L’ambitieux projet « Rendre l’Amérique en bonne santé » (MAHA) promet de s’attaquer aux maux profonds qui affaiblissent la santé des Américains, mais ses propositions suscitent de vives inquiétudes parmi les professionnels de la santé. Si le diagnostic de crise est juste, les solutions avancées sont jugées dangereuses et risquent d’aggraver les inégalités d’accès aux soins.
Le rapport MAHA souligne avec justesse un constat alarmant : de nombreux Américains se sentent négligés par un système de santé coûteux et inefficace. Les indicateurs sont préoccupants : espérance de vie en baisse, augmentation des suicides, et même une détérioration de la santé infantile. Ces problèmes sont exacerbés par des coûts de santé qui grèvent les budgets des familles, limitant leur accès à un logement décent, à une alimentation saine, et à l’éducation.
Cependant, derrière cette rhétorique de bien-être se cache, selon les critiques, un programme incohérent, alimenté par des théories du complot et des positions anti-scientifiques. Si MAHA dénonce à juste titre les défaillances du système alimentaire, les risques environnementaux et les incitations financières perverses, les remèdes proposés sont jugés inefficaces, voire nocifs.
La remise en question de la confiance dans les vaccins, la politisation de la vaccination, et l’opposition aux obligations vaccinales pour les enfants sont particulièrement pointées du doigt. Ces mesures, selon les experts, mettent en danger la santé publique. De même, la suppression de programmes sociaux essentiels et la réduction de Medicaid, qui pourraient priver 10 millions de personnes de couverture médicale, sont considérées comme moralement inacceptables et contre-productives.
La diffusion de désinformation et la décrédibilisation des experts en santé, combinées à des purges au sein des agences gouvernementales comme les CDC et les NIH, sèment la confusion et le chaos, attisant les divisions et incitant même à la violence envers les professionnels de santé.
« Nos patients ne peuvent pas ‘se désintoxiquer’ pour retrouver la santé si leurs communautés manquent d’eau potable, de logements sûrs ou d’accès à des aliments sains et à des soins médicaux », soulignent les professionnels de la santé. Ils insistent sur le fait que la confiance dans la médecine ne peut être restaurée par la peur et la désinformation, et qu’un système brisé ne peut être réparé en se repliant sur un individualisme déguisé en « liberté personnelle ».
Les soins primaires, qui constituent le fondement d’une société saine, sont en crise. Près d’un tiers des adultes américains n’ont pas de médecin traitant, et ceux qui en ont doivent souvent attendre des semaines, voire des mois, pour obtenir un rendez-vous. Les médecins généralistes sont sous-payés, surchargés de travail administratif, et nombreux sont ceux qui réduisent leurs heures de travail, se tournent vers des cabinets privés payants, ou quittent la profession. Les étudiants en médecine, accablés par les dettes, privilégient les spécialités mieux rémunérées.
Une véritable réforme, selon les experts, passe par une restructuration du système de santé pour privilégier la prévention et les soins primaires. Il est nécessaire de financer adéquatement les soins primaires, de réduire l’écart salarial avec les spécialistes, et de donner aux médecins le temps et les ressources nécessaires pour prendre en charge leurs patients. Il faut également s’attaquer aux facteurs sociaux qui déterminent la santé : logement, environnement, alimentation, éducation, et revenu.
Enfin, il est crucial de reconstruire la confiance dans la science en renforçant les agences de santé publique, en garantissant l’indépendance des recommandations vaccinales, et en mettant fin au chaos actuel. Le financement de ces agences, l’amélioration de leur organisation, et le recrutement d’experts qualifiés sont essentiels. Les soins primaires ne peuvent à eux seuls supporter le poids d’une infrastructure de santé publique en ruine.
« Oui, rendons l’Amérique à nouveau en bonne santé. Mais faisons-le avec science, compassion et en comprenant que la santé n’est pas seulement une question de choix individuels ; il s’agit des systèmes que nous construisons, des politiques que nous adoptons et des valeurs que nous défendons », concluent les auteurs.
