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Réflexions de l’Avent des femmes médecins de l’Église

by Sophie Martin

Publié le 6 décembre 2025 à 15h42. L’Avent, temps de préparation à la venue du Christ, invite cette année à puiser dans la sagesse de quatre femmes docteurs de l’Église – Thérèse de Lisieux, Hildegarde de Bingen, Thérèse d’Avila et Catherine de Sienne – pour approfondir notre relation avec Dieu et rayonner de son amour dans le monde.

  • L’Avent nous appelle à dépasser une simple vertu et à nous abandonner avec audace à l’amour divin.
  • La période de l’Avent offre un terrain fertile pour cultiver la confiance en l’amour inconditionnel de Dieu, malgré les difficultés de la vie.
  • Les enseignements de sainte Thérèse de Lisieux, sainte Hildegarde de Bingen, sainte Thérèse d’Avila et sainte Catherine de Sienne éclairent notre chemin vers une plus grande union avec Dieu.

Au cœur de l’Avent, un appel retentit : celui à vivre non pas en fonction de nos émotions changeantes, mais enracinés dans la conviction profonde d’être aimés de Dieu. Ce n’est pas une tâche facile, tant les soucis quotidiens, les circonstances de la vie et les influences du monde extérieur peuvent nous éloigner de cette vérité fondamentale. Heureusement, la période de l’Avent offre un espace privilégié pour cultiver cette confiance et apprendre à témoigner de l’amour du Christ autour de nous.

Pour guider notre cheminement, quatre figures féminines exceptionnelles, reconnues comme docteurs de l’Église, nous offrent leur sagesse : Thérèse de Lisieux, Hildegarde de Bingen, Thérèse d’Avila et Catherine de Sienne. Leurs vies et leurs écrits témoignent d’une espérance inébranlable dans l’amour de Dieu, même au milieu des épreuves.

Thérèse de Lisieux : la constance au-delà des sentiments

Il est naturel de se sentir balloté par les fluctuations de nos émotions. L’inquiétude face aux finances, aux délais, aux résultats d’examens médicaux peut nous replier sur nous-mêmes. Mais l’Avent nous invite à sortir de ce sommeil émotionnel et à « veiller » (Mc 13, 33-37), comme le Christ nous le demande. La foi ne consiste pas à ignorer nos sentiments, mais à ne pas s’y identifier complètement.

Sainte Thérèse de Lisieux a su vivre cette vigilance constante, cette confiance inébranlable dans l’amour de Dieu. Elle a refusé de se laisser dicter son état d’esprit par ses émotions changeantes, choisissant délibérément de rester attentive au flot de l’amour divin. Cette détermination s’est révélée particulièrement forte lors des derniers mois de sa vie, marqués par une profonde épreuve de foi.

« Ma chère Mère, je vous paraîtrai peut-être exagérer mon épreuve. En effet, si vous jugez selon les sentiments que j’exprime dans mes petits poèmes composés cette année, je dois vous apparaître comme une âme remplie de consolations et pour qui le voile de la foi est presque déchiré ; et pourtant ce n’est plus un voile pour moi, c’est un mur qui monte jusqu’aux cieux et couvre le firmament étoilé. Quand je chante le bonheur du ciel et de la possession éternelle de Dieu, je n’en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que je veux croire. »

Sainte Thérèse de Lisieux

Cette semaine, essayons de vivre à l’image de sainte Thérèse de Lisieux, en agissant non pas selon nos sentiments du moment, mais en nous appuyant sur ce que nous choisissons de croire.

Sainte Hildegarde de Bingen : la transformation par le Saint-Esprit

Comment vivre pleinement l’appel de l’Avent, dans un monde souvent chaotique et angoissant ? Comment trouver la force de témoigner de l’amour de Dieu, malgré les difficultés et la banalité du quotidien ? La réponse réside dans le Saint-Esprit. Jean-Baptiste a annoncé que Jésus « vous baptisera du Saint-Esprit » (Mc 1, 1-8). C’est par le Saint-Esprit que nous pouvons entrer dans la vie de Jésus et vivre selon sa vérité.

Chaque décision que nous prenons pour vivre dans l’amour de Dieu, même si elle est personnelle, est mystérieusement activée par le Saint-Esprit, qui nous permet de participer au « oui » de Jésus au Père. Le Saint-Esprit nous maintient dans le flux de l’amour trinitaire, à condition que nous choisissions de nous y laisser porter.

Sainte Hildegarde de Bingen a perçu avec une grande acuité la puissance transformatrice du Saint-Esprit. Pour elle, le Saint-Esprit est la source de la « viriditas », cette force vitale, cette verdure qui anime toute la création, tant physique que spirituelle.

Dans une lettre à un ami, elle écrit : « Qu’il vous accorde la viridité du Saint-Esprit et qu’il opère en vous de bonnes et saintes œuvres par cette dévotion avec laquelle les vrais adorateurs adorent Dieu. » La force de vivre en tant que fils et filles aimés de Dieu ne vient pas de nous-mêmes, mais est un don du Saint-Esprit, à condition que nous lui ouvrions notre cœur.

Écoutons encore Hildegarde chanter la puissance du Saint-Esprit :

« L’Esprit de Dieu / est une vie qui donne la vie, / racine de l’arbre du monde / et le vent dans ses branches. / Exfoliant le péché, / elle frotte l’huile sur les blessures. / Elle fait briller la vie / attire toutes les louanges, / réveille tout, / ressuscite tout. »

Prenons le temps, cette semaine, d’observer la création qui nous entoure, de chercher des signes de vie et d’espoir, même dans ce qui semble endormi ou stérile. Demandons au Saint-Esprit de susciter une vitalité nouvelle dans les zones arides de notre vie intérieure, afin de raviver notre joie et notre engagement.

Sainte Thérèse d’Avila : la rencontre avec le Christ

Il est parfois facile, pour les catholiques pratiquants, de considérer la description de Jésus dans le premier chapitre de l’Évangile de Jean comme un personnage que nous connaissons déjà. Nous allons à la messe, nous comprenons les Évangiles… Mais l’Avent nous invite à remettre en question cette présomption confortable et à approfondir notre relation personnelle avec le Seigneur.

Notre coopération avec la puissance divine de l’Esprit et notre conviction d’être aimés de Dieu ne peuvent se développer que dans une union plus étroite avec Jésus. L’Avent est un temps pour ouvrir à nouveau notre esprit et notre cœur à l’extase de l’amour, à ce torrent d’affection totalement attentive, incarnée et accessible dans la personne de Jésus.

La tradition spirituelle chrétienne nous enseigne que la prière avec les Évangiles est un moyen privilégié de connaître Jésus plus intimement. Sainte Thérèse d’Avila nous offre des conseils précieux à cet égard. Pour elle, les Évangiles sont un contexte fertile pour concentrer notre attention sur Jésus et lui parler avec foi.

Elle nous en donne un exemple lorsqu’elle imagine accompagner Jésus au jardin de Gethsémani : « Ô Seigneur du monde, mon véritable Époux !… Es-tu si dans le besoin, mon Seigneur et mon Amour, que tu voudrais recevoir une si pauvre compagnie comme la mienne, car je vois à ton expression que tu as été consolé par moi ? »

Thérèse affirme avec stupéfaction que nous pouvons consoler le Seigneur dans ses souffrances. Lorsqu’elle parle de la rencontre avec Jésus dans les Évangiles, elle ne suggère pas un simple exercice d’imagination, mais bien une rencontre avec une personne vivante. Les épisodes évangéliques ne sont pas figés dans le passé ; le Jésus qui a vécu alors vit aujourd’hui, et il est le même pour nous que pour ceux qu’il a rencontrés autrefois.

Sainte Catherine de Sienne : l’identité chrétienne révélée

L’Annonciation (Lc 1, 26-38) a-t-elle effacé l’identité personnelle de Marie ? Son « Je suis la servante du Seigneur » a-t-il marqué la fin de son histoire propre, au début de sa vie de porteuse de Dieu ? Au contraire, en disant « oui » au plan de Dieu, Marie a affirmé son individualité unique. Son témoignage nous invite à discerner le même épanouissement à l’œuvre dans nos propres vies.

Tout au long de l’Avent, nous avons prié pour que nos vies rayonnent de la gloire de Dieu. Nous rayonnons de la présence de Dieu lorsque nous vivons de la vérité que nous sommes aimés. Cela signifie apprendre à connaître intimement le Dieu révélé en Jésus, coopérer avec la puissance transformatrice du Saint-Esprit et nous abandonner à cet amour qui nous soutient. Vivre de la vie divine, c’est l’épanouissement de notre identité la plus profonde. Nous devenons lumière pour le monde et plus pleinement nous-mêmes à mesure que nous nous laissons aimer.

Sainte Catherine de Sienne a perçu avec force que notre véritable moi s’épanouit à mesure que nous grandissons en union avec Dieu. Sa prière « Ma nature est feu » ouvre notre compréhension de nous-mêmes à de nouvelles profondeurs et enrichit notre sens de ce que notre vie en Christ offre aux autres.

Elle prie : « Dans ta nature, Divinité éternelle, je connaîtrai ma nature. Et quelle est ma nature, l’amour sans limites ? C’est le feu, parce que vous n’êtes qu’un feu d’amour. Et vous avez donné à l’humanité une part dans cette nature, car par le feu de l’amour vous nous avez créés. Et ainsi avec tous les autres hommes et toutes les choses créées; vous les avez créés par amour. Ô peuple ingrat! Quelle nature votre Dieu vous a-t-il donné? Sa propre nature! N’avez-vous pas honte de vous couper d’une chose si noble par la culpabilité d’un péché mortel? Ô Trinité éternelle, mon doux amour! Toi, lumière, donne-nous la lumière. Toi, sagesse, donne-nous la sagesse. Toi, force suprême, fortifie-nous. Aujourd’hui, Dieu éternel, que notre nuée se dissipe pour que nous puissions parfaitement connaître et suivre ta Vérité, avec un cœur libre et simple. Dieu, viens à notre secours ! »

L’Avent nous rappelle notre vocation transcendante et nourrit son accomplissement en nous. Durant cette période sacrée, nous sommes appelés à être des phares de tendresse divine, tandis que le Saint-Esprit façonne nos vies selon le « oui » de Jésus à l’amour du Père. En cet Avent, guidés par la sagesse des femmes docteurs de l’Église, ouvrons nos cœurs à l’œuvre transformatrice de l’amour de Dieu comme jamais auparavant. Notre monde a besoin de rien de moins.

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