Publié le 2024-02-29 14:35:00. Alors que les soirées cordouanes se déroulent sans le bourdonnement habituel des moustiques, une question se pose : s’agit-il d’une simple impression ou d’une réelle diminution de la population de ces insectes, vecteurs potentiels de maladies comme la dengue ?
- Les habitants de Cordoue signalent une présence inhabituellement faible de moustiques cet été.
- Malgré cette perception, les données entomologiques indiquent que le moustique Aedes aegypti, vecteur de la dengue, reste actif dans la région.
- Plusieurs facteurs climatiques et comportementaux pourraient expliquer cette diminution de la gêne occasionnée par les moustiques.
« On a remarqué que cet été, il y a presque plus de moustiques », confie un habitant, une observation qui résonne auprès de nombreux Cordouans. Finies les spirales fumantes, les lotions répulsives rangées au placard, et les conversations interrompues par des piqûres. Pourtant, cette sensation de soulagement doit être nuancée, car les chiffres officiels ne confirment pas une disparition de l’insecte.
Si aucune donnée publique ne mesure directement la population totale de moustiques adultes, les relevés entomologiques officiels montrent que le vecteur est toujours présent à Cordoue. Lors du premier suivi de la saison en cours, 6 % des foyers visités contenaient des larves d’Aedes aegypti, un indice considéré comme un risque élevé de transmission virale, et supérieur à la même période l’année précédente.
« Le moustique n’a pas disparu, mais différents facteurs ont rendu sa présence moins visible au début de l’été. »
Source non spécifiée dans le texte original
Le système d’ovitrampes, qui détecte la présence d’œufs depuis fin septembre dernier, confirme également la reproduction active du moustique. Sur les 102 capteurs installés dans différents quartiers de la capitale et surveillés chaque semaine par l’équipe de zoonose, 83 ont révélé la présence d’œufs. Cela ne signifie pas une explosion démographique immédiate, mais témoigne de la capacité de reproduction de l’insecte.
Plusieurs explications scientifiques peuvent éclairer ce paradoxe. Le docteur en biologie David Eladio Gorla, chercheur principal au Conicet, une référence en matière d’écologie des insectes vecteurs de maladies humaines, explique : « Il faut préciser que la perception du nombre de moustiques est due à des espèces qui ne sont pas présentes. Aedes aegypti, le vecteur du virus de la dengue, est généralement peu nombreux, mais il y a généralement beaucoup plus d’autres espèces. »
Un premier facteur est lié à l’hiver. Le moustique tolère des périodes prolongées de froid, mais les basses températures affectent son cycle de vie : elles réduisent la survie, ralentissent l’éclosion des œufs et diminuent le nombre d’adultes émergeant au printemps. Le résultat n’est pas une absence, mais un début de saison plus lent.
Les données climatiques ne montrent pas que l’hiver dernier à Cordoue ait été plus rigoureux que les précédents. Cependant, des épisodes de basses températures et des chutes brutales ont été observés, suivis d’un retour aux valeurs normales pour la saison.
Un autre élément clé réside dans les précipitations. Cordoue n’a pas connu de sécheresse prolongée, mais la manière dont la pluie est tombée est importante. Les pluies précoces de l’année dernière, débutées en août, n’ont pas suffi à créer des conditions idéales pour une prolifération massive des moustiques. En effet, l’insecte a besoin de chaleur soutenue, d’humidité persistante et de points d’eau stagnante et chaude.
Enfin, un troisième facteur, moins visible mais non négligeable, entre en jeu : l’apprentissage social. Après des années d’épidémies de dengue et de campagnes de sensibilisation, de nombreux foyers ont modifié leurs habitudes : conteneurs couverts, terrasses mieux surveillées, moins d’eau stagnante. Ces mesures ne permettent pas d’éradiquer le moustique, mais réduisent sa densité. En biologie, la densité est essentielle : moins de moustiques adultes simultanément signifie moins de piqûres, moins de bourdonnements, moins de nuisances.
« Ce qui se passe en Argentine est toujours associé à ce qui se passe dans les pays voisins. Au Brésil, le nombre de cas est important (3,7 millions) »
David Eladio Gorla, docteur en biologie et chercheur principal au Conicet
« Cela est sûrement dû à de multiples causes. Mais si nous devons en choisir une principale, je dirais que c’est l’hiver assez intense et prolongé que nous avons eu », a déclaré Gorla lors d’une conversation avec Perfil de Cordoue. « Les interventions de contrôle peuvent avoir contribué à maintenir les chiffres à un niveau bas. Mais même dans les endroits où les activités de contrôle sont minimes, le nombre de moustiques est faible. »
Les spécialistes mettent en garde contre un risque de dengue toujours présent, avec des pics généralement observés entre février et mars. Durant la saison 2024-2025, 17 964 cas confirmés de dengue ont été recensés en Argentine, la région centrale concentrant la majorité des infections, avec 15 270 cas, dont 9 944 dans la province de Santa Fe et 4 477 à Cordoue.
La Commune de Cordoue a renforcé ses actions de prévention contre les moustiques Aedes aegypti, avec des opérations d’élimination des déchets et de nettoyage dans différents secteurs de la ville. L’élimination des possibles gîtes larvaires (bouteilles, seaux, pots de fleurs, pneus usagés) reste essentielle. Des conteneurs sont mis à disposition dans chaque quartier pour faciliter le dépôt des objets indésirables.
Par ailleurs, la municipalité a également commencé à vacciner contre la dengue pour éviter une réinfection par l’un des quatre sérotypes viraux. La vaccination est destinée aux personnes âgées de 4 à 59 ans ayant été hospitalisées pendant au moins 24 heures pour cette maladie et est réalisée dans les hôpitaux Prince des Asturies et Enfants municipaux, ainsi que dans 17 centres de santé répartis dans toute la ville. Les personnes éligibles recevront un avis via le Citoyen numérique (CIDI) lorsque leur dose sera disponible.
L’apparente diminution du nombre de moustiques n’est ni un mystère surnaturel, ni un miracle environnemental. Il s’agit probablement du résultat d’un équilibre fragile entre températures, précipitations, habitudes et mesures de contrôle. Le véritable danger réside dans la croyance que le risque a disparu avec les moustiques. L’histoire récente montre que lorsque l’insecte cesse de nous importuner, il prépare généralement son retour.
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