Publié le 24 octobre 2023 10:32:00. Sanae Takaichi a brisé un plafond de verre en devenant la première femme Premier ministre du Japon, après un accord de coalition inattendu qui propulse son parti vers la droite et promet une nouvelle orientation politique pour le pays.
- Sanae Takaichi a été élue Premier ministre par la Chambre basse du Parlement japonais avec 237 voix contre 149 pour son adversaire.
- Son accession au pouvoir est rendue possible par une alliance avec le Parti de l’innovation japonaise (Ishin no Kai), un parti de droite basé à Osaka.
- Le nouveau gouvernement devra faire face à des défis économiques majeurs, notamment la lutte contre l’inflation, et à une instabilité politique potentielle en raison de l’absence de majorité absolue au Parlement.
Après trois mois de vide politique consécutifs à une défaite électorale cuisante du Parti libéral-démocrate (PLD) en juillet, le Japon a enfin un nouveau dirigeant. Sanae Takaichi, figure emblématique de l’aile conservatrice du PLD, a succédé à Shigeru Ishiba, qui avait démissionné avec son cabinet plus tôt dans la journée. Son élection marque un tournant historique pour le Japon, qui n’avait jamais eu de femme à la tête de son gouvernement.
L’alliance stratégique conclue avec le Parti de l’innovation japonaise (Ishin no Kai) a été déterminante pour assurer à Takaichi la majorité nécessaire à son élection. Cette coalition, bien que nouvelle, permet de contourner l’opposition fragmentée. Cependant, elle ne garantit pas une majorité absolue dans les deux chambres du Parlement, ce qui pourrait rendre l’adoption de lois difficile et fragiliser le gouvernement.
L’accord de coalition entre le PLD et Ishin no Kai met en avant des positions politiques nationalistes et bellicistes, reflétant les convictions profondes de Sanae Takaichi. Cet accord intervient après la rupture du PLD avec son partenaire de longue date, le parti Komeito, qui prônait une approche plus modérée et centriste. La perte de Komeito avait mis en péril la stabilité du gouvernement et menaçait de provoquer un changement de pouvoir après des décennies de domination du PLD.
Le nouveau gouvernement accordera la priorité à la lutte contre la hausse des prix et à la relance économique, a déclaré Shunichi Suzuki, secrétaire général du PLD, tout en présentant ses excuses pour le retard pris dans la formation du gouvernement en raison des luttes intestines au sein du parti. Il a également promis une coopération avec les partis d’opposition pour répondre aux préoccupations de la population.
Sanae Takaichi, 64 ans, devrait annoncer prochainement la composition de son cabinet, qui comprendra des alliés de Taro Aso, figure influente du PLD, et des partisans qui l’ont soutenue lors du vote à la direction du parti. Le Parti de l’innovation japonaise (Ishin no Kai) a indiqué qu’il ne participerait pas au gouvernement tant qu’il n’aura pas pleinement confiance dans son partenariat avec le PLD.
La nouvelle Première ministre devra relever des défis majeurs dans les semaines à venir, notamment des entretiens avec le président américain Donald Trump et des sommets régionaux. Elle devra également présenter rapidement des mesures de relance économique d’ici la fin de l’année pour répondre à la frustration croissante de l’opinion publique.
Bien qu’elle soit la première femme à occuper le poste de Premier ministre, Sanae Takaichi ne semble pas accorder une importance particulière à la promotion de l’égalité des sexes ou de la diversité. Elle est connue pour ses positions conservatrices sur les questions sociales, notamment la succession masculine au trône impérial, le mariage homosexuel et l’utilisation de noms de famille différents pour les couples mariés. Elle s’oppose notamment à la possibilité pour les femmes de conserver leur nom de jeune fille après le mariage.
Proche de l’ancien Premier ministre assassiné Shinzo Abe, Sanae Takaichi devrait poursuivre sa politique, notamment en renforçant l’armée et l’économie du Japon, ainsi qu’en envisageant une révision de la constitution pacifiste du pays. L’étendue de ses réalisations reste incertaine compte tenu de sa position potentiellement fragile au pouvoir.
Admiratrice de l’ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher, Sanae Takaichi a été élue au Parlement pour la première fois en 1993 et a occupé plusieurs postes ministériels de haut niveau, mais son expérience en matière de diplomatie est limitée.
Le retrait de Komeito de la coalition gouvernementale s’explique par la réponse jugée trop laxiste du PLD aux scandales de financement illégal qui ont conduit à ses défaites électorales successives. Le parti centriste a également exprimé ses inquiétudes quant à la vision révisionniste de Sanae Takaichi sur le passé de guerre du Japon et ses visites régulières au sanctuaire Yasukuni, qui sont perçues comme un manque de remords par Pékin et Séoul. Elle a toutefois atténué sa rhétorique belliciste en envoyant une offrande religieuse au sanctuaire au lieu de s’y rendre personnellement.
