Publié le 26 octobre 2025 10h00. Le changement d’heure, qui aura lieu ce dimanche, perturbe nos rythmes biologiques. Un expert explique pourquoi ce décalage est difficile à vivre et comment notre corps réagit à cette modification.
- Le passage à l’heure d’hiver perturbe la synchronisation entre notre horloge interne et l’heure réelle.
- La production de mélatonine, l’hormone du sommeil, et la température corporelle sont des indicateurs clés de cette perturbation.
- Certaines populations, comme les femmes ménopausées ou les personnes souffrant de troubles du sommeil, sont plus sensibles à ce décalage.
Chaque année, à la fin de l’automne, nous reculons nos horloges d’une heure. Si cette pratique vise à mieux profiter de la lumière du jour, elle a un impact significatif sur notre organisme. John Groeger, professeur de psychologie à l’Université de Nottingham Trent, décrypte les mécanismes biologiques en jeu et explique pourquoi ce changement d’heure est loin d’être anodin.
La perturbation du sommeil et de l’éveil que provoque le passage à l’heure d’hiver révèle notre dépendance à l’interaction entre la pression du sommeil et nos horloges circadiennes. La nuit précédant le changement, notre corps commence à sécréter de la mélatonine, une hormone essentielle à la régulation du sommeil. Cette hormone s’accumule dans le sang et atteint son pic avant de diminuer progressivement jusqu’au matin. Cependant, la mélatonine ne nous endort pas directement, mais agit comme un signal annonciateur du sommeil. Une exposition, même brève, à la lumière artificielle peut retarder ou même interrompre ce signal.
Parallèlement à l’augmentation de la mélatonine, la température interne de notre corps atteint son niveau le plus élevé de la journée, avant de diminuer, signalant également l’approche du sommeil. C’est pourquoi un bain chaud avant le coucher peut favoriser l’endormissement.
Le dimanche 26 octobre, juste avant 2h00 du matin, nos systèmes de chronométrage interne et l’heure officielle devraient être alignés, notre température corporelle atteignant son point le plus bas. Lorsque le corps commence à se réchauffer et que le taux de mélatonine diminue, un autre processus circadien se met en marche : la libération progressive de cortisol, l’hormone du réveil, qui culminera au moment de notre lever. Si la mélatonine signale le sommeil, le cortisol, lui, annonce le réveil.
Cette perturbation n’affecte pas tout le monde de la même manière. Environ 1 % de la population souffre du syndrome de retard de phase du sommeil, qui rend difficile l’endormissement avant les petites heures de la nuit. Ces personnes pourraient même bénéficier du recul des horloges, au moins temporairement. De même, les adolescents ont naturellement tendance à se coucher plus tard, et le changement d’heure pourrait temporairement aligner leur sommeil sur celui du reste de la famille, même s’ils ressentiront une somnolence accrue le matin.
À l’inverse, environ 1 % des personnes d’âge moyen ont tendance à se coucher et à se réveiller très tôt, souffrant du syndrome d’avance de phase du sommeil. Ce groupe est particulièrement affecté par le recul des horloges.
Le changement d’heure est également souvent difficile pour les femmes ménopausées souffrant de bouffées de chaleur, car leur horloge biologique est souvent avancée et elles ont tendance à avoir besoin de dormir plus tôt. Le recul des horloges signifie qu’elles devront attendre plus longtemps pour se coucher et se réveiller plus tôt. Des études ont d’ailleurs montré que le changement d’heure peut être particulièrement problématique pour elles.
Bien que le passage à l’heure d’hiver ne dure qu’une semaine, il soulève la question de savoir pourquoi nous soumettons nos corps à une telle pression. Il est légitime de se demander si les bénéfices d’une heure de lumière supplémentaire justifient cette perturbation de nos rythmes biologiques.
John Groeger est professeur de psychologie à l’École des sciences sociales de l’Université de Nottingham Trent.
Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur et ne représentent ni ne reflètent les opinions de RTÉ.
