Publié le 30 octobre 2024 à 07h03. La Banque centrale européenne (BCE) devrait maintenir ses taux d’intérêt inchangés pour le troisième mois consécutif ce jeudi, une décision rendue possible par une inflation maîtrisée et une croissance économique stable, malgré les incertitudes liées aux tensions commerciales internationales.
- La BCE a déjà abaissé ses taux de 2 points de pourcentage depuis juin, mais semble désormais privilégier une approche prudente.
- Les économistes ne s’attendent pas à une modification de la politique monétaire à court terme, mais Christine Lagarde pourrait laisser la porte ouverte à de futures baisses.
- L’évolution de la conjoncture économique mondiale, notamment les droits de douane et la concurrence déloyale, représente un risque pour la stabilité de la zone euro.
Après une série de baisses de taux d’intérêt qui ont ramené le coût du crédit à un niveau bas, la BCE semble avoir trouvé un équilibre. L’inflation, qui avait suscité des inquiétudes, est désormais conforme à l’objectif fixé par l’institution, un résultat que d’autres grandes banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre ou la Banque du Japon, n’ont pas encore atteint.
Selon un consensus de 88 économistes interrogés par Reuters, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, devrait réaffirmer la position actuelle de la banque lors de sa conférence de presse de ce jeudi. Elle devrait insister sur le fait que la politique monétaire est actuellement “bien positionnée” et que les décisions futures seront guidées par l’évolution des données économiques.
BNP Paribas estime que la barre pour de nouvelles baisses de taux est “relativement haute”. Dans une note adressée à ses clients, la banque précise :
« Nous continuons de penser que la charge de la preuve repose sur la détérioration des données pour justifier de nouvelles réductions. »
BNP Paribas
Certains membres du conseil des gouverneurs pourraient toutefois souhaiter maintenir l’option d’une baisse de taux “de gestion des risques” sur la table.
Les derniers indicateurs économiques confirment les prévisions de la BCE : une croissance modeste mais régulière et une inflation stable autour de l’objectif. L’activité économique, mesurée par les enquêtes auprès des directeurs d’achats, s’accélère, et la confiance en Allemagne, le plus grand pays de l’Union européenne, s’améliore. Les entreprises se montrent plus optimistes, notamment grâce à une certaine clarification concernant les droits de douane.
Cependant, ce tableau relativement positif est nuancé par des signaux d’alerte. L’industrie continue de souffrir, les exportations vers les États-Unis ont diminué, et des preuves émergent d’un dumping de produits chinois sur le marché européen, en raison des barrières commerciales imposées par Washington.
La question centrale demeure : cette situation d’équilibre fragile peut-elle être maintenue ? UniCredit met en garde contre plusieurs risques : l’impact négatif des droits de douane, la fragilité du marché du travail, le détournement des flux commerciaux chinois vers l’Europe et la stabilité du marché pétrolier malgré les sanctions américaines contre la Russie. Selon la banque, ces facteurs pourraient compromettre la capacité de la BCE à atteindre son objectif d’inflation à moyen terme.
« Avec l’impact négatif des droits de douane qui commencent à se matérialiser, la résilience du marché du travail remise en question, le détournement du commerce chinois vers l’Europe déjà en cours et le marché pétrolier bien approvisionné malgré les récentes sanctions américaines contre les plus grands producteurs de pétrole russes, le risque que la BCE ne parvienne pas à atteindre son objectif d’inflation à moyen terme est réel. »
UniCredit
Philip Lane, économiste en chef de la BCE, a récemment souligné que ce risque justifierait un taux d’intérêt “légèrement inférieur”, une perspective qui se reflète dans les prix du marché, qui attribuent une probabilité de 50 % à une nouvelle baisse de taux avant juin prochain.
Néanmoins, la majorité des économistes et des responsables de la BCE restent convaincus que les taux d’intérêt resteront inchangés, à condition que l’incertitude géopolitique et économique se dissipe, que les ménages continuent de dépenser leurs économies et que le gouvernement allemand augmente ses dépenses publiques. Felix Schmidt, économiste chez Berenberg, prévoit que :
« La stabilité du marché du travail, la croissance du secteur des services et les mesures de relance budgétaire allemandes stimuleront l’économie de la zone euro dans les mois à venir. »
Felix Schmidt, Berenberg
L’inflation pourrait temporairement se situer en dessous de l’objectif de la BCE l’année prochaine, mais elle devrait remonter par la suite. Les dirigeants de la banque centrale ont clairement indiqué qu’ils étaient prêts à tolérer des écarts temporaires. Le véritable test de cette tolérance aura lieu en décembre, lors de la présentation des nouvelles projections économiques de la BCE, qui incluront des estimations préliminaires pour 2028.
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