Home AffairesQue sont les terres rares et pourquoi sont-elles au centre de l’affrontement entre puissances | International

Que sont les terres rares et pourquoi sont-elles au centre de l’affrontement entre puissances | International

by Amélie Bernard

Publié le 29 octobre 2025 04:47:00. La Chine serre son contrôle sur les terres rares, des éléments chimiques essentiels à de nombreuses industries de pointe, exacerbant les tensions commerciales avec les États-Unis et poussant l’Europe à accélérer sa recherche de sources d’approvisionnement alternatives.

  • Les restrictions chinoises sur l’exportation des terres rares et des équipements associés menacent de perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales.
  • Les États-Unis, l’Europe et le Japon cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine, qui domine le marché de ces matières premières stratégiques.
  • Malgré des réserves potentielles dans d’autres pays, la capacité de raffinage reste concentrée en Chine, ce qui lui confère un pouvoir considérable.

La course aux terres rares s’intensifie. Pékin a récemment annoncé des contrôles stricts sur les ventes de ces éléments chimiques cruciaux, ainsi que sur les outils nécessaires à leur extraction et à leur transformation. Cette décision, interprétée comme une riposte aux négociations commerciales tendues avec Washington, met en lumière la vulnérabilité des économies mondiales face à la domination chinoise dans ce secteur.

Les terres rares, un groupe de 17 éléments chimiques aux noms complexes (lanthane, cérium, praséodyme, néodyme, etc.), sont pourtant indispensables à une multitude d’industries. Elles entrent dans la composition des aimants utilisés dans les éoliennes, les véhicules électriques, les appareils électroniques, les équipements médicaux et même les systèmes d’armement. Un marché relativement modeste – à peine 6 milliards d’euros de transactions l’année dernière – qui a pourtant une répercussion considérable sur l’économie mondiale.

L’ironie est que ces éléments ne sont pas si rares au sens strict du terme. Leur nom provient de la difficulté de les séparer des autres composés présents dans les minerais. Le véritable enjeu réside dans la concentration de la production et du raffinage entre les mains de la Chine, qui contrôle près de 70 % du marché mondial, 90 % de la capacité de raffinage et 44 millions de tonnes de réserves prouvées. Cette position dominante permet à Pékin de réguler les exportations en fonction de ses intérêts géopolitiques.

L’administration Trump avait déjà tenté de s’assurer un approvisionnement stable en terres rares en liant son soutien à l’Ukraine à l’exploitation de son sous-sol minier. Cependant, l’Ukraine, bien que riche en minéraux essentiels, ne dispose pas d’importantes réserves de terres rares prouvées.

L’Europe, particulièrement l’Allemagne, est particulièrement exposée à ces restrictions chinoises, avec une dépendance avoisinant les 90 %. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a reconnu la semaine dernière le « risque important » que représente cette situation. L’Union européenne a lancé une initiative pour explorer son propre sous-sol et rechercher des sources d’approvisionnement à l’étranger, mais les résultats ne seront pas immédiats. Un plan pour trouver à l’étranger les minéraux critiques a été mis en place, mais il faudra plusieurs années avant qu’il ne porte ses fruits.

Le Japon et la Corée du Sud, grands producteurs automobiles, sont également très dépendants de la Chine pour leur approvisionnement en terres rares. Le nouveau Premier ministre japonais, Sanae Takaichi, a d’ailleurs signé un accord de coopération avec les États-Unis dans ce domaine. Un accord de coopération entre le Japon et les États-Unis a été conclu pour renforcer leur collaboration.

Donald Trump et le président chinois Xi Jinping doivent se rencontrer ce jeudi lors du sommet du Forum économique Asie-Pacifique (APEC) à Gyeongju, en Corée du Sud. Les négociateurs américains espèrent obtenir un report des nouvelles restrictions chinoises, qui doivent entrer en vigueur le 1er décembre. Le silence des autorités chinoises est, pour l’heure, préoccupant. La rencontre entre Trump et Xi Jinping sera cruciale pour l’avenir des échanges commerciaux.

Au-delà de la Chine, d’autres pays disposent de réserves de terres rares : le Brésil (21 millions de tonnes d’oxydes de terres rares), l’Inde (6,9 millions), l’Australie (5,7 millions), la Russie (3,8 millions), le Vietnam (3,5 millions), les États-Unis (1,9 million) et le Groenland (1,5 million). Cependant, la capacité de raffinage reste un défi majeur. Les États-Unis, avec 45 000 tonnes, sont loin derrière la Chine (270 000 tonnes) et le Myanmar (31 000 tonnes). Le reste du monde, y compris le Brésil, ne représente qu’une part marginale de la production.

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