Publié le 4 janvier 2026 13:11:00. Le réalisateur japonais Mamoru Hosoda revisite Hamlet de Shakespeare dans son nouveau film d’animation, Écarlate, une œuvre qui explore les thèmes du pardon et de la vengeance à travers le prisme des traumatismes post-COVID et du cynisme grandissant de la génération Z.
- Écarlate suit les aventures de la princesse Scarlet, une guerrière plongée dans un purgatoire après avoir échoué à venger la mort de son père.
- Le film aborde des thèmes contemporains tels que la difficulté de pardonner et les divisions exacerbées par la pandémie de COVID-19.
- Hosoda propose une interprétation optimiste de la pièce de Shakespeare, en mettant l’accent sur la possibilité de dépasser la haine et la vengeance.
Mamoru Hosoda, connu pour ses films d’animation explorant les voyages dans le temps et les mondes parallèles tels que La fille qui a traversé le temps, Mirai et Belle, s’attaque cette fois à un classique de la littérature anglaise. Son dernier film, Écarlate, qui sortira dans les salles américaines au début de l’année prochaine, offre une relecture originale de l’histoire d’Hamlet.
L’intrigue suit la princesse Scarlet, une guerrière déchue qui se retrouve dans un « autre monde » après avoir manqué sa vengeance contre son oncle Claudius, responsable de la mort de son père. Guidée par Hijiri, une ambulancière japonaise moderne dont la compassion contraste avec sa soif de vengeance, Scarlet affronte des champs de bataille oniriques, des légions de morts-vivants, la haine transmise de génération en génération et la tentation du « Vide », dans sa quête de pardon et de rédemption.
Hosoda ne se contente pas de transposer l’œuvre de Shakespeare, il l’infuse de sa propre sensibilité. Il combine son style narratif habituel avec les thèmes universels de la vengeance et du pardon pour proposer une réflexion sur l’état du monde actuel. Dans une séance de questions-réponses incluse dans le dossier de presse du film, Hosoda explique qu’il a été marqué par « l’état géopolitique du monde après le COVID » et par « l’idée que les gens ne peuvent plus se pardonner les uns les autres », des constats qui « suscitent beaucoup d’inquiétude ».
Scarlet incarne ce refus du pardon, même si ses sentiments sont compréhensibles. Lorsqu’elle confronte enfin Claudius, elle doit choisir entre céder à la haine ou embrasser une vie au-delà de la vengeance. Cette thématique résonne particulièrement avec les traumatismes laissés par la pandémie de COVID-19, dont de nombreuses personnes ne se sont toujours pas remises. Les conséquences de la crise sanitaire ont profondément divisé le monde, et la Génération Z, qui a atteint l’âge adulte pendant les confinements, est devenue de plus en plus cynique.
Hosoda considère Écarlate comme « un message positif pour la jeune génération », soulignant que la nature cyclique de la vengeance dépeinte dans Hamlet « reste d’actualité aujourd’hui ». Cependant, la principale différence entre les deux œuvres réside dans le message transmis par les pères des protagonistes. Dans la pièce de Shakespeare, le fantôme du roi Hamlet incite son fils à se venger, tandis que les dernières paroles du roi dans Écarlate sont un appel au pardon de sa fille. Hosoda souhaitait ainsi proposer un arc narratif plus optimiste que celui de la tragédie shakespearienne.
« C’est une directive déroutante car après tout ce qui a été fait à sa famille »,
Mamoru Hosoda, réalisateur
Hosoda établit des parallèles entre le parcours de Scarlet et les défis auxquels sont confrontés les jeunes d’aujourd’hui : leur idéalisme, leur colère, leur difficulté à trouver de l’empathie dans un monde fragmenté. Si de nombreux médias exploitent cette crainte, Écarlate la transcende avec une esthétique de conte de fées et une lueur d’espoir rare. Le film se rapproche du public, mais son message est clair : une œuvre classique revitalisée, porteuse d’une réflexion pertinente et sincère sur le monde contemporain.