Home AffairesProjet de loi sur les portables au lycée : une très mauvaise solution

Projet de loi sur les portables au lycée : une très mauvaise solution

by Amélie Bernard

Publié le 8 janvier 2024 17h56. L’annonce d’une interdiction générale des téléphones portables dans les lycées suscite une vive opposition de la part des syndicats enseignants et des représentants de la communauté éducative, qui dénoncent une mesure précipitée et peu adaptée aux réalités du terrain.

  • L’interdiction générale des téléphones portables dans les lycées, annoncée avant les fêtes, est jugée unilatérale et mal préparée par de nombreux acteurs de l’éducation.
  • Les syndicats estiment que la réglementation actuelle, datant de 2018, est suffisante pour encadrer l’usage des portables et privilégier une approche pédagogique.
  • Ils craignent que cette nouvelle loi ne crée des contradictions entre l’incitation à l’usage du numérique et l’interdiction pure et simple des téléphones, nuisant ainsi à l’objectif d’éducation aux médias.

La décision de légiférer sur l’utilisation des téléphones portables dans les lycées est largement contestée au sein de la communauté éducative. Plusieurs organisations syndicales, ainsi que des représentants des parents d’élèves et des collectivités territoriales, ont exprimé leur désaccord face à cette mesure, qu’ils jugent à la fois excessive et contre-productive.

Le ministère de l’Éducation nationale tente de justifier cette loi en soulignant son caractère dérogatoire, censé permettre une application plus souple en fonction des situations locales. Cependant, cette explication ne convainc pas les opposants, qui s’interrogent sur la nécessité même d’une nouvelle loi alors que le cadre réglementaire existant, établi en 2018, permet déjà d’agir efficacement.

« Le cadre actuel permet déjà d’agir intelligemment, de réguler les usages et de dialoguer avec les lycéens », affirme Olivier Beaufrère, chef d’établissement et secrétaire national en charge des pédagogies au sein du SNPDEN-UNSA. Il rappelle que la réglementation de 2018 offre aux établissements la possibilité d’adapter l’usage des portables en fonction de leur contexte spécifique.

Les opposants à la loi soulignent que l’interdiction radicale des téléphones portables contredit les pratiques numériques déjà bien ancrées dans les lycées. Les élèves utilisent en effet leurs smartphones pour accéder à la cantine, emprunter des ouvrages au CDI, consulter leurs notes sur Pronote ou Parcoursup, recevoir des informations sur leurs cours, leurs stages ou leurs examens. De plus, la numérisation croissante des outils pédagogiques, avec l’utilisation de tablettes et de manuels numériques, rend l’interdiction des portables d’autant plus paradoxale.

Cette situation risque de placer les personnels de l’éducation dans une position inconfortable, contraints de justifier des contradictions entre l’incitation à l’usage du numérique et l’interdiction des téléphones. Selon Jérôme Fournier, secrétaire national en charge du système éducatif et des conditions d’apprentissage au SE-UNSA :

« Quand bien même vous réussiriez à interdire l’utilisation du téléphone portable au lycée, si la pratique de certains lycéens ne change pas en dehors des établissements, votre interdiction sera vaine pour résoudre certains problèmes comme le harcèlement »

Jérôme Fournier, secrétaire national en charge du système éducatif et des conditions d’apprentissage, SE-UNSA

Le SNIA-IPR UNSA, le syndicat des inspecteurs pédagogiques régionaux, reconnaît la nécessité de s’attaquer au problème sociétal lié à l’usage des téléphones portables, mais estime que le texte actuel n’est pas satisfaisant et plaide pour un débat approfondi sur la question.

L’UNSA Éducation et ses syndicats siégeant au CSE (A&I, SE, SIEN, SNIA-IPR, SNPDEN, SNPTES) appellent donc le gouvernement à revoir sa position sur l’interdiction des portables au lycée, tant sur le fond que sur la forme. Ils insistent sur l’importance du dialogue avec les personnels de l’éducation et privilégient une approche pédagogique basée sur l’éducation aux médias plutôt que sur l’interdiction pure et simple. Ils estiment qu’il est indispensable de renforcer l’accompagnement des élèves dans l’apprentissage d’une utilisation responsable et critique des médias, quel que soit le support utilisé.

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