Home SantéPublication anticipée – Preuves moléculaires du virus de la dengue de sérotype 2 chez les voyageurs revenant en Israël depuis la péninsule du Sinaï – Volume 31, numéro 11 — novembre 2025 – Journal des maladies infectieuses émergentes

Publication anticipée – Preuves moléculaires du virus de la dengue de sérotype 2 chez les voyageurs revenant en Israël depuis la péninsule du Sinaï – Volume 31, numéro 11 — novembre 2025 – Journal des maladies infectieuses émergentes

by Sophie Martin

Publié le 5 décembre 2025 à 01h12. Des chercheurs israéliens signalent quatre cas de dengue contractés par des voyageurs de retour de Charm el-Cheikh, en Égypte, une destination jusqu’alors considérée comme peu propice à la transmission du virus. Cette émergence inattendue souligne l’importance d’une surveillance accrue face à l’expansion géographique de la dengue, favorisée par le changement climatique et la mondialisation.

  • Quatre voyageurs israéliens ont contracté la dengue après un séjour à Charm el-Cheikh, en Égypte, entre avril et juin 2024.
  • L’analyse génomique révèle que les souches du virus de la dengue (DENV-2) sont étroitement liées à celles observées au Pakistan.
  • Cette découverte met en évidence une possible transmission locale du virus dans une région du Sinaï auparavant considérée comme à faible risque.

Le virus de la dengue (DENV), un arbovirus transmis par les moustiques, est le plus répandu au monde. Son incidence a été multipliée par dix au cours des deux dernières décennies, une progression largement attribuée au changement climatique et à l’augmentation des déplacements internationaux. Si la transmission est bien documentée en Asie du Sud-Est et en Amérique, des cas autochtones sont de plus en plus signalés dans des régions non endémiques, notamment en Europe.

Les quatre cas rapportés n’étaient pas liés : les dates de voyage des patients ne coïncidaient pas et leurs hébergements, situés à 3 à 25 kilomètres les uns des autres, étaient différents. Tous les patients ont présenté des symptômes typiques de la dengue, tels que fièvre, maux de tête, douleurs musculaires et éruption cutanée. Ils ont tous été hospitalisés et ont reçu des soins de soutien, mais se sont tous rétablis. Un patient a présenté une irritation méningée, mais les analyses du liquide céphalo-rachidien n’ont révélé aucune anomalie, bien que l’ARN du DENV-2 ait été détecté par PCR en temps réel.

Pour déterminer l’origine géographique des cas de DENV-2, les chercheurs ont réalisé un séquençage complet du génome du virus. L’analyse phylogénétique a montré que les séquences israéliennes se regroupaient au sein du génotype Cosmopolitan, formant un groupe distinct, avec une divergence de 32 mutations par rapport à la souche globale la plus proche. Les séquences les plus proches provenaient du Pakistan. Une seule séquence accessible au public, provenant des Émirats arabes unis en 2023, s’est regroupée séparément au sein d’une autre lignée cosmopolite, avec des souches de Chine, d’Inde et du Bangladesh (Figure). Les données génétiques ont été déposées dans GenBank (Appendice Tableau).

Ces résultats suggèrent une transmission soutenue du DENV-2 à Charm el-Cheikh, une ville située dans la péninsule aride du Sinaï, auparavant considérée comme un environnement défavorable à la prolifération des moustiques Aedes, vecteurs du virus. L’analyse génomique indique que les cas sont probablement issus d’une seule épidémie, étroitement liée aux souches du Pakistan. L’absence de données récentes sur la surveillance du virus dans le Sinaï constitue une lacune importante. Ces observations concordent avec des rapports faisant état d’une propagation du DENV-2 le long de la mer Rouge et avec des cas récents signalés à Florence, en Italie.

Au cours des deux dernières décennies, les populations de moustiques Aedes aegypti se sont développées en Égypte, notamment le long de la côte de la mer Rouge (Figure, panneau B), en corrélation avec des épidémies de dengue. Bien qu’aucune donnée entomologique ne soit disponible pour le Sinaï, le regroupement des cas dans une seule station balnéaire suggère une adaptation locale, potentiellement facilitée par les microhabitats urbains. Le transport maritime et aérien pourrait favoriser l’introduction répétée de moustiques Aedes aegypti et du DENV dans la région de la mer Rouge. Les ferries quotidiens reliant Hurghada, où la dengue est récemment apparue, à Charm el-Cheikh pourraient jouer un rôle particulièrement important (Figure, panneau B).

Cette étude souligne l’importance d’une surveillance renforcée et d’un contrôle des vecteurs, ainsi que la nécessité de combler les lacunes en matière de déclaration des séquences du DENV dans la région. Les données génétiques présentées pourraient contribuer à une meilleure compréhension de l’épidémiologie moléculaire du virus et de ses origines.

Le Dr Zuckerman dirige le Centre de bioinformatique et de génomique du Laboratoire central de virologie d’Israël, au ministère de la Santé, et est affilié à l’École de santé publique de l’Université de Tel Aviv. Ses travaux portent sur la surveillance génomique, l’épidémiologie moléculaire et les applications bioinformatiques dans l’étude des agents pathogènes viraux.

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