PwC : l’IA booste les compétences humaines, les salaires des experts explosent (+42 % en 2026)
PwC a publié lundi 16 juin 2026 son rapport Global AI Jobs Barometer 2026, révélant que le jugement, la créativité et le leadership gagnent en valeur face à l'automatisation. L'étude, basée sur un milliard d'offres d'emploi, décrit un…
PwC a publié lundi 16 juin 2026 son rapport Global AI Jobs Barometer 2026, révélant que le jugement, la créativité et le leadership gagnent en valeur face à l’automatisation. L’étude, basée sur un milliard d’offres d’emploi, décrit un marché à deux vitesses où les rôles hautement qualifiés progressent deux fois plus vite que les postes simplifiés.
L’intelligence artificielle ne se contente plus d’automatiser des tâches ; elle redessine la hiérarchie des compétences. Selon le rapport de PwC, une fracture nette apparaît entre deux modèles de gestion des talents. D’un côté, les rôles professionnalisés, comme les radiologues ou les recruteurs, où l’IA gère la routine mais s’appuie sur l’expertise humaine pour le jugement final. De l’autre, les rôles démocratisés, tels que les secrétaires médicales, où l’outil permet à des profils moins expérimentés d’exécuter des tâches complexes.
Le gain financier est immédiat pour les premiers. Les salaires dans les professions professionnalisées ont progressé 42 % plus vite que dans les rôles démocratisés.
Productivité et croissance : le paradoxe des effectifs
Photo: Alternatives économiques
L’idée que l’IA détruirait systématiquement l’emploi est nuancée par les données macroéconomiques. Les entreprises qui intègrent l’IA pour amplifier l’expertise humaine plutôt que pour simplement remplacer l’homme enregistrent des gains de croissance significatifs.
Indicateur (vs 2018)
Entreprises très exposées à l’IA (Top 20%)
Entreprises moins exposées
Hausse de la productivité
163 %
Environ 33 % (moyenne)
Augmentation des effectifs
52 %
36 %
Progression des salaires
24 %
17 %
L’écart de productivité est massif : les 20 % d’entreprises les plus exposées à l’IA ont vu leur productivité du travail bondir de 163 % depuis 2018, soit près de cinq fois la moyenne des autres entreprises exposées. Cette dynamique suggère que l’IA crée de la valeur au-delà de la simple automatisation, stimulant paradoxalement les embauches dans les structures les plus agiles.
L’érosion des cols blancs et la fuite vers l’artisanat
Photo: Les Echos
Si les chiffres globaux sont encourageants, la réalité individuelle est plus brutale. L’IA agentique, capable d’interagir avec des outils sans intervention humaine, menace désormais des pans entiers du travail intellectuel. Une étude de Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents publiée en avril 2026 estime qu’une profession sur huit pourrait voir plus de 30 % de ses tâches automatisables.
Ce phénomène pousse certains cadres à une reconversion radicale. Le Figaro rapporte le cas de cadres diplômés qui délaissent le marketing ou la finance pour devenir artisans, jugeant ces métiers manuels plus résistants à l’automatisation. L’exemple de Mélanie, une spécialiste marketing en fintech, est symptomatique : après avoir créé des agents IA pour optimiser ses campagnes, elle a vu ses propres capacités d’analyse devenir superflues pour son entreprise.
Le couperet tombe également au niveau organisationnel. La fintech Block, dirigée par Jack Dorsey, a récemment annoncé une réduction de ses effectifs de moitié, soit 4 000 postes supprimés, en misant sur les gains de productivité de l’IA. Ce mouvement fait écho aux restructurations massives chez Meta, Cisco, Oracle ou Citigroup, qui investissent massivement dans la technologie tout en réduisant leur masse salariale.
L’évolution des compétences d’ici 2030
Histoires d'IA – Dans les coulisses de la transformation des ressources humaines de PwC
Face à cette mutation, le profil du candidat idéal change. Le rapport Future of Jobs 2025 du Forum économique mondial prévoit que 39 % des compétences clés des travailleurs devront évoluer d’ici 2030.
Pensée analytique : Capacité à critiquer et valider les résultats produits par l’IA.
Leadership et influence sociale : Gestion de l’humain dans des environnements hybrides.
Résilience et flexibilité : Aptitude à pivoter rapidement face aux cycles technologiques courts.
Pensée créative : Capacité à générer des concepts originaux que l’IA ne peut qu’imiter.
L’enjeu n’est plus de savoir utiliser l’outil, mais de posséder les facultés que l’outil ne peut pas reproduire. Le jugement humain devient la ressource rare, et donc la plus rémunérée.
L’absence de cadre institutionnel en France
Pourtant, cette transition technologique s’opère dans un vide juridique et social préoccupant, particulièrement en France. Alors que l’Union européenne encourageait dès le 20 juin 2020 la négociation d’accords collectifs sur la transformation numérique, Alternatives économiques souligne que cet accord-cadre n’a toujours pas été transposé dans l’Hexagone.
Le constat est sévère : entre 2017 et 2024, moins d’un accord collectif sur mille abordait les enjeux de l’IA, selon le Centre d’études de l’emploi et du travail. La plupart de ces rares accords se concentrent sur la gestion des suppressions d’emplois plutôt que sur la redéfinition même du travail.
Cette absence de dialogue laisse les salariés face à ce que certains appellent la doctrine du progrès technologique : l’idée que l’IA est une force autonome et inévitable. Or, comme le suggère l’économiste Daron Acemoglu, prix Nobel 2024, l’impact de l’IA sur l’emploi n’est pas une fatalité technique, mais le résultat de choix stratégiques et managériaux.
Sans cadre institutionnel pour réguler le déploiement de l’IA, le risque est de voir s’installer un modèle de surveillance accrue et de remplacement systématique, plutôt qu’un modèle d’amplification des capacités humaines. Le marché du travail de 2026 montre que la valeur est là, mais elle est inégalement répartie entre ceux qui maîtrisent le jugement et ceux qui sont réduits à exécuter les directives d’une machine.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.