Home Affaires«Quand l’IA interroge nos leviers de motivation», Sandrine Dervin (ZestMeUp)

«Quand l’IA interroge nos leviers de motivation», Sandrine Dervin (ZestMeUp)

by Amélie Bernard

Publié le 22 octobre 2025 03:32:00. L’essor de l’intelligence artificielle générative transforme en profondeur les métiers du marketing et de la communication, mais soulève des inquiétudes quant à l’impact sur la motivation des équipes face à une automatisation croissante. Comment préserver l’engagement des collaborateurs dans ce nouveau contexte ?

  • L’IA générative promet une productivité accrue et une optimisation des campagnes marketing.
  • La recherche en psychologie du travail souligne l’importance de l’autonomie, de la compétence et des relations sociales pour l’engagement des employés.
  • Les organisations doivent repenser l’autonomie, investir dans la formation, définir des objectifs clairs et reconnaître les efforts d’adaptation pour maintenir la motivation des équipes.

L’intelligence artificielle générative révolutionne le paysage du marketing, de la communication et du digital à une vitesse sans précédent. Si les promesses d’efficacité et d’optimisation des campagnes sont réelles, une question cruciale se pose : comment garantir que cette automatisation massive ne déstabilise pas les équipes et ne mine pas leur motivation ? L’enjeu est de taille, car la transformation ne se limite pas à l’adoption de nouveaux outils, mais touche aux fondements mêmes de l’engagement professionnel.

La psychologie du travail met en évidence trois besoins fondamentaux pour l’épanouissement au travail : l’autonomie, le sentiment de compétence et la qualité des relations sociales. L’autonomie, en particulier, est essentielle. Elle correspond à la perception de contrôler ses actions et leurs conséquences, et constitue le socle de la motivation intrinsèque. Or, l’IA, en automatisant certaines tâches, peut créer un sentiment de déconnexion entre les efforts déployés et les résultats obtenus, fragilisant ainsi ce pilier.

Prenons l’exemple des responsables de contenu (content managers). L’IA est désormais capable de générer des publications pour les réseaux sociaux ou des newsletters. Si cela accélère la production, ces professionnels peuvent perdre la maîtrise directe de leur création, ce lien immédiat entre inspiration et réalisation qui nourrit leur sentiment d’utilité. Une étude de Gallup révèle que 70 % des employés associent leur motivation à cette capacité de contrôler leur travail.

L’IA excelle dans la production de contenus standardisés – publications sur les réseaux sociaux, variations d’e-mails, briefs SEO. Or, ces tâches, bien que parfois répétitives, procuraient aux marketeurs un sentiment de maîtrise et d’accomplissement quotidien. Paradoxalement, l’IA libère du temps pour des missions plus stratégiques, telles que le positionnement de marque, l’analyse comportementale avancée ou l’expérience client omnicanale. Cependant, ces missions sont souvent sources d’incertitudes et de stress, des aspects que l’IA ne peut pas encore gérer.

Pour relever ce défi, les organisations doivent agir sur quatre leviers clés, inspirés des sciences cognitives. Tout d’abord, il faut réinventer l’autonomie. Plutôt que de simplement automatiser, il est essentiel de donner aux collaborateurs le pouvoir de paramétrer, de contrôler et d’ajuster les outils d’IA. Un créatif ne doit pas se contenter d’appliquer des consignes standard, mais concevoir la stratégie éditoriale et définir le ton de la marque pour obtenir le résultat souhaité. Il devient ainsi le chef d’orchestre de l’IA, et non son simple exécutant.

Ensuite, il est crucial d’investir dans la montée en compétences des équipes. Les collaborateurs doivent comprendre le fonctionnement de l’IA et apprendre à l’utiliser pour développer leur expertise. Il faut également définir des objectifs clairs et porteurs de sens, en alignant les objectifs individuels avec l’impact business réel. Les collaborateurs doivent percevoir comment leur travail, augmenté par l’IA, contribue à la croissance de la marque.

Enfin, la reconnaissance est primordiale. Il est important de valoriser les efforts d’adaptation et de célébrer ce que l’humain apporte d’irremplaçable. L’IA peut traiter les données, mais l’intelligence émotionnelle, le jugement contextuel et la créativité restent des atouts uniques.

La transition vers l’IA générative nécessite une approche collaborative entre les directions marketing, les agences et les équipes. Il s’agit d’identifier précisément les tâches à automatiser sans éroder le sentiment de contrôle, et de créer de nouvelles opportunités d’autonomie et de développement des compétences. L’enjeu dépasse la simple gestion du changement : il s’agit de redéfinir le contrat psychologique entre l’entreprise et ses talents créatifs.

L’IA ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme un outil au service de l’épanouissement professionnel. En plaçant l’humain au cœur de cette transformation, en cultivant la motivation intrinsèque et l’engagement, les équipes marketing ne se contenteront pas de maintenir leur performance, elles multiplieront leur capacité à créer de la valeur pour leurs marques et leurs clients.

Sandrine Dervin est Head of Marketing de ZestMeUp, une plateforme RH qui aide les entreprises à améliorer l’engagement et la performance des équipes en combinant approches neuroscientifiques et intelligence artificielle.

Références

Deci, EL et Ryan, RM, Théorie de l’autodétermination et facilitation de la motivation intrinsèque, du développement social et du bien-être, psychologue américain, 2000.

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