Les urgences du CHU de Toulouse sont sous une pression extrême, confrontées à un afflux de patients sans précédent en raison de la grève des médecins libéraux et de la surcharge du système de santé face à l’épidémie de grippe. L’hôpital public, déjà sollicité, doit absorber des centaines de patients supplémentaires, tandis que les cliniques privées réduisent considérablement leurs activités.
Lundi 12 janvier, les urgences adultes du CHU de Toulouse ont enregistré plus de 540 passages en 24 heures, un chiffre jamais atteint, même pendant la crise du Covid-19. En soirée, 117 patients étaient allongés aux urgences de Purpan et 80 à celles de Rangueil. La situation reste critique ce mardi 13 janvier, avec 15 nouveaux patients pris en charge en seulement 20 minutes en début d’après-midi.
« De mémoire d’urgentiste, la situation est inédite », témoigne le Pr Sandrine Charpentier, cheffe du pôle urgences du CHU de Toulouse. « Nous n’avions jamais été confrontés à une telle situation. C’est du jamais vu. »
La grève des médecins libéraux, entamée le 5 janvier et prévue jusqu’au 15 janvier inclus, a entraîné la fermeture de nombreux cabinets médicaux. Depuis le 10 janvier, la grève des radiologues, des anesthésistes, chirurgiens et obstétriciens a paralysé les blocs opératoires de la plupart des cliniques privées. Parallèlement, l’épidémie de grippe, qui atteint son pic cette semaine, aggrave la situation.
Pour faire face à cette crise, le « plan blanc » a été activé depuis jeudi dernier, avec pour consigne de ne pas laisser de lits inoccupés. À 14 heures ce mardi, seuls 45 lits étaient disponibles à Purpan et 10 à Rangueil, sur les presque 3 000 lits du CHU. Les blocs opératoires fonctionnent 24 heures sur 24, permettant même la réalisation de prélèvements d’organes.
« Les équipes font face », souligne le Pr Charpentier. « De nombreux médecins se sont mobilisés pour examiner et trier les patients. Les paramédicaux sont tous présents. On sent une dynamique d’entraide très forte. »
L’activité à la maternité Paule-de-Viguier a doublé, avec une vingtaine d’accouchements par jour. Le centre d’appels du Samu enregistre plus de 2 000 appels par jour.
Dans les services d’urgence, les couloirs se remplissent de patients sur brancards. Eliane, 68 ans, accompagne son mari Joël, victime d’une chute à vélo. « Nous sommes venus de L’Isle-Jourdain à la clinique des Cèdres qui nous a renvoyés ici », explique-t-elle. « Mon mari a une fracture du pouce, il attend le chirurgien pour une attelle. Il est dans un autre espace, il me donne des nouvelles par SMS. Nous n’avons pas encore mangé, mais nous faisons preuve de patience, c’est normal, nous savions que la grève des médecins allait impacter les urgences. La santé, l’agriculture, c’est pareil, je comprends que le monde va très mal. »
Eric, blessé à la main avec un couteau en coupant du jambon, a également été redirigé vers le CHU. « Je suis allé aux urgences de la clinique de L’Union à 9 heures », raconte-t-il. « Ils ont fait une radio qui a montré que mon tendon était sectionné, mais ils ne pouvaient pas m’opérer avant jeudi après-midi, alors je viens ici. »
Plusieurs praticiens ont même rejoint Bruxelles (1 500 au total sur l’ensemble du territoire national) pour exprimer leur désaccord avec la loi de financement de la Sécurité sociale de 2026 et défendre leur liberté de prescription et d’exercice.
