Nos smartphones, devenus des extensions de nous-mêmes, nous isolent paradoxalement. Une simple question à un inconnu, autrefois une occasion d’échange, est désormais résolue en quelques secondes par une recherche en ligne, au détriment du lien social.
À retenir
- Le temps passé avec des amis a diminué, tandis que le nombre d’adultes sans amis proches a quadruplé depuis 1990.
- La communication verbale, et notamment les signaux auditifs de la voix, stimulent la production d’ocytocine, une hormone liée au bien-être et à la réduction du stress.
- Le manque d’interactions sociales précoces peut avoir des conséquences sur le développement du langage et le contrôle des impulsions chez les enfants.
Contexte
L’anecdote d’une simple question sur l’heure d’un match de baseball illustre ce phénomène. L’auteur, apercevant un supporter des Mets de New York, a d’abord pensé à lui demander l’heure du match. Mais, réalisant qu’une recherche rapide sur son téléphone lui donnerait la réponse, il a renoncé à l’interaction humaine.
Cette situation, bien que banale, révèle une tendance plus large. Avant l’omniprésence des appareils mobiles, les questions et les échanges avec autrui étaient monnaie courante. Que ce soit en frappant à la porte d’un voisin ou en interrogeant un passant, la recherche d’informations impliquait une interaction sociale. Même l’avènement de l’ordinateur personnel, avec ses premières versions maladroites, ne se faisait pas en vase clos : les frères et sœurs étaient souvent présents, créant un environnement social même pendant la navigation sur le World Wide Web.
Ce qui change
Selon une étude de l’American Perspectives Survey, les Américains passaient en moyenne six heures et demie par semaine avec des amis en 2019, contre quatre heures aujourd’hui. Parallèlement, le pourcentage d’adultes américains sans amis proches a quadruplé depuis 1990, atteignant 12 %. Les jeunes de 15 à 24 ans passent désormais deux heures de plus par jour à domicile qu’en 2006.
Les conséquences de cette diminution des interactions sociales se font également sentir au niveau biologique. Des recherches montrent que les signaux auditifs de voix familières stimulent la libération d’ocytocine, une hormone apaisante, tout en réduisant les niveaux de cortisol, l’hormone du stress. Cette réaction hormonale ne se produit pas lors de la lecture d’un message écrit, car elle est dépourvue de la dimension émotionnelle et prosodique de la parole.
Le manque de conversations a un impact particulier sur les enfants. Les scènes d’enfants absorbés par leurs tablettes dans les restaurants sont de plus en plus fréquentes. Or, ces enfants sont privés de stimulus verbal essentiels, non seulement à cause de leur immersion dans des contenus numériques comme « Cocomelon », mais aussi parce que leurs parents sont eux-mêmes souvent absorbés par leurs écrans.
Prochaines étapes
Des études démontrent que le développement du langage est positivement corrélé avec l’interaction parent-enfant, dès la période prénatale. Vers le troisième trimestre de la grossesse, le fœtus commence à reconnaître les schémas de parole et le rythme. Après la naissance, cette familiarité avec les modèles de discours facilite l’acquisition du langage.
Les enfants présentant des retards de langage ont tendance à manifester davantage de problèmes de comportement que ceux qui bénéficient d’interactions verbales fréquentes. Le contrôle des impulsions, par exemple, est lié à la capacité de s’auto-parler pour guider ses actions. Les enfants qui ne peuvent pas exprimer leurs pensées verbalement sont plus susceptibles de réagir physiquement aux problèmes plutôt que de les résoudre par la communication.
La parole et la socialisation sont donc essentielles au développement humain et au bien-être, dès le plus jeune âge. Il est temps de déconnecter, de laisser de côté les moteurs de recherche et de renouer avec le contact humain. Dites à la dame que vous croisez dans la rue que vous aimez sa robe à pois, demandez à ce supporter des Mets l’heure du match, allez rendre visite à un ami pour lui raconter votre dernière mésaventure, et parlez à votre enfant au lieu de lui tendre une tablette.
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