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Qui paie les dégâts à Berne?

by Nicolas Lefèvre

Des vitrines brisées, des façades noircies et des dégradations massives : les affrontements survenus samedi à Berne lors d’une manifestation pro-palestinienne ont causé des millions de francs de dégâts. La question de la responsabilité financière des manifestants reste ouverte, tandis que les assurances et la ville de Berne évaluent l’étendue des coûts.

Le restaurant Della Casa, situé dans la Schauplatzgasse, porte les stigmates de la violence. La façade est recouverte de suie et des traces de fonte d’objets brûlés marquent le sol. « Les flammes ont atteint le deuxième étage », témoigne Nilgün Burkhalter, la propriétaire, qui est habituée aux manifestations en raison de la position stratégique de son établissement sur l’itinéraire entre la gare et la Bundesplatz.

Malgré les précautions prises – le déplacement des chaises et des tables sous la tonnelle – les manifestants ont incendié du mobilier extérieur, l’empilant pour alimenter les flammes. Les employés, réfugiés à l’étage, ont assisté à la propagation du feu par les fenêtres. Le restaurant est installé dans un bâtiment en bois classé datant de 500 ans, ce qui soulève des inquiétudes quant à un éventuel embrasement généralisé. « Et s’il avait pris feu ? », s’interroge Nilgün Burkhalter.

Le bilan des troubles, qui ont rassemblé environ 1 500 personnes, est lourd : près de 60 bâtiments ont été endommagés et 9 véhicules de police ont été détruits ou vandalisés. Les autorités estiment les dégâts à plusieurs millions de francs. La question de savoir qui prendra en charge ces coûts est désormais au centre des préoccupations.

En premier lieu, il convient de distinguer les dommages liés au vandalisme des dépenses engagées par les forces de l’ordre. Les assurances prennent généralement en charge les vitrines brisées et les façades dégradées, à condition que les polices appropriées aient été souscrites. Enrico Cipolla, conseiller en gestion à la Mobilière, explique qu’il n’existe pas de contrat « tout compris ». La couverture dépend de la conception individuelle des contrats, notamment en ce qui concerne les « troubles internes » – un risque qui peut être assuré séparément. Les dommages aux vitrines ou aux stocks peuvent également être couverts. « La majorité de nos clients optent pour cette protection », précise Cipolla, en particulier dans les zones urbaines.

Stefan Thurnherr du VZ Vermögenszentrum conseille vivement aux personnes concernées de « faire une déclaration sans tarder, sans quoi les compagnies d’assurance pourraient refuser de prendre en charge les dommages ». Une franchise s’applique généralement, ce qui signifie que les propriétaires et les commerçants ne seront pas intégralement remboursés.

Concernant les coûts liés au déploiement massif de la police, la loi bernoise autorise la commune à les répercuter sur les manifestants, mais uniquement s’ils ont commis des actes de violence ou incité à la violence. Une enquête est en cours pour identifier les responsables et déterminer les montants à réclamer. « La répercussion des coûts nécessite des condamnations juridiquement contraignantes prononcées par le ministère public », précise le service d’information de la ville de Berne.

Nilgün Burkhalter se réjouit que son restaurant ait pu rouvrir lundi. « Il n’y a aucun dégât à l’intérieur du bâtiment », assure-t-elle. Cependant, les traces de suie sur la façade en grès seront difficiles à effacer et certains tuyaux ont fondu à cause de l’incendie. « Vous ne pouvez pas simplement les effacer », explique-t-elle, mais elle se rassure en sachant que l’assurance prendra en charge les réparations. Elle s’attend toutefois à ce que d’autres manifestations aient lieu à l’avenir.

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