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Quel avenir pour les Halles de Bagnols-sur-Cèze ?

by Amélie Bernard

Publié le 16 novembre 2023 10h30. Les Halles de Bagnols-sur-Cèze, rénovées à grands frais grâce à un montage financier public-privé, ont fermé leurs portes après seulement seize mois d’activité, laissant la municipalité face à un dossier épineux à l’approche des élections municipales.

  • La mairie de Bagnols-sur-Cèze s’est portée garante à hauteur de 50 % d’un prêt de 1,15 million d’euros (1,23 million de dollars américains) accordé par la Banque des Territoires à un promoteur immobilier pour la rénovation des Halles.
  • Le projet, initialement soutenu par le programme Action Cœur de Ville, a échoué avec le départ des derniers commerçants et la mise en vente du fonds de commerce pour 215 000 euros (230 000 dollars américains).
  • L’avenir du bâtiment et la responsabilité de la municipalité sont au cœur des débats à l’approche des élections municipales de mars prochain.

L’opération de rénovation des Halles de Bagnols-sur-Cèze, votée à l’unanimité par le conseil municipal en 2022, suscite aujourd’hui de vives critiques. Seule la gauche, et en particulier le Parti communiste, avait exprimé des réserves quant à l’ambition du projet porté par un acteur privé. Trois ans plus tard, ces craintes se confirment : les Halles sont à nouveau fermées, un échec qui interroge sur la pertinence des partenariats public-privé dans la commune.

En 2022, le projet d’Anthony Gazan, professionnel de l’immobilier, avait bénéficié du label Action Cœur de Ville, un programme national visant à revitaliser les centres-villes. Cela avait permis d’obtenir un prêt à taux zéro de 1,15 million d’euros de la Banque des Territoires, avec la mairie de Bagnols-sur-Cèze comme garante à 50 %, via une hypothèque. La municipalité justifie aujourd’hui cette garantie comme une « condition indispensable à l’obtention du prêt ». Pourtant, après une ouverture prometteuse, les Halles ont baissé le rideau en silence après le départ des deux derniers commerçants, seulement seize mois après leur inauguration.

« Nous n’avions jamais cru à ce projet, d’autant plus qu’il y avait eu des échecs précédents dans des partenariats public-privé, comme le lotissement PUP de la route d’Orsan ou le projet de Bagnols plage », explique Elian Cellier, secrétaire de la section communiste bagnolaise. Il pointe également l’absence de parking pour les clients et des loyers jugés trop élevés pour les commerçants comme des facteurs clés de l’échec. Depuis un an, le bâtiment, qui abritait autrefois un cinéma, est donc déserté.

La situation prend une tournure plus préoccupante avec l’apparition, fin octobre, d’une annonce sur le site Le Bon coin proposant à la vente le fonds de commerce pour 215 000 euros (230 000 dollars américains). « Qui va vouloir investir alors que le centre-ville est un désert et que les trois quarts des magasins sont fermés ? Je pense que c’est invendable. On se demande pourquoi la mairie ne s’est pas saisie de ce bien dont elle prétend avoir une garantie ? », s’interroge Elian Cellier, soulevant des questions sur la responsabilité de la municipalité.

La mairie, quant à elle, se montre discrète, se contentant de rappeler que « aucune somme d’argent n’a été versée par la mairie, situation qui demeure inchangée » et que « la seule subvention versée est celle de la Région » dans le cadre du projet « reconquête des friches ». Elle ne communique pas sur ses intentions concernant la récupération du bâtiment ni sur l’avenir des Halles. Le maire, Jean-Yves Chapelet, a décliné toute demande d’interview sur ce dossier.

L’avenir des Halles est déjà un enjeu de campagne. Jérôme Jackel, candidat aux élections municipales de mars prochain (Debout!), propose de récupérer le bâtiment pour y installer le musée archéologique, actuellement vétuste et non accessible aux personnes à mobilité réduite. « Aujourd’hui, les Halles font office de verrue dans le paysage urbain. C’est une structure abandonnée qui ternit l’image de notre ville », affirme-t-il. Elian Cellier, quant à lui, avance une proposition plus controversée, dans un contexte où l’extrême droite gagne du terrain : « On pourrait y mettre la mosquée comme elle risque d’être expulsée de son lieu [la Cour d’appel de Nîmes a mis sa décision en délibéré après une audience le 6 novembre, faisant suite à l’affaire de l’imam Mahjoub Mahjoubi, Ndlr]. Qu’est-ce qu’on fait avec les musulmans ? On les renvoie dans les caves ? Il faut leur proposer autre chose ».

À cinq mois des élections municipales, l’avenir des Halles de Bagnols-sur-Cèze s’annonce comme un sujet central de la campagne.

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