Reporters sans frontières (RSF) a officiellement saisi le régulateur des médias français, l’Arcom, pour des manquements présumés au pluralisme politique sur la chaîne d’information CNews. L’organisation accuse la chaîne de favoriser de manière disproportionnée les personnalités et les idées de droite et d’extrême droite.
La saisine, transmise fin novembre et comprenant un dossier de 112 pages rédigé par l’avocat Patrice Spinosi, met en évidence, selon le directeur général de RSF, Thibaut Bruttin, « la démonstration factuelle et juridique des nombreux manquements documentés en matière de pluralisme » sur CNews. RSF pointe notamment une « diversité des intervenants » biaisée, avec un « traitement de faveur édifiant en faveur de la droite et de l’extrême droite », ainsi qu’une concentration des sujets abordés sur des thèmes privilégiés par ces courants politiques.
L’ONG dénonce également un « traitement monolithique de certains sujets, sans aucune place accordée à la nuance ou à d’autres points de vue ». Initialement, la plainte portait sur les données de mars 2025, mais RSF a élargi son investigation aux mois de janvier et février 2025, couvrant ainsi un trimestre complet. Elle s’appuie également sur des enquêtes menées par les sites d’information Libération et Mediapart, qui confirment, selon elle, ses conclusions.
En novembre dernier, RSF avait déjà accusé CNews de contourner les règles relatives au pluralisme politique en réservant les plages horaires les plus prisées – entre 19h et 22h et entre 7h et 10h – aux représentants de l’extrême droite, reléguant les personnalités de gauche aux heures de faible audience.
L’Arcom avait pourtant déclaré, dès le lendemain de la première saisine, n’avoir constaté aucun manquement au pluralisme sur la chaîne pendant la période examinée. Le président de l’Arcom, Martin Ajdari, a indiqué jeudi, lors du festival Médias en Seine, avoir pris acte du « nouveau dossier » déposé par RSF. Il a rappelé que, suite à une décision du Conseil d’État datant de 2024, le régulateur doit désormais contrôler le pluralisme de manière plus large, en examinant « la diversité des invités, la variété des thèmes traités à l’antenne et la pluralité des opinions exprimées ».
Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+ France, a défendu la ligne éditoriale de CNews, affirmant que « l’on respecte scrupuleusement les temps de parole. La preuve, c’est que l’Arcom l’a confirmé ». Il a également précisé que « qu’on traite plus un sujet qu’un autre, c’est un choix éditorial », tout en soulignant qu’une « trentaine de thèmes » sont abordés quotidiennement sur la chaîne, réfutant ainsi l’idée que CNews aurait « une ligne politique ».
RSF maintient toutefois ses accusations, insistant sur l’existence de « déséquilibres répétés » dans le traitement de l’information sur CNews.