Surnommé le « King Kong » de l’anti-obésité, le rétatrutide promet jusqu’à 30 % de perte de poids mais alimente déjà un vaste marché noir en ligne. Alors que le traitement reste au stade des essais cliniques menés par Eli Lilly, des influenceurs fitness et des vendeurs illégaux en font la promotion sur TikTok.
La course aux nouveaux traitements contre l’excès de poids se heurte à une dérive numérique. Promettant des résultats spectaculaires qui se rapprochent de ceux observés après une chirurgie bariatrique, le rétatrutide suscite un engouement massif sur les réseaux sociaux bien avant toute autorisation de mise sur le marché. Développé par le laboratoire américain Eli Lilly, ce peptide expérimental cible simultanément trois récepteurs hormonaux : le GLP-1, le GIP et le glucagon, agissant à la fois sur l’appétit, la glycémie et le métabolisme énergétique, selon les données d’essais cliniques en phase 3 publiées en mai.
Le rétatrutide et la flambée des ventes illégales sur les réseaux sociaux
Tandis que le laboratoire a annoncé le dépôt d’une demande d’approbation auprès de la Food and Drug Administration (FDA) pour le premier trimestre 2027, le produit circule déjà en dehors de tout cadre légal. Des vendeurs illégaux et des influenceurs fitness écoulent la molécule, souvent produite par des laboratoires de recherche en Chine qui n’ont pas le droit de la commercialiser.

Sur TikTok, des personnalités suivies par des centaines de milliers d’abonnés redirigent leur communauté vers des boutiques en ligne proposant des fioles étiquetées « GLP-3 » pour des montants variant de 80 à 350 dollars. L’un d’eux, Jon Kluth, cumule plus de 237 000 abonnés et utilise le code textuel « peps in bio » pour orienter ses abonnés vers des liens d’achat, vantant les mérites d’une substance qu’il nomme familièrement « reta » ou « ret ».
En France, le phénomène prend des formes similaires avec des comptes usurpant l’identité de professionnels de santé ou d’officines pour diffuser des numéros WhatsApp et des liens de commande directe, d’après les observations rapportées sur les réseaux et par les autorités sanitaires.
Trafic de colis postaux et faux documents dans les hôpitaux
Derrière les vitrines des réseaux sociaux, ce marché parallèle alimente une filière clandestine que les services douaniers tentent de remonter. Au centre de dédouanement postal de Roissy, des centaines de millions de colis sont passés aux rayons X pour intercepter de petites enveloppes dissimulant des substances non homologuées.
Le point de départ, ça va souvent être la saisie d’un petit paquet.
Meril Decimus, responsable adjoint du service de bureau de contrôle du centre de dédouanement postal de Roissy, via Franceinfo
Face aux risques sanitaires liés à ces produits de contrebande, certains patients se tournent vers des stratagèmes pour obtenir les molécules déjà autorisées, telles que le Mounjaro ou le Wegovy, dont les délais de prise en charge peuvent atteindre un an. À l’hôpital Bichat, le corps médical a ainsi découvert de fausses ordonnances imitant parfaitement les prescriptions officielles.

C’est une ordonnance qui a la tête d’une ordonnance, pour ne pas dire le contraire. Là, c’est plutôt bien fait, mais ce n’est pas une ordonnance de l’hôpital auquel j’appartiens. La signature n’est pas la mienne.
Professeur Boris Hansel, chef du service endocrinologie à l’hôpital Bichat (AP-HP), via Franceinfo
Résultats cliniques et interrogations sur l’efficacité réelle
Les essais cliniques publiés dans le New England Journal of Medicine confirment l’efficacité biologique du rétatrutide, avec une perte moyenne atteignant 25 % du poids initial à la dose de 12 mg au terme d’une étude de phase 3 menée sur 2 339 adultes obèses sans diabète pendant 80 semaines. Les bénéfices ne se limitent pas à la balance : les chercheurs ont également noté une réduction des douleurs chez les patients souffrant d’arthrose du genou ainsi qu’une baisse des interruptions respiratoires chez ceux touchés par l’apnée du sommeil.
Cependant, l’utilisation de ces molécules hors des circuits réglementés pose la question de leur réelle efficacité sur le terrain. Une étude observationnelle relayée par Bfmtv indique que les utilisateurs s’approvisionnant en ligne sur le marché parallèle perdaient en moyenne 7,2 % de leur poids au bout d’un an, un résultat bien inférieur aux 15,5 % constatés dans les protocoles cliniques officiels, bien que ces données d’observation doivent encore faire l’objet d’une révision par les pairs.

En cabinet, la demande reste forte. Dans une structure de médecine esthétique à Marseille, la docteure Sandra Jarniac Ceccaldi constate que 10 à 20 % des patients qui consultent formulent une demande explicite pour obtenir ces injections coupe-faim, illustrant l’ampleur de la pression sociétale face à l’obésité.
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