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Près de la frontière de l’OTAN, Poutine fait une démonstration de force avec un « missile météorite »

Publié le 10 janvier 2026 08h25. La Russie a intensifié ses frappes sur l'Ukraine en utilisant un missile balistique hypersonique capable d'atteindre l'ensemble de l'Europe, suscitant des inquiétudes quant à une escalade du conflit et à la crédibilité…

Près de la frontière de l’OTAN, Poutine fait une démonstration de force avec un « missile météorite »

Publié le 10 janvier 2026 08h25. La Russie a intensifié ses frappes sur l’Ukraine en utilisant un missile balistique hypersonique capable d’atteindre l’ensemble de l’Europe, suscitant des inquiétudes quant à une escalade du conflit et à la crédibilité des avertissements de Moscou concernant une éventuelle intervention occidentale.

  • La Russie a utilisé pour la deuxième fois un missile balistique à longue portée, l’Oreshnik, lors d’une attaque près de la frontière polonaise.
  • Kyiv accuse Vladimir Poutine de « hallucinations » tandis qu’un de ses alliés dénonce une situation internationale devenue « folle ».
  • Les perspectives d’une médiation rapide par Donald Trump semblent s’éloigner, selon les observateurs.

Les tensions ont atteint un nouveau sommet après que la Russie a confirmé avoir lancé un missile Oreshnik, un engin balistique hypersonique dont la portée, selon Moscou, atteint jusqu’à 5 000 kilomètres (3 107 miles). Cette capacité lui permettrait de frapper n’importe quel point d’Europe et même l’est des États-Unis. L’attaque de jeudi soir a visé une zone proche de la ville de Lviv, à environ 60 kilomètres (37 miles) de la frontière polonaise, où se trouve une base militaire cruciale pour l’acheminement des armes occidentales vers l’Ukraine.

Les autorités ukrainiennes ont indiqué que l’infrastructure avait été touchée, sans faire état de victimes. Parallèlement à l’utilisation de l’Oreshnik, l’Ukraine a signalé avoir été la cible de 13 autres missiles balistiques, 22 missiles de croisière et 242 drones. Quatre personnes ont perdu la vie à Kyiv et des dégâts ont été recensés à l’ambassade du Qatar dans la capitale. Environ 500 000 foyers de Kyiv se sont retrouvés sans électricité, alors que les températures chutent en dessous de -10°C (14°F).

Le ministère russe de la Défense a justifié cette frappe massive comme une riposte à une tentative d’attaque de drone ukrainien contre la résidence officielle de Vladimir Poutine à Novgorod, fin décembre – une allégation catégoriquement démentie par Kyiv. L’ancien président américain Donald Trump a également exprimé ses doutes quant à la véracité de cette information la semaine dernière.

L’utilisation du missile Oreshnik est particulièrement préoccupante en raison de sa capacité théorique à transporter une ogive nucléaire. Il s’agit de sa deuxième utilisation depuis son déploiement. La première, en novembre 2024, avait également été interprétée comme un message adressé à l’Occident, visant une usine abandonnée à Dnipro, qualifiée de « test » par Moscou, suite à l’autorisation donnée par le président Joe Biden à l’Ukraine d’utiliser des missiles HIMARS de fabrication américaine pour frapper à l’intérieur de la Russie.

Selon des responsables ukrainiens, le missile utilisé lors de la frappe de jeudi sur ce qu’ils décrivent comme une « entreprise d’État » près de Lviv transportait probablement des ogives neutralisées ou des leurres. Des informations similaires avaient été rapportées lors de la frappe de 2024 sur Dnipro.

L’Oreshnik, dont le nom signifie « noisetier » en russe, est un missile balistique à portée intermédiaire capable d’emporter des ogives nucléaires sur une distance comprise entre 500 et 5 500 kilomètres. Washington et Moscou avaient convenu d’abandonner ce type d’armes pendant la Guerre froide, mais ce traité a expiré en 2019. La Russie affirme que la portée de l’Oreshnik est légèrement inférieure à celle d’un missile balistique intercontinental. Des informations récentes indiquent également qu’il a été déployé en Biélorussie, un allié de la Russie.

Vladimir Poutine a affirmé que le missile pouvait atteindre une vitesse dix fois supérieure à celle du son, « comme une météorite », le rendant impossible à intercepter par les systèmes de défense aérienne. L’armée ukrainienne a confirmé vendredi qu’il avait atteint une vitesse d’environ 13 000 kilomètres par heure (Mach 10,5). L’ogive du missile pourrait se diviser en au moins six sous-munitions distinctes, chacune pouvant se fragmenter davantage.

Les réactions à ces événements ont été vives. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a déclaré qu’une attaque aussi proche de la frontière de l’Union européenne et de l’OTAN constituait une menace pour la sécurité du continent et un test pour la communauté transatlantique. Il a qualifié la justification de la frappe par Moscou de « réponse aux hallucinations de Poutine ». Volodymyr Zelensky n’a pas encore fait de déclaration publique.

Kaja Kallas, chef de la politique étrangère de l’UE, a dénoncé une menace pour l’Europe et les États-Unis, affirmant que Vladimir Poutine « ne veut pas la paix » et que sa réponse à la diplomatie se traduit par davantage de missiles et de destructions. Elle a souligné que ce cycle d’attaques russes majeures se poursuivra tant que l’Ukraine ne recevra pas l’aide nécessaire pour y mettre fin.

Cette frappe intervient après l’annonce par la Grande-Bretagne et la France de leur intention d’envoyer des « forces de maintien de la paix » en Ukraine en cas de cessez-le-feu, une décision fermement rejetée par Moscou, qui a averti que toute troupe étrangère sur le sol ukrainien serait considérée comme une cible légitime.

Gerhard Mangott, spécialiste de la Russie à l’Université d’Innsbruck en Autriche, estime que Moscou est frustré par ce qu’il perçoit comme sa marginalisation dans les négociations entre les États-Unis, l’Ukraine et les pays européens. Il relie également ces tensions aux récentes remarques de Donald Trump, qui a déclaré ne pas être « enthousiasmé » par Poutine.

Trump a également manifesté son soutien à une législation du Sénat américain visant à renforcer les sanctions contre la Russie, en ciblant notamment les pays qui achètent du pétrole russe, comme la Chine et l’Inde. Le Telegraph britannique a rapporté vendredi que Trump était de plus en plus frustré par Poutine et le considérait comme un obstacle plus important à la paix que le président ukrainien.

Une source proche de Trump a déclaré au journal que la saisie du pétrolier « russe » au Venezuela et le soutien de Trump au projet de sanctions étaient des signaux adressés à Poutine, indiquant que sa patience touchait à sa fin. « Il joue sur la carotte et le bâton », a précisé la source. « Et je pense qu’il n’a plus de carottes. »

Selon Mangott, la Russie est « particulièrement irritée » par l’insistance de l’Europe à envisager l’envoi de troupes en Ukraine en cas de cessez-le-feu, une mesure considérée par les dirigeants européens comme nécessaire pour dissuader Moscou de relancer une invasion. « Le lancement du missile est un signal adressé aux États-Unis et aux Européens quant aux capacités militaires russes », a-t-il déclaré. « La Russie veut être prise au sérieux en raison de son arsenal militaire et souhaite que l’Europe et Trump respectent au minimum la position de la Russie dans les négociations. »

Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel chef adjoint du Conseil de sécurité russe, a laissé entendre sur les réseaux sociaux que le lancement du missile était également lié à la capture de Maduro et à la saisie du pétrolier russe au Venezuela, ainsi qu’à la possibilité de nouvelles sanctions américaines, qualifiant cela de début d’année « turbulent ». Connu pour sa rhétorique belliciste, Medvedev a comparé le lancement de l’Oreshnik à une « injection d’urgence d’halopéridol », un médicament antipsychotique, dénonçant ainsi une situation internationale qu’il juge devenue folle.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.