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Pourquoi le projet de constitution du Québec incite des experts juridiques et des groupes de défense des droits civiques à tirer la sonnette d’alarme

Publié le 23 novembre 2025 à 15h04. Le gouvernement québécois a déposé un projet de constitution sans consultation préalable, suscitant une vive controverse juridique et politique quant à son impact sur les droits et libertés individuelles. Le projet…

Pourquoi le projet de constitution du Québec incite des experts juridiques et des groupes de défense des droits civiques à tirer la sonnette d’alarme

Publié le 23 novembre 2025 à 15h04. Le gouvernement québécois a déposé un projet de constitution sans consultation préalable, suscitant une vive controverse juridique et politique quant à son impact sur les droits et libertés individuelles.

  • Le projet de loi 1 modifie plus d’une douzaine de lois, dont la Charte québécoise des droits et libertés.
  • Des experts juridiques et des groupes de défense des droits dénoncent une centralisation du pouvoir et une atteinte aux libertés fondamentales.
  • Le Barreau du Québec s’est publiquement opposé à certaines dispositions, les qualifiant d’« acte d’intimidation ».

La présentation surprise d’un projet de constitution par le gouvernement de François Legault le mois dernier a déclenché une onde de choc au Québec. L’initiative, présentée comme un moyen d’affirmer le caractère distinct de la nation québécoise, a été critiquée pour son manque de transparence et son potentiel impact sur les droits individuels. Selon le premier ministre, ce texte constitutionnel vise à protéger les valeurs fondamentales de la province, notamment la langue française, la laïcité, le droit à l’avortement et l’égalité entre les hommes et les femmes.

Cependant, le projet de loi 1, qui dépasse largement le simple cadre constitutionnel en modifiant plus d’une douzaine de lois existantes, a rapidement soulevé des inquiétudes au sein de la communauté juridique. Les critiques pointent du doigt une centralisation excessive du pouvoir, un affaiblissement du contrôle judiciaire et une potentielle atteinte aux libertés individuelles. Laurence Guénette, coordonnatrice à la Ligue des droits et libertés, a déclaré :

« Nous avons un gouvernement qui veut enchâsser les soi-disant valeurs québécoises au détriment des droits et libertés de tous les Québécois, mais surtout des minorités. »

Laurence Guénette, coordonnatrice à la Ligue des droits et libertés

L’un des points les plus controversés du projet de loi concerne l’utilisation de la clause dérogatoire, qui permettrait au Québec de s’affranchir de certaines dispositions constitutionnelles sans justification préalable. De plus, le texte interdit aux organisations financées par des fonds publics d’utiliser ces fonds pour contester en justice les lois protégeant « les caractéristiques fondamentales du Québec ». Cette disposition a particulièrement alarmé les institutions de langue anglaise, comme la Commission scolaire English-Montréal, qui a déjà contesté la loi sur la laïcité (projet de loi 21) devant les tribunaux. Sylvia Martin-Laforge, directrice générale de TALQ, un groupe de défense des droits anglophones, a souligné que cette loi nuirait à la capacité des institutions de langue anglaise à se protéger.

Face à la levée de boucliers, le gouvernement a annoncé son intention de lancer des consultations publiques. Toutefois, plusieurs experts estiment que ce processus est insuffisant. Karine Millaire, professeure de droit constitutionnel à l’Université de Montréal, insiste sur la nécessité d’une consultation « très ouverte, publique et inclusive » :

« Nous parlons d’une constitution, pas de quelque chose dont nous devrions parler en secret. »

Karine Millaire, professeure de droit constitutionnel à l’Université de Montréal

Elle fait partie d’un groupe de 28 professeurs d’université et politologues qui ont exprimé leurs doutes quant à la légitimité du processus dans une tribune publiée dans Le Devoir. Stéphane Beaulac, un autre professeur de droit constitutionnel, qualifie les consultations de « processus de façade ».

Le Barreau du Québec a également pris la parole pour exprimer ses préoccupations, dénonçant un « effet dissuasif » sur les contestations judiciaires et une érosion de la primauté du droit. Rémi Bourget, vice-président de l’organisation, a déclaré que l’article limitant les contestations judiciaires équivalait à un « acte d’intimidation ». Le Barreau a également condamné d’autres projets de loi récents, notamment ceux qui donneraient au gouvernement le pouvoir de surveiller le travail des médecins et de limiter le financement des syndicats pour les contestations judiciaires.

Le ministre de la Justice du Québec, Simon Jolin-Barrette, n’a pas répondu aux demandes de commentaires. François Legault a réaffirmé que l’objectif de cette constitution est d’affirmer le « caractère national distinct » du Québec, soulignant que la survie de la nation québécoise a été improbable tout au long de son histoire. Il est à noter que seule la Colombie-Britannique, parmi les provinces canadiennes, possède actuellement une loi constitutionnelle autonome. Pour le Québec, qui n’a jamais officiellement signé la Loi constitutionnelle fédérale de 1982, l’adoption d’une constitution provinciale est un projet de longue date, lié à ses aspirations nationalistes. Les partis d’opposition ont accueilli favorablement l’idée d’une constitution, mais critiquent le caractère politique du document, d’autant plus que la Coalition Avenir Québec est en difficulté dans les sondages à l’approche des élections provinciales de l’automne prochain. Pablo Rodriguez, chef des libéraux du Québec, a déclaré que le projet devait viser à rassembler, et non à diviser.

À Ottawa, un porte-parole du ministre de la Justice, Sean Fraser, a indiqué que le gouvernement fédéral « continue d’analyser attentivement le projet de constitution proposé », soulignant qu’il s’agit d’un document complexe qui nécessite un examen approfondi. Lola Dandybaeva a conclu en affirmant que « ce débat important appartient avant tout aux Québécois ».

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.