Publié le 6 janvier 2024 07:26:00. Alors que la grippe sévit aux États-Unis, avec des milliers d’hospitalisations et de décès, une nouvelle étude révèle que les raisons pour lesquelles les gens choisissent ou non de se faire vacciner sont bien plus complexes que la simple évaluation des risques et des bénéfices.
- Les infections à la grippe ont déjà entraîné au moins 81 000 hospitalisations et 3 100 décès aux États-Unis cette saison.
- Une recherche de l’Université Cornell suggère que les décisions en matière de vaccination sont davantage influencées par l’intuition et les valeurs personnelles que par une analyse rationnelle des faits.
- La perception globale des risques et des avantages, plutôt que des chiffres précis, est un facteur déterminant dans le choix de se faire vacciner.
Les États-Unis connaissent une forte augmentation des infections à la grippe, avec des conséquences graves pour la santé publique. Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), plus de 81 000 personnes ont été hospitalisées et 3 100 sont décédées des suites de la grippe depuis le début de la saison. Face à cette situation, une question se pose : pourquoi les taux de vaccination restent-ils inférieurs à ce qui serait logiquement attendu, compte tenu des risques encourus ?
Valérie Reyna, professeure de psychologie à l’Université Cornell, apporte une réponse surprenante. Ses recherches, publiées le 29 novembre dans la revue Behavioral Sciences, démontrent que les modèles traditionnels de prise de décision, basés sur une analyse rationnelle des coûts et des bénéfices, ne rendent pas compte de la réalité. Les individus ne se basent pas principalement sur des données factuelles, mais sur leur intuition et sur la manière dont les informations disponibles s’alignent sur leurs valeurs fondamentales.
Deux études menées par l’équipe de Reyna ont révélé que la perception générale des risques et des avantages associés à la vaccination était un facteur prédictif bien plus puissant que les mesures quantitatives utilisées par les économistes et les psychologues. Les participants qui considéraient les bénéfices de la vaccination comme nuls ou faibles, ou les risques comme moyens ou élevés, étaient nettement moins enclins à se faire vacciner.
« Nous prenons des décisions en fonction de l’essentiel des informations : à quoi se résument toutes ces données ? Sur quoi porte réellement la décision ? Si nous comprenons l’essence de ce que ressent une personne face à ces idées, nous pouvons expliquer et prédire ses intentions en matière de vaccination. »
Valérie Reyna, professeure Lois et Melvin Tukman de développement humain au Département de psychologie et au Collège d’écologie humaine
Reyna, directrice du Lab for Rational Decision Making, explique que l’esprit humain fonctionne selon deux processus : l’un axé sur les détails et les faits précis, l’autre sur la compréhension globale et qualitative des informations. C’est ce dernier processus qui est le plus déterminant dans la prise de décision.
Les recherches ont porté sur plus de 700 étudiants et près de 200 membres de la communauté. Les participants ont été interrogés sur leur expérience en matière de vaccination antigrippale, leur accès aux vaccins, leur perception du risque (sur une échelle de zéro à 100) et leur évaluation globale des risques et des avantages du vaccin. Les résultats ont confirmé l’importance de la perception globale : la connaissance et l’accessibilité des vaccins n’expliquaient que 14 % de la variation des intentions de se faire vacciner chez les jeunes adultes, contre 58 % lorsque l’on prenait en compte les réponses aux questions portant sur l’essentiel des informations. Dans l’échantillon communautaire, l’amélioration était encore plus significative, passant de 57 % à 80 %.
« Les gens se font une impression générale de ce qu’on leur dit et de ce qu’ils vivent, par exemple : ‘Dans l’ensemble, je pense que les bénéfices de la vaccination sont élevés et les risques sont nuls.’ C’est cet élément essentiel qui détermine leur décision », souligne Reyna.
Ces découvertes suggèrent que les campagnes de communication sur la vaccination devraient être repensées. Plutôt que de se contenter de présenter des listes de faits et de s’appuyer sur l’autorité des experts, il serait plus efficace d’intégrer des principes essentiels et de replacer les informations dans un contexte compréhensible. Il est crucial d’expliquer comment les risques et les avantages des vaccins s’alignent sur les valeurs fondamentales des individus, telles que la protection de leur famille et de leur communauté, ou le respect de leur liberté de choix.
« Si vous suivez cette recette, vous aurez beaucoup plus de chances de faire une différence », conclut Reyna. « Il faut adopter la bonne approche, et c’est fondamentalement différent de ce que nous faisons actuellement. »
Cette recherche a bénéficié du soutien de l’ Institut national des normes et de la technologie, du Département américain de l’Agriculture et de l’Institute for Trustworthy AI and Society.
Source:
Référence du journal :
Reyna, VF, et al. (2025). A New Look at Vaccination Behaviors and Intentions: The Case of Influenza. Behavioral Sciences. DOI : 10.3390/bs15121645. https://www.mdpi.com/2076-328X/15/12/1645
Pour aller plus loin
