Publié le 13 novembre 2025 à 15h41 GMT. Le Chili se prépare à une élection présidentielle inédite, marquée par l’obligation de vote et l’inscription automatique des électeurs, ce qui pourrait bouleverser les équilibres politiques et rendre le résultat particulièrement incertain.
- Pour la première fois, une candidate communiste, Jeannette Jara, représente le centre-gauche.
- La droite est divisée entre une ligne plus traditionnelle (Evelyn Matthei), une approche plus radicale (José Antonio Kast) et une extrême droite libertaire (Johannes Kaiser).
- Entre cinq et six millions de nouveaux électeurs, contraints de voter sous peine d’amende, pourraient faire basculer le scrutin.
Les élections présidentielles chiliennes du 16 novembre s’annoncent parmi les plus imprévisibles de l’histoire récente du pays. L’introduction du vote obligatoire, combinée à l’inscription automatique des électeurs, introduit un facteur de changement majeur, avec l’arrivée potentielle de cinq à six millions de nouveaux votants.
Ce scrutin est également marqué par une recomposition du paysage politique. Du côté de la gauche, le parti au pouvoir a choisi Jeannette Jara, une communiste, comme candidate, une première dans l’histoire du Chili. À droite, l’opposition est fragmentée, avec trois options distinctes : Evelyn Matthei, représentant une droite plus traditionnelle ; José Antonio Kast, porteur d’une ligne plus radicale ; et Johannes Kaiser, un député libertaire incarnant l’extrême droite conservatrice.
Les derniers sondages, réalisés avant l’entrée en période de silence électoral, suggèrent un affrontement probable entre Jara et Kast au second tour, le 14 décembre. Cependant, l’élément le plus incertain de cette élection réside dans le comportement de ces nouveaux électeurs, contraints de participer au scrutin.
Le vote obligatoire est le fruit d’une réforme constitutionnelle approuvée en 2012, visant à élargir la participation électorale. Initialement, cette mesure avait permis d’augmenter le nombre d’électeurs inscrits, atteignant près de 13,5 millions de personnes. Toutefois, la participation n’a pas augmenté de manière significative, atteignant un niveau record de 6,6 millions de votants au premier tour de l’élection présidentielle de 2013 et 5,5 millions au second tour.
En 2022, le Congrès chilien a rétabli l’obligation de voter, avec un registre électoral élargi incluant toute personne de plus de 18 ans. Depuis lors, quatre processus électoraux se sont déroulés avec vote obligatoire et inscription automatique, mobilisant près de 13 millions d’électeurs. Pour les élections de dimanche, le registre compte 15,6 millions de personnes, ce qui signifie que 5 à 6 millions de Chiliens voteront obligatoirement pour la première fois à une élection présidentielle.
Les électeurs qui ne se conformeraient pas à cette obligation s’exposent à une amende comprise entre 0,5 et 1,5 unité fiscale mensuelle (UTM), soit l’équivalent de 34 600 à 103 900 pesos chiliens (environ 36 à 107 dollars américains).
Qui sont ces nouveaux électeurs et comment pourraient-ils influencer le résultat du scrutin ? Les analystes s’accordent à dire qu’ils sont imprévisibles, peu intéressés par la politique et dépourvus d’une identification idéologique claire.
Juan Pablo Lavín, de l’Université du Développement (UDD), a étudié ce groupe d’électeurs et souligne qu’ils sont proportionnellement plus nombreux parmi les hommes, les jeunes et les personnes issues de milieux socio-économiques modestes. Ils sont également plus présents dans les régions périphériques que dans les centres urbains.
Selon Lavín, ces nouveaux électeurs se caractérisent par une méfiance marquée envers les institutions et les représentants du pouvoir en place. Ils expriment souvent un sentiment de frustration et d’indifférence à l’égard de la politique.
Les données du Panel citoyen de l’UDD montrent que ces électeurs ont massivement rejeté la proposition de nouvelle Constitution lors du plébiscite du 4 septembre 2022, à un taux de 80 %. Selon Lavín, si ces électeurs ne s’étaient pas exprimés, le texte constitutionnel aurait pu être approuvé.
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Tomás Duval, analyste et professeur à l’Université autonome du Chili, ajoute que ces électeurs ne présentent pas de cohérence idéologique et peuvent changer leur vote d’une élection à l’autre. Cela a été particulièrement visible lors des élections régionales de 2024, où les résultats ont fluctué entre les candidats de droite et de gauche.
Ces électeurs sont également préoccupés par des questions telles que l’insécurité, la criminalité et l’immigration. Ils sont généralement pessimistes quant à l’avenir et exigent des changements rapides et concrets.
Les candidats cherchent à séduire ces nouveaux électeurs en adoptant des discours plus radicaux en matière de sécurité et d’immigration, et en mettant en avant leur opposition au gouvernement actuel. José Antonio Kast semble particulièrement bien positionné pour attirer ces électeurs, en raison de son image d’opposant déterminé.
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Les derniers jours de la campagne verront probablement une intensification des efforts pour mobiliser ces électeurs, avec des stratégies de communication ciblées et des propositions axées sur leurs préoccupations. L’issue de cette élection reste donc plus incertaine que jamais.
