Home AffairesRéaccélération économique : une vision à contre-courant

Réaccélération économique : une vision à contre-courant

by Amélie Bernard

Malgré des signaux économiques inquiétants, la récession tant redoutée ne s’est pas matérialisée. Une analyse approfondie révèle une résilience inattendue, alimentée par des facteurs financiers, budgétaires et un dynamisme du marché du travail plus robuste qu’il n’y paraît.

Les indicateurs avancés, les tensions sur le crédit et un certain ralentissement de l’emploi pointaient vers un ralentissement économique. Pourtant, l’économie continue de surprendre, et la question se pose : le consensus pessimiste est-il à reconsidérer ?

Le consommateur, longtemps moteur de la reprise post-pandémique, montre des signes de fatigue. L’épargne excédentaire diminue, l’utilisation des cartes de crédit s’intensifie et la croissance des salaires réels a ralenti. Ces éléments témoignent d’une fragilité cyclique plutôt que d’une véritable force économique.

Néanmoins, plusieurs facteurs suggèrent une possible réaccélération. Les conditions financières se sont assouplies depuis la fin de l’année dernière, avec une baisse des rendements obligataires et un resserrement des spreads de crédit, malgré le maintien de taux directeurs élevés par la Réserve fédérale américaine (Fed). Cette détente financière, combinée à la hausse des marchés boursiers, crée un effet de richesse qui soutient la consommation, notamment chez les 10 % les plus riches de la population qui détiennent 87 % du marché actions. Les 40 % des salariés les plus aisés représentent également 60 % de la consommation totale.

Par ailleurs, l’indice national des conditions financières de la Fed de Chicago est devenu plus accommodant, ce qui indique une atténuation de l’impact de la politique monétaire sur l’économie. Cela allège le fardeau des entreprises et des ménages, ouvrant la voie à une reprise de l’activité.

Le soutien budgétaire reste également plus important que prévu, avec des dépenses fédérales élevées et des investissements massifs dans les infrastructures, l’énergie, l’industrie manufacturière et la technologie. Le boom des investissements dans l’intelligence artificielle (IA) est particulièrement notable, stimulant les dépenses en capital tout au long de la chaîne d’approvisionnement industrielle. UBS considère ce cycle d’investissement comme un facteur favorable à une expansion à mi-cycle, capable de compenser un éventuel ralentissement des dépenses de consommation.

Enfin, le marché du travail se montre plus stable que les chiffres initiaux ne le laissaient présager. Bien que le nombre d’offres d’emploi ait diminué, les licenciements restent faibles. Le revenu disponible réel a même commencé à se redresser, soutenu par une inflation modérée. Cette stabilité des revenus permet aux consommateurs de maintenir leurs dépenses malgré l’augmentation de leur endettement.

Goldman Sachs souligne que les tendances de consommation, en particulier dans le secteur des services (qui représente 70 % de l’économie), restent suffisamment solides pour soutenir la croissance à court terme. Les enquêtes ISM, pondérées en fonction de leur importance économique, confirment cette tendance, maintenant l’indice composite en territoire d’expansion.

Il est également important de noter que les données économiques récentes ont été révisées à la hausse. Des révisions significatives ont été apportées aux chiffres de l’activité économique, qui avaient initialement suggéré un ralentissement plus marqué. Goldman Sachs met en garde contre le risque que les données globales sous-estiment l’activité réelle. Si cela s’avère exact, l’économie pourrait être plus solide qu’il n’y paraît, sans nécessiter de rebond spectaculaire.

L’indice composite économique, qui prend en compte plus de 100 indicateurs, montre également des signes de stabilisation. Ces éléments, pris ensemble, ne garantissent pas une réaccélération, mais offrent un scénario plausible. Ils suggèrent que l’économie pourrait être plus résiliente et plus réactive à l’assouplissement des conditions financières que ne le prévoient les prévisions pessimistes.

Malgré ces signaux encourageants, la récession n’a pas encore disparu. L’indice boursier continue de progresser, la volatilité reste modérée, la consommation, bien qu’inégale, ne s’est pas effondrée et les bénéfices des entreprises, bien que sous pression dans certains secteurs, se maintiennent. Cette divergence entre les données baissières et le comportement du marché soulève une question cruciale : le consensus pourrait-il être erroné ? L’économie pourrait-elle être en train d’entrer dans une nouvelle phase d’expansion ?

Une telle perspective, bien que contre-intuitive, mérite d’être envisagée. Les marchés financiers sont souvent plus sensibles aux surprises qu’aux prévisions. Si la surprise venait d’une croissance positive, les implications sur les prix des actifs, la stratégie de portefeuille et la gestion des risques pourraient être considérables.

Une réaccélération économique stimulerait la croissance des bénéfices, ce qui est essentiel pour justifier les valorisations actuelles, en particulier dans les secteurs de la technologie et des biens de consommation discrétionnaires. Une reprise du PIB nominal augmenterait les recettes des entreprises, tandis que la stabilisation des coûts et l’amélioration du levier opérationnel pourraient soutenir les marges. Les analystes devraient alors relever leurs estimations de bénéfices.

UBS s’attend à une croissance plus forte des bénéfices d’ici 2026, soutenue par une croissance économique plus robuste. Cette dynamique serait particulièrement bénéfique compte tenu de la structure actuelle du marché, où la performance a été portée par une poignée de grandes entreprises. Une reprise plus large des bénéfices, tirée par une réaccélération économique, permettrait à la reprise de s’étendre.

Cependant, il est important de rester prudent. La croissance économique a été forte en 2020 et 2021, mais la croissance des bénéfices est restée concentrée dans les plus grandes entreprises. Il est donc possible que l’amélioration de la croissance économique ne profite pas à toutes les entreprises.

En conclusion, la gestion des risques reste primordiale. Les arguments en faveur d’une réaccélération économique sont plausibles, mais reposent sur de nombreux espoirs. Il est essentiel de surveiller attentivement les indicateurs avancés, les révisions des bénéfices, les spreads de crédit et la courbe des taux. Une préparation adéquate est nécessaire pour saisir les opportunités qui pourraient se présenter si l’économie surprend à la hausse.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.