Home MondeRio de Janeiro, après la méga opération antidrogue : agitation, corps dans la rue et trêve politique

Rio de Janeiro, après la méga opération antidrogue : agitation, corps dans la rue et trêve politique

by Clara Dubois

Publié le 30 octobre 2025 à 06h29. Une opération policière d’une ampleur sans précédent dans les favelas de Rio de Janeiro a fait au moins 119 morts, laissant la ville sous le choc et soulevant des questions sur les méthodes employées par les forces de l’ordre.

  • Une opération policière massive contre le Comando Vermelho (CV) a entraîné la mort d’au moins 119 personnes, dont quatre policiers.
  • Des images poignantes montrent des dizaines de corps alignés dans une favela, suscitant l’indignation et des appels à une enquête.
  • Le président Lula da Silva a exprimé son horreur face au bilan et a convoqué ses ministres pour évaluer la situation.

Rio de Janeiro est en état de deuil après une opération policière d’une brutalité rare, menée mardi contre le Comando Vermelho (CV), l’un des plus importants groupes criminels du Brésil. L’opération, qui a mobilisé près de 2 500 policiers et soldats, a laissé derrière elle un bilan provisoire de 119 morts, selon les autorités, un chiffre contesté par le Bureau du Défenseur public qui en compte 132. Les images diffusées par les médias locaux montrent des scènes d’une violence inouïe, avec des dizaines de corps alignés sur la place Sao Lucas, dans la favela de Penha, entourés de proches en pleurs.

Selon le journal O Globo, les corps ont été extraits de la zone de Vacaria, dans la Serra da Misericórdia, où les affrontements les plus intenses ont eu lieu entre les forces de l’ordre et les trafiquants de drogue. Les habitants décrivent une situation de guerre, avec des échanges de tirs incessants et l’utilisation de grenades par les criminels, qui auraient même utilisé des drones pour lancer des engins explosifs sur les policiers.

Le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, a exprimé son horreur face à ce bilan macabre. Son ministre de la Justice, Ricardo Lewandowski, a déclaré à la presse :

« Le président a été horrifié par le nombre de victimes mortelles. »

Ricardo Lewandowski, ministre de la Justice

Il a également annoncé la convocation d’une réunion d’urgence avec les ministres concernés pour évaluer la situation et coordonner une réponse.

L’opération “Containment” a permis, selon la police, l’arrestation de 113 suspects et la saisie de 93 fusils ainsi que de plus d’une demi-tonne de drogue. Cependant, des témoignages recueillis par O Globo font état de possibles exécutions sommaires, avec des allégations selon lesquelles des individus qui s’étaient rendus aux autorités auraient été tués. Un habitant a confié :

« Je n’ai jamais rien vu de pareil. »

Habitant de la favela de Penha

La situation a semé la panique dans la ville. Allan Silva, un résident de Barra de Tijuca, a témoigné :

« La ville est déserte, les gens ont peur. Sur le chemin de l’aéroport, il n’y avait pas de circulation sur des routes toujours très fréquentées. Les gens sont enfermés, ils n’ont pas quitté la ville. »

Allan Silva, résident de Barra de Tijuca

Des attaques menées par le Comando Vermelho en représailles à l’opération ont également contribué à l’atmosphère de terreur.

Malgré la tension, la vie a repris son cours dans certains quartiers de Rio, notamment grâce à la passion pour le football. Des supporters se sont rassemblés dans les bars de Copacabana pour suivre le match Racing-Flamengo pour les demi-finales de la Copa Libertadores, qui se déroulait à Buenos Aires.

María Contreras, une Argentine vivant à Rio depuis dix ans, a exprimé sa surprise et son inquiétude :

« Nous espérons que cela reviendra bientôt à la normale. »

María Contreras, expatriée argentine

Elle a souligné que, bien qu’elle se sente relativement en sécurité dans le sud de la ville, la fermeture des autoroutes et la décision des écoles de renvoyer les enfants chez eux l’avaient inquiétée.

Le Comando Vermelho, fondé dans les années 1970, est considéré comme une menace nationale et transnationale, avec une présence en Bolivie et des liens avec des groupes de trafiquants de drogue colombiens. Il entretient une rivalité féroce avec d’autres factions criminelles brésiliennes, telles que le Terceiro Comando Puro (TCP) et le Primeiro Comando da Capital (PCC).

Le gouverneur de l’État de Rio, Claudio Castro, a défendu l’opération, la qualifiant de « succès » et affirmant que les seules victimes étaient les quatre policiers tués. Cette affirmation est contestée par les organisations de défense des droits de l’homme, qui dénoncent de possibles exécutions sommaires et le manque de transparence sur l’opération. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est également dit « très préoccupé » et a appelé à une « enquête immédiate ».

Face à la gravité de la situation, le ministre de la Justice, Ricardo Lewandowski, et le gouverneur Claudio Castro ont annoncé la création d’un bureau de lutte contre le crime organisé, visant à améliorer la coordination entre les forces de l’État et le gouvernement fédéral. Des renforts de la Force nationale et de la Police fédérale routière seront déployés à Rio, et les opérations de renseignement seront intensifiées pour démanteler les réseaux financiers des groupes criminels.

Lewandowski a déclaré :

« Nous sommes confrontés à un problème très grave à Rio. Mais bientôt nous verrons de bons résultats. »

Ricardo Lewandowski, ministre de la Justice

Castro a ajouté :

« Quels que soient les succès et les erreurs, la décision nous oblige, dans un sens positif, à réaliser cette intégration. Le problème de la sécurité publique est plus que national, il est transnational. Et Rio doit être traité comme un épicentre. »

Claudio Castro, gouverneur de l’État de Rio


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