Les urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Caen sont confrontées à une crise majeure : la suspension des stages d’une vingtaine d’internes, faute d’encadrement médical suffisant. L’Agence régionale de santé (ARS) de Normandie a mobilisé des renforts pour éviter la fermeture du service, déjà fragilisé par une pénurie de médecins.
La décision de suspendre les stages, qui devaient débuter ce lundi 3 novembre, a été prise par le doyen de la faculté de médecine, soucieux de la sécurité de ses étudiants. « Je dois protéger mes étudiants, mais je sais les conséquences pour l’hôpital », a-t-il déclaré. Plusieurs jeunes praticiens ont d’ailleurs déjà été contraints de s’arrêter de travailler en raison de la pression.
Selon Mélanie Debarreix, présidente de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI), la situation est alarmante. « Les internes ont été responsabilisés beaucoup trop vite. Ils devaient gérer trop de patients, souvent seuls… Forcément, avec si peu de médecins titulaires, ils n’avaient pas toujours quelqu’un vers qui se tourner. Avec l’angoisse d’avoir mal fait ! »
En réalité, les internes représentent un pilier essentiel du fonctionnement des hôpitaux. L’ISNI estime qu’ils assurent 40 % de l’effectif médical hospitalier et 70 % des prescriptions en France. Au CHU de Caen, l’absence de ces 20 internes fragilise d’autant plus un service déjà en tension.
La direction du CHU confirme une situation « structurelle et nationale », liée à la crise de l’hôpital. Actuellement, seulement 15 équivalents temps plein (ETP) de médecins exercent aux urgences, alors qu’il en faudrait une quarantaine pour assurer un fonctionnement normal. « C’est plus qu’insuffisant », reconnaît la direction.
Face à cette situation critique, l’ARS de Normandie a déployé des renforts. François Mengin-Lecreulx, directeur général de l’ARS, reconnaît une « situation difficile, qui génère des inquiétudes fortes dans l’établissement », mais assure que tout est mis en œuvre pour maintenir l’activité. « Des spécialistes du CHU vont venir renforcer le service, tout comme des urgentistes des hôpitaux alentours — Saint-Lô, Bayeux, Lisieux… Onze praticiens se sont déjà déclarés disponibles auprès de l’ARS. »
Bien que la fermeture du service ne soit pas envisagée à ce stade, la situation reste précaire. « Ce serait présomptueux de dire qu’il n’y a aucun risque, mais ce n’est pas une solution envisagée. Le CHU, hôpital de référence dans l’ex Basse-Normandie, ne peut pas fermer ses urgences. On est sur une ligne de crête étroite, mais on s’est donné tous les moyens pour que ça n’arrive pas », a précisé M. Mengin-Lecreulx.
La direction du CHU assure avoir engagé des actions pour renforcer durablement les effectifs et améliorer les conditions de travail, notamment en renforçant l’équipe paramédicale d’accueil et en mettant en place un dispositif de régulation par le 15 (numéro d’urgence) dans le Calvados depuis juillet. Un nouveau projet pédagogique est en préparation, avec l’objectif de rouvrir les stages en 2026, dans de meilleures conditions. Cependant, la reconstruction prendra du temps, et la priorité reste la « robustesse et la stabilité de l’équipe médicale ».
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