Le passeport américain, autrefois symbole de liberté de voyager à travers le monde, a perdu de son prestige. Pour la première fois en vingt ans, il ne figure plus parmi les dix premiers s’agissant de la facilité d’accès aux pays sans visa.
Selon l’indice Henley Passport, qui mesure la liberté de voyager en fonction du nombre de destinations accessibles sans visa, le passeport américain partage désormais la 12e place avec la Malaisie, offrant un accès sans visa à 180 pays. Ce recul marque un contraste frappant avec la situation d’il y a dix ans, où le passeport américain était considéré comme le plus puissant au monde.
En tête du classement se trouvent désormais Singapour, la Corée du Sud et le Japon, qui permettent respectivement à leurs citoyens de voyager sans visa dans 193, 190 et 189 pays. L’Allemagne, le Luxembourg et l’Italie sont ex-aequo à la quatrième place.
Plusieurs facteurs expliquent ce déclin rapide, notamment les politiques d’immigration plus restrictives mises en place par l’administration Trump. « Le déclin du passeport américain au cours de la dernière décennie est plus qu’un simple remaniement des classements : il signale un changement fondamental dans la mobilité mondiale et la dynamique du soft power », a déclaré Christian Kaelin, président de Henley & Partners.
Annie Pforzheimer, associée principale au Centre d’études stratégiques et internationales de Washington, souligne que cette baisse reflète un tournant isolationniste de la politique américaine. « Même avant une seconde présidence Trump, la politique américaine s’était tournée vers l’intérieur. Cet état d’esprit isolationniste se reflète désormais dans la perte du pouvoir de passeport de l’Amérique. »
Le manque de réciprocité en matière de visa est également pointé du doigt. Les détenteurs d’un passeport américain peuvent actuellement accéder à 180 destinations sans visa, mais les États-Unis n’autorisent que 46 nationalités à entrer sur leur territoire sans visa. Le Brésil a d’ailleurs mis fin aux voyages sans visa pour les citoyens américains, canadiens et australiens en avril, invoquant ce manque de réciprocité.
Par ailleurs, le coût des visas pour les États-Unis a augmenté. Le système électronique d’autorisation de voyage (ESTA) a vu son prix presque doubler le 30 septembre 2025, passant de 21 $ (environ 19 €) à 40 $ (environ 37 €).
Des décisions prises par d’autres pays ont également contribué à la chute des États-Unis dans le classement. La Chine a notamment étendu ses exemptions de visa à de nombreux pays européens, dont l’Allemagne et la France, mais pas aux États-Unis. Des changements en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Myanmar, ainsi que l’introduction d’un nouveau système de visa électronique en Somalie, ont également eu un impact.
Henley & Partners constate une augmentation « sans précédent » du nombre d’Américains à la recherche de résidences alternatives et d’options de citoyenneté. À la fin du troisième trimestre 2025, les demandes de ressortissants américains avaient déjà augmenté de 67 % par rapport à l’ensemble de l’année 2024.
La décision récente du Vietnam d’exclure les États-Unis de sa liste d’exemption de visa a porté un coup supplémentaire au passeport américain. Le Royaume-Uni a également atteint son plus bas niveau historique, se classant désormais à la 8e place.
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