Une nouvelle production de « Qui a peur de Virginia Woolf ? » d’Edward Albee, pièce emblématique du théâtre américain, frappe fort au Théâtre Curve de Leicester, explorant les ravages de la désillusion et de la dépendance avec une intensité qui résonne particulièrement dans le contexte actuel. La mise en scène, marquée par une atmosphère apocalyptique, met en lumière la fragilité des relations et la menace d’un effondrement civilisationnel.
La pièce, créée en 1962, dépeint une nuit de confrontations verbales et émotionnelles entre deux couples universitaires, George et Martha, et Nick et Honey. L’atmosphère est électrique, ponctuée par une consommation excessive d’alcool et des révélations douloureuses. Le personnage de Nick, ancien champion de boxe universitaire, introduit une imagerie pugilistique qui imprègne l’ensemble de la pièce, rappelant les drames intenses des auteurs américains du milieu du XXe siècle tels qu’Eugene O’Neill ou Tennessee Williams.
La production de Cara Nolan, avec une scénographie d’Amy Jane Cook, accentue le sentiment d’enfermement et de désespoir. La porte d’entrée rouge sang de la maison de George et Martha est présentée comme un véritable portail vers l’enfer. Cathy Tyson et Patrick Robinson, dans les rôles de Martha et George, offrent des performances saisissantes, incarnant une co-dépendance destructrice avec une puissance brute. « Tyson montre Martha luttant pour se tenir impérieusement et de manière séduisante, même si l’alcool rend les mouvements périlleux », note un observateur.
Le couple Nick et Honey, interprété par George Kemp et Tilly Steele, apporte un contraste saisissant, évoluant d’une apparente innocence à une vulnérabilité croissante. Leur transformation, passant d’une propreté immaculée évoquant Ken et Barbie à un état de désillusion, symbolise la perte de l’innocence et la brutalité de la réalité. Robinson, quant à lui, livre une interprétation poignante de George, un homme rongé par la déception et l’alcool, lançant « des éclairs poignants du cerveau et du cœur attrayants emportés par la déception et l’alcool ».
Au-delà de son intrigue domestique, « Qui a peur de Virginia Woolf ? » est profondément ancrée dans le contexte de la Guerre froide et la crainte d’une catastrophe nucléaire. La pièce, créée pendant la crise des missiles de Cuba, explore la fragilité de l’existence et la possibilité d’une fin de la civilisation, un thème qui, selon certains, lui confère une pertinence particulière aujourd’hui. Le dialogue d’Albee, à la fois musical et percutant, est magnifiquement rendu par le casting, culminant dans un final à la fois tragique et comique.
La pièce est présentée au Théâtre Curve de Leicester jusqu’au 8 novembre.