Washington, 1er novembre 2025. L’administration américaine étudie la possibilité de revaloriser ses réserves d’or, une mesure qui pourrait générer des centaines de milliards de dollars et alléger la dette nationale record des États-Unis, mais qui suscite également des inquiétudes quant à son impact sur l’inflation et les marchés financiers.
- Les États-Unis pourraient potentiellement dégager entre 990 milliards et 3 900 milliards de dollars (entre 866 et 3 460 milliards d’euros) en ajustant la valeur comptable de leurs réserves d’or au prix du marché actuel.
- Cette réévaluation, qui n’impliquerait pas de vente d’or, pourrait permettre de réduire la dette américaine, actuellement estimée à 37 000 milliards de dollars (33 240 milliards d’euros).
- L’opération s’inspire d’une décision similaire prise par Franklin D. Roosevelt en 1934, mais les experts mettent en garde contre les risques d’instabilité économique et financière.
L’idée d’une réévaluation des réserves d’or américaines, actuellement évaluées à un prix fixé en 1973 à 42,22 dollars l’once (environ 36,50 euros), prend de l’ampleur alors que la dette nationale américaine atteint des niveaux sans précédent. Le prix du marché de l’or oscille actuellement autour de 4 000 dollars l’once (environ 3 440 euros). Les États-Unis détiennent environ 8 133,5 tonnes d’or, principalement stockées à Fort Knox et dans d’autres installations fédérales, ce qui représente une valeur de près de 1 050 milliards de dollars (936 milliards d’euros) au prix actuel du marché, soit plus de 95 fois leur valeur comptable officielle d’environ 11 milliards de dollars (9,8 milliards d’euros).
Cette proposition intervient dans un contexte de débat sur les moyens de réduire la dette américaine sans augmenter les impôts ni recourir à la création monétaire. Certains observateurs suggèrent que les « bénéfices » générés par la réévaluation pourraient être utilisés pour rembourser une partie de la dette, voire pour constituer une réserve de Bitcoin, une idée qui a été évoquée dans l’entourage de Donald Trump.
L’opération rappelle le Gold Reserve Act de 1934, adopté sous la présidence de Franklin D. Roosevelt en pleine Grande Dépression. À l’époque, les États-Unis avaient interdit la propriété privée de l’or et augmenté le prix officiel de l’once de 20,67 à 35 dollars, dévaluant ainsi le dollar d’environ 40 %. Cette mesure avait permis de stimuler l’économie en augmentant la masse monétaire et en inversant la déflation, tout en réduisant la valeur réelle de la dette nationale. Cependant, elle avait également entraîné une inflation (contrôlée) et des tensions internationales, marquant la fin de l’étalon-or.
Des réévaluations similaires ont eu lieu dans d’autres pays, comme en Italie en 2000 ou en Allemagne dans les années 1970, mais elles se sont avérées être des injections budgétaires ponctuelles plutôt que des solutions structurelles à la dette. Une étude récente de la Réserve fédérale américaine, datant de 2025, analyse les expériences internationales et conclut que les réévaluations représentent en moyenne 3 % du PIB, mais qu’elles conduisent souvent à une inflation plus élevée et n’apportent pas d’allégement durable de la dette.
Plusieurs scénarios de réévaluation sont envisagés par les experts, en fonction du prix du marché et des objectifs politiques. Au prix actuel de 3 400 dollars l’once, l’opération générerait un « bénéfice » d’environ 990 milliards de dollars, renforçant le Compte Général du Trésor (TGA) et permettant de rembourser une partie de la dette. Si le prix atteignait 5 000 dollars l’once, le bénéfice comptable pourrait atteindre 1 300 milliards de dollars, potentiellement utilisés pour réduire la dette ou constituer une réserve de Bitcoin. Un scénario plus ambitieux, avec un prix de l’or entre 10 000 et 15 000 dollars l’once, pourrait générer des bénéfices de 2 600 à 3 900 milliards de dollars, couvrant une part significative de la dette américaine. Certains analystes, comme Jamie Dimon, prédisent que le prix de l’or pourrait atteindre 10 000 dollars l’once, tandis que Peter Schiff va encore plus loin, évoquant des prévisions allant jusqu’à 100 000 dollars l’once dans des scénarios extrêmes.
Il est important de souligner que cette réévaluation ne nécessiterait pas de vente d’or, mais simplement un ajustement comptable. Cependant, si l’or était vendu pour rembourser la dette, cela entraînerait une chute des prix du marché, potentiellement de 20 à 50 %, ce qui serait préjudiciable aux mineurs d’or et aux investisseurs.
Les conséquences d’une telle réévaluation sur la dette nationale et l’économie américaine pourraient être significatives. Les « bénéfices » générés pourraient être directement versés au Trésor, permettant de racheter des obligations et de réduire les coûts d’intérêt, actuellement de 1 000 milliards de dollars par an. Cela réduirait également la dépendance à l’égard des créanciers étrangers, tels que la Chine et le Japon, qui détiennent 2 140 milliards de dollars d’obligations du Trésor américain à long terme. Cependant, l’opération pourrait également entraîner une inflation, une dévaluation du dollar et une perte de confiance dans le dollar en tant que monnaie de réserve, incitant les investisseurs à se tourner vers des alternatives telles que l’euro ou le yuan.
Le réalisme d’une telle réévaluation est considéré comme élevé, car elle pourrait être mise en œuvre par décret présidentiel. Cependant, son utilisation pour réduire la dette nécessiterait l’approbation du Congrès. L’économiste de la Fed, Colin Weiss, souligne que cette mesure ne fournirait qu’un soulagement ponctuel et limité. Des discussions récentes sur la plateforme X l’associent aux politiques de Donald Trump, avec des avertissements d’hyperinflation si l’opération ne se déroule pas comme prévu.
L’Europe serait également confrontée à des opportunités et des défis. Les banques centrales européennes, telles que la BCE et la Bundesbank, détiennent d’importantes réserves d’or (l’Allemagne en possède 3 352 tonnes). Une réévaluation américaine pourrait déclencher une réaction en chaîne, incitant les banques centrales européennes à revaloriser leurs propres réserves, ce qui renforcerait leurs bilans et apporterait un allégement de la dette à des pays comme l’Italie, dont la dette s’élève à 3 500 milliards de dollars. Cependant, une dévaluation du dollar renforcerait l’euro, ce qui nuirait aux exportations européennes et entraînerait une inflation des importations. Les banques européennes pourraient également subir des pertes liées au risque de dette américaine, et une « réinitialisation de l’or » mondiale pourrait entraîner une volatilité accrue sur les marchés et les échanges. Les pays BRICS pourraient accélérer la dédollarisation, ce qui compliquerait le commerce de l’UE. Globalement, cette situation renforcerait l’attrait de l’or en tant que valeur refuge, mais alimenterait également les tensions géopolitiques.
(1 USD = 0,8668 EUR)
