L’augmentation continue des primes d’assurance maladie inquiète une majorité de Suisses, tandis que les solutions pour maîtriser les coûts divisent. Un sondage révèle un large soutien pour une caisse maladie unique, mais une forte opposition à la réduction du nombre d’hôpitaux.
Selon un sondage réalisé par Tamedia, 67 % de la population suisse s’alarme face à la hausse de 4,4 % des primes d’assurance maladie pour cette année. 14 % des personnes interrogées craignent même de ne pas pouvoir assumer ces coûts supplémentaires, ou d’avoir de sérieuses difficultés à le faire.
« Les prix de l’assurance maladie, ça touche tout le monde », souligne Philipp Trein, professeur assistant en administration publique et politique à l’Université de Lausanne. L’enquête montre que la moitié des sondés considèrent cette hausse comme une charge financière importante, un sentiment partagé au-delà des clivages politiques.
Les femmes sont plus touchées que les hommes par cette augmentation. 71 % d’entre elles déclarent que leur budget sera impacté, contre 63 % des hommes. « Globalement, les femmes ont encore des revenus moins élevés que les hommes, ce qui les rend plus vulnérables face à ces dépenses », explique Philipp Trein.
Une caisse unique séduit une majorité
Parmi les pistes envisagées pour réformer le système de santé, la mise en place d’une caisse maladie unique suscite un large consensus, avec 68 % de réponses favorables ou plutôt favorables. Ce soutien est constant dans toutes les classes d’âge et sur l’ensemble de l’échiquier politique.
« Ce résultat témoigne d’un mécontentement généralisé de la population envers la politique actuelle en matière de santé et son financement », résume Philipp Trein. Pierre-Yves Maillard (PS/VD) se réjouit de ce résultat, estimant qu’il ne devrait plus y avoir d’obstacles à la mise en œuvre d’une telle réforme.
« Vu le sondage, il ne devrait vraiment plus y avoir de raison de s’opposer à la caisse unique, parce qu’elle correspond à une attente de la population », a-t-il déclaré. Il plaide pour des caisses uniques cantonales afin de garantir le libre choix du médecin. « S’il y a une caisse unique, elle ne peut pas exclure des médecins du remboursement, sauf s’il y a une décision d’autorité. Les assureurs veulent pouvoir choisir les médecins à la place des patients. Donc, si on arrivait à faire des caisses uniques, on protégerait justement le libre choix de médecin. »
Cependant, Philipp Trein nuance l’efficacité d’une telle réforme, la qualifiant de « baguette magique » et soulignant que les coûts de la santé sont également liés au vieillissement de la population, aux nouvelles technologies médicales coûteuses et à la fréquence accrue des consultations médicales.
La réduction du nombre d’hôpitaux impopulaire
À l’inverse, la proposition de réduire le nombre d’hôpitaux ne rencontre pas l’adhésion de la population. 56 % des sondés s’y opposent, contre 36 % qui y sont favorables ou plutôt favorables.
« Les réponses sont mitigées », observe Philipp Trein. « Les gens sont préoccupés par l’augmentation des primes, mais ils souhaitent conserver l’accès aux hôpitaux. »
L’opposition à la réduction du nombre d’hôpitaux est plus forte chez les femmes (60 % de non ou plutôt non) et chez les jeunes adultes de 18 à 34 ans (68 %). « Ils se disent, dans vingt ans, quand je serai plus âgé, il y aura nettement moins d’hôpitaux. Ou alors ils pensent à leurs enfants », interprète le politologue.
Les sympathisants de tous les partis politiques sont également opposés à cette mesure, à l’exception des Verts libéraux. Philipp Trein conclut que trouver des compromis sur ces questions s’annonce difficile, car « il est dans la nature des gens d’être un peu contradictoires ».
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