Publié le 11 octobre 2024 à 03:01:00. Le Comité Nobel norvégien a attribué le prix Nobel de la paix à l’opposante vénézuélienne María Corina Machado, une décision vivement contestée qui intervient dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de crise au Venezuela.
- María Corina Machado a reçu le prix Nobel de la paix pour ses efforts en faveur des droits et des libertés au Venezuela.
- La décision a suscité des critiques, certains estimant qu’elle légitime l’ingérence étrangère et d’autres suggérant que l’ancien président américain Donald Trump aurait été un candidat plus approprié.
- L’attribution du prix coïncide avec le déploiement de navires de guerre américains dans les Caraïbes, une opération dénoncée par le gouvernement vénézuélien.
L’annonce de l’attribution du prix Nobel de la paix à María Corina Machado a provoqué une onde de réactions contrastées à travers le monde. Le Comité norvégien a salué son engagement en faveur de la démocratie et des droits de l’homme au Venezuela, pays dirigé par Nicolás Maduro. L’opposante a célébré la distinction sur les réseaux sociaux, la dédiant notamment à Donald Trump pour son soutien à la cause de l’opposition vénézuélienne, qui dénonce des fraudes lors de l’élection présidentielle de juillet dernier.
María Corina Machado est restée discrète depuis sa dernière apparition publique le 9 janvier, lors d’une manifestation à Caracas en faveur de la reconnaissance de González Urrutia. Elle est une figure de proue de l’opposition vénézuélienne, mais son rôle est controversé, certains l’accusant de chercher à déstabiliser le pays.
L’attribution de ce prix intervient dans un contexte particulièrement tendu. Le Venezuela dénonce le déploiement de navires de guerre américains dans les Caraïbes comme un siège, tandis que Washington justifie cette présence par une opération de lutte contre le trafic de drogue et accuse Maduro de diriger un cartel. Machado soutient ces manœuvres militaires.
Le prix Nobel, doté d’une médaille d’or, d’un diplôme et d’un chèque de 1,2 million de dollars (environ 1,1 million d’euros), sera remis le 10 décembre à Oslo. Machado succède à l’organisation japonaise Nihon Hidankyo, qui œuvre pour les victimes des bombardements atomiques. L’Institut norvégien avait reçu cette année un total de 338 candidatures, dont 244 individus et 94 organisations.
La décision du Comité Nobel n’a pas manqué de susciter des critiques. L’ancien président hondurien Manuel Zelaya Rosales a dénoncé une “atteinte à l’histoire et aux peuples qui luttent pour leur souveraineté”.
« Récompenser un putschiste, allié des élites financières et des intérêts étrangers, revient à transformer le symbole de la paix en un instrument du colonialisme moderne. »
Manuel Zelaya Rosales, ancien président hondurien
Zelaya, renversé par un coup d’État en 2009, a également souligné que l’attribution du prix à Machado ne tient pas compte des conséquences des sanctions et des blocages économiques sur la population vénézuélienne.
L’Observatoire de la réflexion stratégique pour l’intégration régionale (OPÉIR) a également rejeté le prix, le qualifiant d’opération symbolique qui récompense l’ingérence et normalise la pression extérieure sur les nations souveraines. L’organisation estime que le prix fonctionne comme un outil d’alignement politique, favorisant les gouvernements alignés sur les intérêts des grandes puissances.
Parallèlement, des voix se sont élevées pour estimer que Donald Trump aurait été un candidat plus méritant, notamment en raison de son rôle dans les accords de paix au Moyen-Orient. Steven Cheung, conseiller du président Trump et directeur des communications de la Maison Blanche, a accusé le Comité Nobel de privilégier la politique à la paix.
« Le Comité Nobel a montré qu’il faisait passer la politique avant la paix. Le président Trump continuera de conclure des accords de paix, de mettre fin aux guerres et de sauver des vies. »
Steven Cheung, conseiller du président Trump
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a également exprimé son regret que Trump n’ait pas été récompensé, soulignant les résultats concrets de sa politique en matière de paix. Il a fait référence à l’accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza.
Vladimir Poutine, président de la Russie, a quant à lui estimé que Donald Trump a “beaucoup fait pour résoudre les conflits actuels” et que le Comité Nobel a parfois attribué le prix à des personnes qui n’avaient rien fait pour la paix. Alexandre Loukachenko, président biélorusse, a également critiqué la décision, affirmant que Trump “mérite le prix Nobel”.
Enfin, une étude de la société de sondage Datanalisis révèle que 64,6% des Vénézuéliens rejettent le rôle de María Corina Machado comme leader de l’opposition, principalement en raison de sa position sur le processus de négociation nationale et de son alignement sur la politique américaine.
