Publié le 2024-02-29 14:35:00. Une étude de l’université Harvard révèle qu’une activité physique modérée, même aussi simple que la marche, pourrait ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer en agissant sur l’accumulation de protéines spécifiques dans le cerveau.
- Marcher entre 5 000 et 7 500 pas par jour est associé à un ralentissement de l’accumulation de la protéine tau, un marqueur clé de la maladie d’Alzheimer.
- L’activité physique semble plus efficace chez les personnes présentant déjà des niveaux élevés de bêta-amyloïde, une autre protéine impliquée dans la maladie.
- L’étude souligne l’importance de cibler l’inactivité physique comme stratégie préventive contre le déclin cognitif.
La maladie d’Alzheimer, une affection neurodégénérative dévastatrice, continue de représenter un défi majeur pour la recherche médicale. Si des médicaments existent pour atténuer certains symptômes et tenter de ralentir la progression de la maladie, un traitement curatif reste insaisissable. Les recherches actuelles se concentrent donc également sur la prévention, en explorant des facteurs de risque modifiables et des interventions susceptibles de retarder l’apparition de la maladie.
Une nouvelle étude, menée par des chercheurs de la Harvard Aging Brain Study (HABS), apporte un éclairage prometteur sur le rôle de l’activité physique. Publiée dans la revue Nature (lien vers l’étude), cette recherche a suivi 296 personnes âgées en bonne santé cognitive pendant une période pouvant aller jusqu’à 14 ans. Contrairement à de nombreuses études qui reposent sur la mémoire des participants, l’équipe de Harvard a utilisé des podomètres pour mesurer objectivement le nombre quotidien de pas effectués par chaque individu.
En parallèle, les chercheurs ont réalisé des examens cérébraux pour détecter la présence de deux protéines clés associées à la maladie d’Alzheimer : la bêta-amyloïde (Aβ) et la protéine tau. La bêta-amyloïde s’accumule sous forme de plaques à l’extérieur des neurones, tandis que la protéine tau forme des enchevêtrements à l’intérieur des cellules nerveuses, entraînant leur mort. Ces accumulations sont considérées comme des « déchets » que le cerveau ne parvient plus à éliminer efficacement, perturbant ainsi son fonctionnement normal.
Les résultats de l’étude ont révélé que la marche ne permet pas d’éliminer les plaques amyloïdes déjà présentes. Cependant, chez les participants présentant des niveaux élevés de bêta-amyloïde, une activité physique régulière était associée à une accumulation plus lente de la protéine tau dans le cortex temporal inférieur, une région du cerveau cruciale pour la mémoire et l’apprentissage. Cette accumulation plus lente de tau était corrélée à un déclin cognitif moins prononcé.
Selon les chercheurs, la bêta-amyloïde pourrait être considérée comme l’étincelle initiale, tandis que la protéine tau serait l’essence qui alimente le feu de la maladie. L’activité physique ne permettrait pas d’éteindre l’étincelle, mais elle semblerait rendre plus difficile l’inflammation de l’essence, protégeant ainsi les neurones. Il s’agit d’une nouvelle approche pour tenter de freiner la progression de la maladie d’Alzheimer.
L’étude a également permis de déterminer un seuil d’activité physique optimal. Les bénéfices les plus importants en termes de protection contre l’accumulation de tau et le déclin cognitif ont été observés chez les participants passant d’un mode de vie sédentaire à un niveau d’activité faible, correspondant à 5 000 à 7 500 pas par jour. Dépasser ce seuil n’a pas entraîné de bénéfices supplémentaires.
Cette découverte est particulièrement encourageante, car elle suggère qu’un objectif modeste de 5 000 à 7 500 pas quotidiens pourrait être suffisant pour protéger le cerveau contre les effets néfastes de la maladie d’Alzheimer, un objectif plus accessible que les 10 000 pas souvent recommandés. Les auteurs de l’étude soulignent l’importance de cibler l’inactivité physique dans les futures interventions préventives et suggèrent que les essais cliniques devraient se concentrer sur les individus sédentaires présentant déjà des niveaux élevés de bêta-amyloïde, car ils sont susceptibles de bénéficier le plus de l’activité physique.
Images | Adam Caï Natasha Connell
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