Publié le 23 novembre 2025 à 10h09. La levée surprise des sanctions américaines à l’encontre du nationaliste serbe Milorad Dodik, figure controversée des Balkans et proche de Moscou, suscite des interrogations sur l’influence d’une coûteuse campagne de lobbying menée à Washington.
- Milorad Dodik, ancien président de la Republika Srpska, a récemment vu les sanctions américaines le visant être levées.
- Cette décision intervient malgré le fait que Dodik n’a pas modifié sa politique de déstabilisation et qu’il a même été condamné par un tribunal de Sarajevo.
- Des documents révèlent que Dodik a investi des sommes considérables dans des activités de lobbying aux États-Unis.
Il y a quelques semaines encore, Milorad Dodik semblait isolé sur l’échiquier politique. Un tribunal de Sarajevo l’avait frappé d’une interdiction d’exercer ses fonctions pendant six ans pour violation du traité de paix qui avait mis fin à la guerre de Bosnie il y a trente ans. Après avoir initialement déclaré qu’il ne respecterait pas cette décision, il a finalement démissionné de son poste de président de la Republika Srpska.
Selon Kurt Bassuener, co-directeur du « Conseil politique de démocratisation », un groupe de réflexion basé à Sarajevo, un accord pourrait se cacher derrière cette décision. Le Conseil politique de démocratisation estime que Dodik aurait reçu une proposition : accepter le verdict du tribunal et se retirer formellement de la politique en échange de la levée des sanctions.
Milorad Dodik et Vladimir Poutine en octobre 2025
Keystone/Mikhail Metzel/Piscine du Kremlin
Des documents de lobbying accessibles au public révèlent que Dodik a dépensé des sommes importantes pour influencer les décideurs américains. Des contrats d’une valeur de plusieurs millions ont été conclus avec divers individus et entreprises. Si Dodik avait déjà mené des actions de lobbying à Washington, la campagne actuelle semble se concentrer spécifiquement sur le président américain.
Diffusion de théories du complot
Dodik se présente comme une victime d’une élite mondiale, explique Bassuener. À l’instar de l’ancien président américain Donald Trump, il se positionne comme un défenseur des opprimés et un allié du président américain. Il diffuse notamment des affirmations selon lesquelles il protégerait les chrétiens de la Republika Srpska contre les musulmans et les forces de la mondialisation.
Ces messages sont largement relayés, par exemple dans un article d’opinion publié dans le Washington Post, où il est affirmé que le gouvernement central de Sarajevo serait un mandataire de l’Iran. Cet article a été rédigé par Rod Blagojevich, ancien gouverneur de l’Illinois, reconnu coupable de corruption et gracié par Trump. Blagojevich a ensuite obtenu un contrat de lobbying avec la Republika Srpska.
Ces affirmations sont également partagées par Laura Loomer, une influenceuse pro-Trump, ou dans des podcasts proches de la mouvance MAGA, où Dodik affirme que la Bosnie-Herzégovine serait sur le point de devenir un État musulman et que le système judiciaire serait partial à son encontre. Or, ces allégations sont infondées : il n’y a pas de tendances islamistes significatives en Bosnie-Herzégovine et Dodik n’a pas été condamné pour des motifs religieux, mais en vertu des lois bosniennes.
Le lobbying porte ses fruits
Le Département d’État américain, interrogé par CNN, affirme que la levée des sanctions n’est pas liée au lobbying, mais à une série de mesures constructives prises par le Parlement de la Republika Srpska en faveur de la stabilité.
Pour de nombreux observateurs, cependant, il est clair que la levée totale des sanctions, plutôt qu’un assouplissement progressif, témoigne de l’efficacité de la campagne de lobbying menée par Dodik aux États-Unis.
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