent de contrevenir aux sanctions et de s’exposer à des sanctions de la part des autorités américaines, notamment le Trésor et les services de l’immigration. Elles engagent donc une phase de « de-risking » – une expression du secteur financier désignant une politique de réduction des risques – en révisant les dossiers de leurs clients et en clôturant préventivement les comptes jugés potentiellement problématiques.
Quels sont les éléments vérifiés par les banques ?
Les banques se concentrent principalement sur trois points :
- La nationalité ou la résidence du client à Cuba.
- La légalité de sa présence actuelle sur le territoire américain.
- L’existence de liens avec des entités cubaines soumises à des restrictions par le gouvernement américain.
C’est dans ce contexte que les programmes de libération conditionnelle et les documents I-220A prennent une importance particulière. Sous l’administration Biden, des centaines de milliers de Cubains, d’Haïtiens, de Nicaraguayens et de Vénézuéliens ont bénéficié de programmes de libération conditionnelle humanitaire, leur accordant un statut temporaire et un permis de travail. Cependant, l’administration Trump a décidé de mettre fin à ces programmes de manière massive. La Cour suprême a autorisé la suspension du programme CHNV et l’annulation anticipée de la libération conditionnelle de plus d’un demi-million de personnes, en attendant la décision finale d’un tribunal. Dès lors que la libération conditionnelle est annulée, la personne concernée n’est plus considérée comme étant en situation régulière et risque l’expulsion.
Pour les banques, cette situation est particulièrement délicate : un client qui s’est présenté la veille avec un statut de libération conditionnelle valide et un permis de travail peut se retrouver, du jour au lendemain, sans statut clair. Les systèmes de conformité et les équipes de gestion des risques signalent alors ces comptes comme problématiques, d’autant plus dans un contexte politique où l’administration américaine affiche une ligne dure en matière d’immigration.
C’est ainsi que de nombreux messages de masse sont envoyés aux clients, leur demandant de mettre à jour leur situation et bloquant préventivement leurs comptes jusqu’à ce qu’ils puissent justifier d’un autre type de protection ou d’une procédure en cours.
Le statut I-220A représente une autre source d’incertitude. Des dizaines, voire des centaines de milliers de Cubains sont entrés aux États-Unis en franchissant la frontière et ont obtenu ce document de « libération conditionnelle sous surveillance ». Ce statut, qui n’est ni une libération conditionnelle classique, ni un séjour totalement irrégulier, laisse les personnes concernées dans un flou juridique depuis des années. Bien que non détenues, elles ne bénéficient pas d’un statut stable. En 2025, des décisions judiciaires ont commencé à reconnaître que certaines personnes détenant un I-220A pourraient être assimilées à des bénéficiaires d’une libération conditionnelle à des fins d’immigration, ouvrant la voie à des options telles que l’ajustement de statut cubain. Cependant, l’administration Trump a également intensifié les arrestations de Cubains munis d’un I-220A aux points de contrôle ICE et en a fait une priorité dans sa lutte contre l’immigration.
D’un point de vue bancaire, un client disposant d’un I-220A représente un risque réglementaire important : il est difficile de déterminer la durée pendant laquelle il pourra rester aux États-Unis, s’il risque d’être détenu ou expulsé, et si sa situation peut être considérée comme une présence légale au sens de la réglementation financière. Face à cette ambiguïté, de nombreuses banques préfèrent prendre des mesures de précaution : blocage des comptes, demande de documents supplémentaires ou rupture directe des relations avec les clients dont le statut dépend de l’annulation de la libération conditionnelle ou de l’I-220A.
Quelles sont les conséquences de cette situation ?
- Un nombre croissant de Cubains se trouvent dans une situation précaire (annulation de la libération conditionnelle, I-220A, procédures incertaines).
- Le gouvernement américain fait de l’immigration une cible politique et opérationnelle prioritaire.
- Les banques sont soumises à la pression des sanctions, des amendes et d’un climat politique qui privilégie la réduction des risques plutôt que la défense des intérêts de leurs clients.
Que peuvent faire les personnes concernées ?
- Ne pas ignorer les messages de la banque.
- Rassembler et fournir des copies de tous les documents d’immigration en cours : permis de travail, notification de demande d’asile, récépissé de demande d’ajustement de statut cubain, prolongation de libération conditionnelle, etc.
- Demander à la banque d’expliquer par écrit les raisons d’une éventuelle fermeture de compte, qui sont généralement liées à un problème de « risque » ou de « conformité réglementaire ».
- En cas de situation grave, consulter un avocat spécialisé en droit de l’immigration ou un expert des sanctions et du secteur bancaire pour évaluer l’opportunité de contester la décision ou d’ouvrir un compte dans une autre institution financière.
Les alertes, les blocages et les fermetures de comptes que reçoivent actuellement de nombreux Cubains sont les conséquences visibles de cette situation. Pour ceux qui sont touchés, les meilleures stratégies consistent à ne pas ignorer les communications de la banque, à fournir toutes les preuves possibles d’un statut ou d’une procédure d’immigration en cours (asile, ajustement de statut cubain, demande de résidence, renouvellements), à documenter par écrit chaque décision de la banque et, si nécessaire, à solliciter des conseils juridiques, tant en matière d’immigration que financiers.
Dans un contexte marqué par un durcissement de la politique migratoire et une remise en question des programmes de libération conditionnelle, la capacité à prouver que l’on est en voie d’obtenir la résidence ou que l’on y est déjà parvenu constitue le meilleur moyen de réduire le risque d’être considéré comme un client à risque par le système bancaire.
