Publié le 2024-02-29 14:35:00. Face à la crise persistante dans le secteur de la santé, une étude flamande met en lumière l’importance de l’implication des soignants dans l’amélioration de leurs conditions de travail, une approche qui s’avère particulièrement efficace pour réduire le stress et l’épuisement professionnel.
- Impliquer activement le personnel soignant dans l’identification des problèmes et la recherche de solutions permet de diminuer significativement le stress et d’améliorer l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle.
- Une intervention organisationnelle participative (IOP) axée sur l’écoute des professionnels de santé et la mise en œuvre collective de solutions concrètes renforce la sécurité psychologique et l’esprit d’équipe.
- L’intégration du bien-être psychosocial dans les politiques de qualité et de sécurité des hôpitaux est une étape cruciale pour un système de santé plus durable.
Le secteur de la santé européen est confronté à des défis majeurs : pénurie de personnel, départs massifs et surcharge de travail, notamment aux urgences. Cette situation engendre une pression émotionnelle croissante, augmentant les risques de stress et de burn-out chez les soignants. Une étude menée par Hendrik Van Simaeys, de l’Université de Gand (UGent), en collaboration avec Lore Mannaerts, Brecht Serraes et Els Clays, et initiée par UGent@Work, propose une approche innovante pour lutter contre ce phénomène.
L’étude souligne l’efficacité des Interventions Organisationnelles Participatives (IOP). Selon Hendrik Van Simaeys,
« Pour étudier comment le travail des professionnels de la santé peut être supportable et sain, nous avons mis en œuvre et évalué une intervention organisationnelle participative (POI) »
Hendrik Van Simaeys, chercheur à l’Université de Gand
. L’IOP repose sur le principe que le changement durable ne peut être atteint que si les employés sont activement impliqués dans le processus de prise de décision.
L’approche est simple : les professionnels de la santé identifient eux-mêmes les aspects les plus pénibles de leur travail, analysent les causes profondes et recherchent ensemble des solutions réalisables. Ces solutions se traduisent ensuite par des actions concrètes au niveau de l’équipe et de l’organisation, comme l’amélioration des processus de travail, la conclusion d’accords de collaboration et le renforcement de la communication avec la direction.
L’étude met en avant l’importance de la participation collective pour favoriser l’appropriation des solutions.
« Le principe de base est que la participation collective mène à l’appropriation. Lorsque les employés formulent et mettent en œuvre eux-mêmes des actions d’amélioration, le soutien à la poursuite des changements augmente. »
Hendrik Van Simaeys, chercheur à l’Université de Gand
. De plus, une IOP renforce la sécurité psychologique, créant un environnement de travail ouvert et bienveillant où les employés se sentent libres d’exprimer leurs idées et leurs préoccupations sans crainte de représailles. L’accent est ainsi déplacé de la recherche de solutions individuelles vers une amélioration structurelle de l’environnement de travail.
Pour tester cette approche, un projet pilote a été mené dans un service d’urgences flamand, impliquant 59 employés, dont des infirmières, des médecins, des aides-soignants et du personnel administratif. Pendant cinq mois, ils ont suivi un processus structuré en cinq phases : préparation, sélection des problèmes, planification des actions, mise en œuvre et évaluation. Les participants ont identifié les principaux goulots d’étranglement, formulé des solutions et mis en œuvre des améliorations concrètes, conduisant à des réunions d’équipe plus structurées, à une meilleure répartition des tâches et à une optimisation des flux de travail logistiques et administratifs.
Les résultats sont encourageants. Les employés ont rapporté une diminution de leur niveau de stress et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ils se sentent également davantage reconnus et valorisés par leurs supérieurs. De plus, ils estiment que leur charge de travail est désormais gérable et que les tâches peuvent être accomplies efficacement. L’étude a également révélé que les employés les plus ouverts au changement ont connu une réduction plus importante de leur stress.
Les chercheurs recommandent d’intégrer le bien-être psychosocial dans les politiques de qualité et de sécurité des hôpitaux, en accordant autant d’importance à la santé mentale et émotionnelle des soignants qu’à la sécurité des médicaments ou à la prévention des infections.
« Concrètement, cela peut signifier que les équipes évaluent régulièrement la charge de travail et la charge émotionnelle, que les signaux de surcharge sont rapidement suivis et que les goulots d’étranglement qui causent du stress sont résolus. »
Hendrik Van Simaeys, chercheur à l’Université de Gand
. Il est essentiel de considérer la réduction du stress comme une responsabilité partagée par l’ensemble de l’équipe soignante.
En conclusion, Hendrik Van Simaeys souligne que
« Les interventions organisationnelles participatives ne sont pas une panacée, mais en impliquant activement les employés, elles offrent une voie soutenue et prometteuse vers un système de santé plus durable »
Hendrik Van Simaeys, chercheur à l’Université de Gand
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