L’institut Rexecode a proposé l’acronyme « Frogs » pour qualifier les difficultés budgétaires françaises, rejoignant les inquiétudes de la presse internationale face à la hausse des taux d’emprunt et à la dérive des comptes publics de l’Hexagone.
L’invention de l’acronyme Frogs par Rexecode
Quinze ans après l’utilisation du terme « Pigs » pour désigner le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne lors de leurs crises budgétaires, un nouvel acronyme s’invite dans le débat économique.
Derrière cette appellation se cache la critique d’un État et d’un système social jugés surdimensionnés. Contrairement aux « Pigs » qui regroupaient plusieurs nations, la formule cible exclusivement les déboires hexagonaux. Olivier Redoulès, économiste chez Rexecode, a expliqué sur BFM Business que cet acronyme résume ce que montrent les unes des journaux internationaux: la dette française est devenue un sujet de préoccupation et la sorte de bulle qui la protégeait pendant très longtemps s’est fendillée
, comme le relaye le portail Traders Union.

La pression des marchés et la flambée des taux d’emprunt
La France fait face à un déficit public atteignant 5,4 % du PIB et à une dette s’élevant à 119 %. En raison de ces comptes dégradés, le pays emprunte depuis plusieurs mois à des conditions moins favorables que ses voisins du Sud. Le taux d’emprunt français à 10 ans a frôlé les 5 % la semaine précédente, un niveau inédit depuis 2022, avant de s’établir autour de 4,74 %. Ce rendement reste supérieur à ceux observés en Espagne (4,1 %), au Portugal (3,94 %), en Grèce (4,37 %) ou en Italie (4,52%), des pays qui ont engagé des efforts de redressement budgétaire.
Cette situation nourrit l’inquiétude des marchés et de la presse internationale. Le Financial Times a ainsi décrit une France coincée entre le marché obligataire et les barricades
, en référence aux mouvements sociaux et aux appels à la grève dans la fonction publique.
Le mécanisme du basis trade et le rôle des fonds spéculatifs
Face à la dérive des déficits, les investisseurs institutionnels traditionnels comme les assureurs-vie européens et les fonds de pensions asiatiques se retirent progressivement. Pour éviter des adjudications ratées, les Spécialistes en Valeurs du Trésor — les banques mandatées par l’État — se tournent vers les fonds spéculatifs.

Charles Sannat détaille dans son édito la mécanique du Basis Trade
à l’émission, où les hedge funds achètent massivement ces nouvelles obligations assimilables du Trésor (OAT) physiques tout en vendant instantanément des contrats à terme à découvert pour verrouiller un profit sans risque sur la santé française. Ces opérations sont financées par de la dette à court terme contractée sur le marché du repo, rendant l’État dépendant d’acteurs fortement levierés. Si ces intervenants se retiraient brutalement en l’absence d’un acheteur de dernier ressort, les taux hexagonaux risqueraient d’exploser en quelques heures, à l’instar du choc britannique traversé par le Royaume-Uni sous la direction de Liz Truss à l’automne 2022.
La grande question est de savoir si cela marque le début d’une nouvelle crise souveraine européenne, ou si les marchés ont déjà tout dépassé.
Jim Reid, analyste chez Deutsche Bank, relayé par SadaNews
Le défi des dépenses publiques et de l’assurance maladie
Selon les données de l’Insee, la dynamique des dépenses publiques françaises dépasse largement la création de richesses. Représentant un peu plus de 46 % du PIB en 1975, les dépenses publiques ont franchi le seuil de 57 %, plaçant l’Hexagone en tête de l’Union européenne devant la Finlande au début de l’année 2026. En 2025, à l’instar de l’exercice précédent, l’augmentation de la dépense publique a été alimentée à hauteur de près de 60 % par les prestations sociales.
Perspectives et comparaisons européennes
La situation financière française provoque des répercussions sur les marchés des changes, l’euro étant tombé à son niveau le plus bas en 17 mois face au dollar. Alors que l’analyste Jim Reid de Deutsche Bank souligne la recrudescence des incertitudes quant au déclenchement éventuel d’une crise souveraine au sein de la zone euro, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a admis de manière implicite l’existence de ce péril en concédant qu’il était indispensable que Paris mette tout en œuvre pour l’écarter, alors même que le pays doit faire face à des besoins de financement de 340 milliards d’euros pour l’année prochaine.
Les observateurs n’établissent toutefois pas de parallèle direct avec la situation grecque des années 2010.