La transparence des prix des médicaments, souvent présentée comme une solution pour réduire les coûts et améliorer l’accès aux soins, s’avère être une mesure insuffisante à elle seule. Si elle permet de mieux comprendre les mécanismes de fixation des prix, elle ne garantit pas pour autant des tarifs abordables pour les patients américains, qui paient en moyenne 2,6 fois plus cher que dans d’autres pays développés.
Plusieurs États américains ont déjà pris les devants en adoptant des lois visant à rendre les prix des médicaments plus transparents. Le Vermont a été le premier en 2016, et depuis, au moins 14 autres États ont suivi, bien que les détails et l’application de ces lois varient considérablement. Certains, comme le Vermont et le Maine, exigent la divulgation des prix nets (après remises), tandis que d’autres, comme l’Oregon et le Nevada, demandent aux fabricants de déclarer publiquement leurs bénéfices.
Cependant, les premières analyses de ces lois, menées dans quatre États – la Californie, le Maine, le Minnesota et l’Oregon – soulignent des difficultés à suivre les prix tout au long de la chaîne d’approvisionnement et un manque de pouvoir des agences gouvernementales pour agir en cas de données incomplètes ou peu fiables. La plupart des lois se concentrent sur les tendances générales des prix plutôt que sur des données détaillées sur les coûts et les bénéfices, ce qui rend difficile l’identification des causes exactes des prix élevés.
Les experts soulignent que les fabricants peuvent contourner ces mesures en fixant des prix de lancement plus élevés ou en augmentant les prix de manière plus progressive pour rester en dessous des seuils de déclaration. En conséquence, le coût d’une même prescription de 30 jours peut varier jusqu’à 719 $, même avec une transparence accrue.
Pour que la transparence soit réellement efficace, les décideurs politiques doivent s’attaquer aux contrats et aux incitations qui gonflent les prix, notamment les offres de rabais cachées et les structures de prix opaques entre les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (GPP) et les fabricants de médicaments. Une approche basée sur la valeur, liant les paiements aux bénéfices cliniques, pourrait également être envisagée. Le Programme de négociation de médicaments Medicare représente un pas dans la bonne direction, mais des réformes plus larges sont nécessaires pour atteindre le marché commercial, où la majorité des Américains obtiennent leurs médicaments.
Il est également important de prendre en compte les conséquences potentielles d’une transparence totale à l’échelle mondiale. La publication des prix des médicaments pourrait inciter les entreprises à cesser de proposer des tarifs réduits dans les pays à faible ou moyen revenu, voire à augmenter les prix à tous les niveaux pour éviter les comparaisons, rendant ainsi les médicaments moins accessibles là où ils sont le plus nécessaires. Une approche équilibrée, combinant la divulgation avec des protections pour préserver l’accessibilité financière dans le monde entier, est donc essentielle.
En conclusion, la transparence est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour résoudre le problème des prix élevés des médicaments aux États-Unis. Elle doit être associée à d’autres réformes visant à supprimer les incitations à la hausse des prix, à responsabiliser les GPP et les fabricants, à étendre le pouvoir de négociation et à protéger l’accès aux médicaments, tant au niveau national qu’international.
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