Home MondePourquoi Trump gracie-t-il Orlando Hernández, l’ancien président accusé d’avoir créé un « narco-État » au Honduras ?

Pourquoi Trump gracie-t-il Orlando Hernández, l’ancien président accusé d’avoir créé un « narco-État » au Honduras ?

by Clara Dubois

Publié le 24 septembre 2023 18h32. À quelques heures du scrutin présidentiel au Honduras, Donald Trump a créé la surprise en annonçant qu’il accordait un pardon à l’ancien président Juan Orlando Hernández, condamné aux États-Unis pour trafic de drogue, une décision perçue comme un soutien de poids au candidat du parti national, Nasry Asfura.

  • Donald Trump a accordé un « pardon total et complet » à Juan Orlando Hernández, ancien président hondurien condamné à 45 ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue.
  • Cette annonce intervient dans le contexte tendu des élections générales honduriennes et après un soutien affiché par Trump au candidat Nasry Asfura.
  • La décision de Trump suscite des réactions mitigées à Washington, notamment de la part de sénateurs démocrates qui dénoncent un manque de considération pour la lutte contre le trafic de drogue.

L’annonce du pardon présidentiel a secoué le paysage politique hondurien à l’approche d’un vote crucial. Juan Orlando Hernández, membre du Parti national, avait été reconnu coupable par un tribunal américain d’avoir introduit aux États-Unis près de 500 000 kilos de cocaïne. Il avait été extradé vers les États-Unis après la fin de son second mandat, suite à une enquête ouverte en 2015.

Donald Trump justifie cette grâce en affirmant que l’ancien président hondurien a été victime d’un « coup monté » orchestré par l’administration Biden. Il a également souligné son engagement dans la lutte contre le trafic de drogue, rappelant que son administration avait désigné plusieurs cartels comme organisations terroristes et avait mené des opérations militaires contre des trafiquants présumés dans les Caraïbes. Il a même menacé de suspendre l’aide financière au Honduras si son candidat, Nasry Asfura, ne remportait pas l’élection. Reuters rapporte que Trump a déclaré : « Si (Asfura) ne gagne pas, les États-Unis ne dépenseront plus d’argent, car un mauvais dirigeant ne peut qu’apporter des résultats catastrophiques à un pays. »

Cette intervention de l’ancien président américain s’inscrit dans une stratégie plus large visant à influencer le résultat du scrutin hondurien. Trump a activement fait campagne en faveur d’Asfura, le qualifiant de « seul véritable ami de la liberté ». Il voit dans une victoire d’Asfura un moyen de renforcer la coopération avec un allié en Amérique centrale, notamment dans le cadre du déploiement militaire américain massif dans la région, le plus important depuis la Guerre froide. Ce déploiement, qui inclut des navires de guerre, des avions et le porte-avions Gerald R. Ford, est officiellement justifié par la lutte contre le trafic de drogue.

La décision de Trump a suscité des critiques virulentes à Washington. Le sénateur démocrate Tim Kaine, membre de la sous-commission des relations étrangères du Sénat pour l’hémisphère occidental, a qualifié le pardon d’Hernández de « choquant ». CBS News cite Kaine déclarant :

« Il était le chef de l’une des plus grandes organisations criminelles jamais condamnées par les tribunaux américains et moins d’un an après sa condamnation, le président Trump lui accorde sa grâce, suggérant que le président Trump ne se soucie pas du trafic de drogue. »

L’affaire Hernández met également en lumière les liens complexes entre la politique et le trafic de drogue au Honduras. Deux ans avant la condamnation de l’ancien président, son frère, Tony Hernández, avait été condamné à la prison à vie pour les mêmes motifs. Un témoin clé du procès, l’ancien maire d’El Paraíso, Amilcar Alexander Ardón Soriano, a affirmé avoir assisté à une réunion où le célèbre trafiquant de drogue Joaquin « El Chapo » Guzmán avait remis un million de dollars à Tony Hernández pour financer la campagne présidentielle de Juan Orlando Hernández.

Parallèlement à cette opération antidrogue, les États-Unis ont ordonné le bombardement de plus de vingt bateaux de drogue présumés dans les Caraïbes, causant plus de 80 morts. Donald Trump présente ces opérations comme une lutte acharnée contre les trafiquants, mais des organisations comme les Nations Unies et Human Rights Watch dénoncent des « exécutions sommaires ». Des familles de pêcheurs en Colombie et au Venezuela affirment que leurs proches ont été victimes collatérales de ces bombardements. Le président colombien, Gustavo Petro, a qualifié ces actions d’« exécutions extrajudiciaires ».

La position favorable de Donald Trump envers un ancien président hondurien condamné pour trafic de drogue soulève des questions sur son engagement réel dans la lutte contre ce fléau et sur les motivations qui sous-tendent son intervention dans les élections honduriennes.

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