Publié le 16 janvier 2026 17h57. Des chercheurs californiens ont identifié une nouvelle espèce de bactérie responsable de maladies fébriles transmises par les tiques, ajoutant une complexité à la surveillance des rickettsioses dans l’État. Cette découverte souligne l’importance des enquêtes écoépidémiologiques pour mieux comprendre et prévenir ces infections.
- Une nouvelle espèce de Rickettsie, nommée provisoirement R., a été détectée chez des tiques en Californie.
- Cette bactérie est impliquée dans des cas de fièvre pourprée des montagnes Rocheuses (FPRM) sévères, avec des expositions confirmées dans les comtés d’Alameda, Contra Costa, Marin et San Mateo.
- L’étude révèle la présence de cette Rickettsie chez deux espèces de tiques : Dermacentor occidentalis et Haemaphysalis leporispalustris.
Les rickettsioses du groupe de la fièvre pourprée (RFG) sont des maladies infectieuses aiguës transmises par les tiques, causées par des bactéries du genre Rickettsie. La FPRM, causée par R. rickettsii (sous-espèce rickettsie), et la fièvre à tiques de la côte du Pacifique, due à R. rickettsii (sous-espèce Californie), sont les RFG les plus fréquemment signalées en Californie. Récemment, des chercheurs ont identifié deux cas de FPRM atypiques, l’un en 2023 et l’autre datant de 2004, provoqués par un agent pathogène jusqu’alors inconnu : Rickettsie sp. CA6269.
Cette nouvelle bactérie avait été initialement détectée dans des tiques Haemaphysalis leborispalustris dans le comté de Sonoma, en Californie, puis plus tard dans des tiques H. leporispalustris dans le Maine, aux États-Unis (4, 5). L’analyse du génome complet d’une souche isolée en 1961 dans le Montana a confirmé que Rickettsie sp. CA6269 constitue une espèce distincte, désormais nommée R. (6).
Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont détecté la présence de R. dans des tiques Dermacentor occidentalis et H. leporispalustris collectées à proximité des lieux d’exposition des patients de 2004 et 2023. Le département californien de la santé publique surveille chaque année la prévalence des RFG en collectant et en analysant des tiques Dermacentor spp. (7). En 2024, la surveillance a été étendue pour inclure H. leporispalustris et un échantillon plus large de tiques Dermacentor spp. dans les zones concernées par les cas de 2004 (comtés de Marin et San Mateo) et de 2023 (comtés d’Alameda et Contra Costa). Des tiques H. leporispalustris ont également été prélevées dans une zone du comté de Sonoma où la présence de R. avait été initialement signalée (Figure).
Au total, 3 607 tiques adultes et nymphales ont été testées pour la présence de RFG en 2024 : 2 872 Dermacentor occidentalis (collectées dans 34 des 58 comtés de Californie), 69 Dermacentor andersoni et 666 Haemaphysalis leporispalustris (collectées dans 6 comtés) (Figure). Les analyses ont révélé que 14 % des Dermacentor occidentalis, 20,3 % des Dermacentor andersoni et 3,5 % des Haemaphysalis leporispalustris étaient infectées par Rickettsie spp. Seule l’espèce R. rickettsii (sous-espèce Californie) a été détectée chez les tiques Dermacentor occidentalis (1,3 %). L’espèce R. rickettsii (sous-espèce rickettsie) n’a pas été identifiée dans les échantillons de tiques analysés.
Deux nymphes de Haemaphysalis leporispalustris (collectées à 34 jours d’intervalle sur le même site dans le comté de San Mateo) et une femelle adulte de Dermacentor occidentalis (collectée dans le comté de Contra Costa) ont été testées positives pour R. par PCR en temps réel, avec des valeurs seuils de cycle de 27,5 (pour les nymphes) et 18,4 (pour la tique adulte). La prévalence globale de R. était de 0,3 % chez H. leporispalustris et de 0,03 % chez D. occidentalis (Tableau 1).
Le séquençage génomique a montré une forte similarité entre la souche de R. isolée du cas de 2023 et les souches présentes chez les tiques. La séquence génomique de la tique Dermacentor occidentalis 24-7980 était identique à celle du cas de 2023, tandis que les séquences des tiques Haemaphysalis leporispalustris (24-5179 et 24-6522) étaient identiques entre elles, mais présentaient des différences par rapport aux autres séquences (Tableau 2).
Les données de séquençage sont disponibles dans la base de données BioProject du National Center for Biotechnology Information (numéro d’accès PRJNA1261853). Les chercheurs soulignent que l’absence de données de séquençage à lecture longue et le biais potentiel lié à l’utilisation de séquences de référence proches pour la conception des sondes de capture et l’assemblage du génome constituent des limites à cette étude.
Cette étude met en évidence le rôle potentiel de Dermacentor spp. et H. leporispalustris comme réservoirs et vecteurs de R. en Californie. La présence de tiques infectées a été confirmée uniquement dans les comtés associés aux deux cas étudiés. L’association écoépidémiologique et la correspondance des séquences génomiques suggèrent que Dermacentor occidentalis pourrait être la principale espèce de tique responsable de la transmission de la maladie à l’homme, en raison de sa plus grande propension à piquer les humains (13). Bien que H. leporispalustris soit moins susceptible de transmettre la maladie à l’homme en raison de ses préférences alimentaires, elle pourrait jouer un rôle important dans le maintien de la bactérie dans la nature, comme c’est le cas pour R. rickettsii (14, 15). Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer la capacité vectorielle de ces deux espèces de tiques.
Le Dr Probert est chercheur scientifique au Laboratoire des maladies virales et rickettsiennes du Département de santé publique de Californie, Centre des sciences de laboratoire. Ses travaux portent sur le développement de tests de diagnostic moléculaire pour la détection et le génotypage des agents pathogènes microbiens.
