Une souche de la bactérie Escherichia coli, ST131-A, se propage désormais à une vitesse comparable à celle de la grippe, suscitant l’inquiétude des experts et appelant à une réévaluation des pratiques d’hygiène, notamment dans les lieux accueillant des personnes vulnérables.
Jusqu’à présent, les bactéries intestinales étaient considérées comme moins aptes à la propagation rapide que les virus. Une étude récente, publiée dans la revue Communications Nature, remet en question cette hypothèse. Les chercheurs ont découvert que le clone ST131-A d’E. coli peut se diffuser dans la population à une vitesse similaire à celle du virus H1N1, responsable de la grippe porcine.
Cette découverte repose sur l’analyse de données issues de l’Étude britannique sur le biome des bébés, ainsi que de surveillances britanniques et norvégiennes des infections sanguines. En utilisant des outils d’analyse sophistiqués, notamment le logiciel ELFI, les scientifiques ont calculé le « nombre de reproduction » (R₀) de différentes souches. Le ST131-A a affiché une capacité de dissémination presque équivalente à certains virus respiratoires.
Par ailleurs, d’autres souches apparentées, résistantes aux antibiotiques (ST131-C1 et C2), progressent plus lentement, mais pourraient connaître une propagation rapide en milieu hospitalier. Cela souligne l’importance de considérer les infections bactériennes non seulement comme des problèmes individuels, mais aussi comme des phénomènes communautaires.
Le ST131-A est fréquemment impliqué dans les infections urinaires et sanguines au Royaume-Uni et en Norvège. À ce jour, plus de 40 % des infections sanguines à E. coli dans ces pays sont devenues résistantes à un antibiotique clé. Cette résistance croissante aux antibiotiques rend le traitement des infections plus difficile et souligne l’urgence d’adapter les stratégies de prévention.
Face à cette situation, il est crucial d’intensifier les mesures d’hygiène dans les lieux partagés, tels que les hôpitaux, les crèches, les bureaux et les maisons de retraite. Le lavage régulier des mains et la désinfection des objets fréquemment touchés sont essentiels. L’isolement des patients infectés en milieu médical et la surveillance étroite des contacts lors d’épidémies suspectées sont également recommandés.
« Savoir qu’un simple germe intestinal peut circuler aussi vite qu’un virus modifie profondément notre approche collective du risque infectieux », soulignent les chercheurs. Ils estiment qu’il pourrait être nécessaire d’appliquer aux bactéries les modèles épidémiologiques habituellement réservés aux virus.
Les scientifiques appellent également à approfondir la compréhension des facteurs génétiques qui favorisent cette transmission rapide, afin d’anticiper l’émergence de nouvelles menaces bactériennes. Cette avancée scientifique ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche et la prévention des infections.