Publié le 15 octobre 2025, 19:53. Face à une possible désengagement américain, les pays européens de l’OTAN sont confrontés à une réalité alarmante : leur capacité à assurer leur propre défense reste fragile et dépendante du soutien de Washington. Cette vulnérabilité s’est révélée lors des récentes discussions entre ministres de la Défense à Bruxelles.
- Le renseignement allemand tire la sonnette d’alarme face à une menace russe potentielle plus proche qu’estimée.
- L’OTAN reconnaît des lacunes importantes en matière de défense, notamment en dissuasion nucléaire et dans la lutte contre les drones.
- Des divisions internes et des contraintes budgétaires freinent les efforts européens pour renforcer leur autonomie stratégique.
Le nouveau président du Service fédéral de renseignement allemand (BND), Martin Jäger, a rompu avec la tradition de discrétion de son service pour souligner l’urgence de la situation. Juste avant la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, il a déclaré : « Nous ne devons pas rester les bras croisés et supposer qu’une éventuelle attaque russe n’interviendra pas avant 2029 au plus tôt. Nous sommes déjà sous le feu des critiques aujourd’hui. »
Si le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, affiche une confiance en la capacité de l’alliance à faire face à la Russie, la réalité est plus nuancée. La partie européenne de l’OTAN est loin de posséder les moyens nécessaires pour assurer sa propre défense de manière autonome.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, s’exprime lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN. (15/10/25)
Keystone/EPA/OLIVIER MATTHYS
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Des décennies de sous-investissement dans la défense ont laissé des lacunes importantes, difficiles à combler rapidement. La dépendance à l’égard des États-Unis en matière de dissuasion nucléaire, par exemple, persistera pendant encore de nombreuses années. Par ailleurs, certains pays européens, comme la France, disposent de la volonté politique de renforcer leur défense, mais se heurtent à des contraintes budgétaires.
Enfin, des divisions internes au sein de l’OTAN compliquent la coopération. Des pays comme la Hongrie, la Slovaquie et la Turquie sont accusés de freiner les efforts collectifs plutôt que de les soutenir.
Des processus décisionnels trop lents et complexes
L’analyse révèle une série de problèmes structurels. La défense contre les drones, par exemple, nécessite des approches différentes de celles utilisées pour les avions de combat traditionnels, beaucoup plus coûteux. Mark Rutte lui-même reconnaît la nécessité de tirer les leçons de l’expérience ukrainienne. L’OTAN est encore loin de disposer d’une défense globale et adaptable contre les drones. De manière générale, les processus de prise de décision, qu’ils soient militaires, politiques ou financiers, manquent de rapidité.
Il est également frappant de constater que certains ministres de la Défense, notamment les représentants de l’Espagne, de l’Italie et de la Hongrie, n’ont fait aucun commentaire public suite à la réunion. Cela témoigne d’un manque d’engagement de la part de ces États à renforcer l’OTAN.
Augmenter massivement les budgets de la défense est un défi de taille. « Les débats budgétaires ressemblent souvent à un bain de sang », a déclaré la ministre lituanienne de la Défense, Dovile Sakaliene. « Mais nous n’avons pas besoin d’investissements dans 10 ou 15 ans, mais immédiatement. » Les pays qui ont déjà pris des mesures appellent à une action rapide.
L’Europe dépendante des États-Unis
Dans ce contexte, les avertissements adressés à Vladimir Poutine par le ministre britannique de la Défense, John Healey, selon lesquels « l’OTAN agira chaque fois que cela sera nécessaire », semblent peu dissuasifs. Le Kremlin perçoit surtout une hésitation occidentale et une crainte de l’escalade, alors que la Russie est prête à prendre des risques. Une OTAN de plus en plus abandonnée par les États-Unis n’inspire pas la confiance au Kremlin.
Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth (à gauche) est en conversation avec le ministre britannique de la Défense John Healey lors de la réunion de l’OTAN. (15/10/25)
Keystone/AP Photo/Omar La Havane
Le changement de ton de Washington est particulièrement préoccupant. Lors de la réunion de l’OTAN, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, s’est présenté non pas comme un leader, mais comme un vendeur : « Les pays européens devraient acheter des armes américaines et les livrer à l’Ukraine. Et de plus en plus. » C’est désormais le rôle que les États-Unis s’assignent. L’OTAN se contente d’accepter cette situation, n’ayant pas d’autre choix.
L’alliance se montre même excessivement respectueuse envers le Département américain de la Guerre et son ministre, Pete Hegseth, bien que ce ne soient pas leurs titres officiels (du moins pas encore). Cela illustre la dépendance persistante de l’Europe à l’égard de l’Amérique en matière de sécurité et son incapacité à s’en affranchir.
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