Publié le 10 novembre 2025. La résistance aux antimicrobiens (RAM) représente une menace croissante pour la santé publique mondiale, avec des conséquences majeures pour l’Asie-Pacifique. Une approche globale, intégrant la santé humaine, animale et environnementale, est désormais essentielle pour inverser cette tendance inquiétante.
- En 2019, la résistance aux antimicrobiens a été associée à 1,27 million de décès dans le monde, un chiffre supérieur à ceux du VIH et du paludisme combinés.
- L’utilisation excessive ou inappropriée d’antibiotiques en élevage contribue au développement de bactéries résistantes, qui peuvent ensuite se propager à l’homme.
- La vaccination et le renforcement des mesures de biosécurité sont des stratégies clés pour réduire la dépendance aux antimicrobiens et préserver leur efficacité.
La résistance aux antimicrobiens, ou RAM, est un défi de santé publique majeur qui dépasse les frontières et les disciplines. Dans la région Asie-Pacifique, cette problématique prend une ampleur particulière, avec des implications considérables pour la santé humaine et animale. Selon les estimations, la RAM a été responsable de 1,27 million de décès à l’échelle mondiale en 2019, un nombre supérieur à celui des décès liés au VIH et au paludisme.
Lorsque les micro-organismes – bactéries, virus, champignons – développent une résistance aux médicaments conçus pour les éliminer, les infections deviennent plus difficiles, voire impossibles, à traiter. Il ne s’agit pas uniquement d’un problème médical, mais d’un enjeu complexe qui touche à la santé humaine, animale et à l’environnement.
Une seule santé : un lien indissociable
Les experts s’accordent sur le fait que la santé humaine, animale et environnementale sont intrinsèquement liées, un concept connu sous le nom de « One Health » (ou « Santé Unique »). Dans le contexte de la RAM, ce lien est particulièrement évident : les changements observés dans l’un de ces domaines peuvent avoir des répercussions sur les autres. Par exemple, la surutilisation d’antibiotiques en élevage peut favoriser l’émergence de bactéries résistantes qui se transmettent ensuite à l’homme, via le contact direct avec les animaux, la contamination de l’environnement ou la chaîne alimentaire.
Pour lutter efficacement contre la RAM, il est impératif de s’attaquer à ses causes profondes : l’évolution rapide des agents pathogènes, souvent accélérée par l’utilisation d’antimicrobiens, et le manque d’innovation dans le développement de nouveaux traitements. La préservation de l’efficacité des médicaments actuels repose sur une utilisation responsable des antimicrobiens en médecine vétérinaire et humaine, ainsi que sur une accélération de la recherche et du développement de nouvelles solutions thérapeutiques.
L’impact des pratiques d’élevage sur la santé humaine
Depuis des décennies, les antimicrobiens sont utilisés en élevage pour traiter et prévenir les maladies, contribuant ainsi à la santé animale et à la production alimentaire. Cependant, une utilisation généralisée peut créer un environnement propice au développement de bactéries résistantes. Ces bactéries peuvent ensuite se propager à l’homme par différents biais : contact direct avec les animaux, contamination de l’environnement (sol, eau) ou via la consommation de produits d’origine animale.
Lorsque des bactéries résistantes d’origine animale colonisent un être humain, elles peuvent provoquer des infections plus difficiles à traiter avec les antibiotiques disponibles. C’est pourquoi le secteur agricole est un domaine d’intervention crucial dans la lutte mondiale contre la RAM.
La solution ne consiste pas à compromettre le bien-être animal ou la sécurité alimentaire, mais plutôt à passer d’une approche thérapeutique basée sur l’utilisation massive d’antibiotiques à une stratégie proactive de prévention par la vaccination, guidée par le principe de la « Santé Unique ».
L’innovation au cœur de la stratégie
La prévention par la vaccination constitue une première ligne de défense essentielle. En misant sur la prédiction, la prévention, la détection précoce et un traitement ciblé, il est possible de préserver l’efficacité des antibiotiques, de protéger la santé publique et d’assurer la pérennité des systèmes alimentaires. L’innovation en matière de santé animale peut ainsi contribuer à réduire l’utilisation d’antibiotiques et à protéger la médecine humaine.
- Vaccins avancés : La vaccination des animaux est l’un des moyens les plus efficaces de prévenir les maladies infectieuses, d’améliorer le bien-être animal et de réduire le recours aux antimicrobiens. Par exemple, les vaccins vivants oraux permettent de prévenir les infections entériques chez les porcs, qui nécessiteraient autrement un traitement antibiotique.
- Renforcement des mesures de biosécurité : Une biosécurité rigoureuse est indispensable pour prévenir la propagation des maladies et est d’autant plus efficace lorsqu’elle est combinée à la vaccination. Cela comprend des mesures physiques (clôtures sécurisées, contrôle des accès), des procédures (registres des visiteurs, hygiène agricole), la lutte antiparasitaire, ainsi que la formation et la sensibilisation des éleveurs et des travailleurs.
- Intervention technologique intelligente : Une détection précoce des maladies permet une intervention thérapeutique ciblée, évitant ainsi le recours à des antibiotiques à large spectre. Les outils de diagnostic et les technologies numériques aident les agriculteurs à surveiller leurs troupeaux et à détecter les premiers signes de maladie, réduisant ainsi l’utilisation inutile d’antibiotiques.
La collaboration intersectorielle : un impératif
Aucun secteur ne peut à lui seul résoudre le problème de la RAM. Une action concertée et coordonnée est nécessaire, impliquant les gouvernements, l’industrie, le monde universitaire, les professionnels de la santé, les vétérinaires et la société civile. Il est essentiel de mettre en place des politiques favorisant l’innovation et créant des marchés efficaces pour les nouveaux traitements, en récompensant la recherche, en garantissant l’accès aux médicaments et en promouvant une utilisation responsable.
Les gouvernements, en collaboration avec les parties prenantes, peuvent créer des marchés incitatifs pour les nouveaux antimicrobiens, rendant ainsi l’innovation viable et durable. Ces programmes doivent être suffisamment ambitieux pour stimuler la recherche à long terme, équitables au niveau mondial et conçus pour encourager une utilisation responsable.
L’industrie de la santé animale joue également un rôle essentiel en adoptant des mesures préventives, en se préparant aux pandémies et en formant des coalitions industrielles. À titre d’exemple, Boehringer Ingelheim s’est récemment engagé à investir 200 millions d’euros dans la lutte contre les maladies infectieuses émergentes, s’appuyant sur une stratégie globale pour combattre la RAM. Des initiatives collaboratives telles que le AUROBAC Thérapeutique, une coentreprise développant des solutions antimicrobiennes ciblées, illustrent la puissance des approches collectives. Ces efforts témoignent de la responsabilité partagée nécessaire pour lutter contre la RAM, en transformant les idées en actions concrètes.
La création d’un pipeline de recherche et développement durable et robuste pour les nouveaux antimicrobiens nécessite un alignement entre les autorités de santé publique, les organismes de réglementation, les bailleurs de fonds, les chercheurs et les partenaires industriels. Ensemble, nous devons nous concentrer sur des objectifs communs : préserver l’efficacité des médicaments existants, accélérer le développement de nouvelles solutions, explorer des moyens de réduire l’utilisation des antimicrobiens dans la pratique quotidienne et garantir l’accès aux traitements pour ceux qui en ont besoin.
Un engagement fort en faveur d’une utilisation responsable des antibiotiques, tant en santé humaine qu’en santé animale, est également essentiel. Cela est crucial pour ralentir la propagation de la résistance et préserver ces outils vitaux pour les générations futures. Les agriculteurs doivent collaborer avec les vétérinaires pour prévenir les maladies grâce à la vaccination et à la biosécurité, utiliser des tests pour guider le traitement, éviter l’utilisation systématique d’antibiotiques et partager les données sur l’utilisation des antibiotiques avec les systèmes de surveillance locaux. Les vétérinaires doivent prescrire uniquement en cas de nécessité, utiliser des tests rapides et des tests de sensibilité, choisir des médicaments à spectre étroit, réserver les antibiotiques d’importance critique et informer leurs clients tout en suivant les résultats.
Les enjeux sont considérables, mais grâce à une action coordonnée et à une responsabilité partagée, nous pouvons protéger l’avenir de la médecine.
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